Saïd Naoumi
24 Juin 2026
À 17:09
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le
crédit bancaire au secteur non financier a progressé de 8,1% en avril 2026, contre 4,8% sur l’ensemble de l’année 2025. Une accélération franche, qui ne doit pas grand-chose au hasard.
Bank Al-Maghrib projette que ce rythme se maintiendra à 6,8% en moyenne sur l’année avant de se stabiliser à 6,1% en 2027, reflétant une demande de financement qui s’inscrit dans la durée. Ce qui frappe à la lecture du tableau de bord détaillé présenté par le gouverneur
Abdellatif Jouahri, c’est la hiérarchie très nette entre les différentes composantes du crédit. Les prêts à l’équipement aux entreprises privées bondissent de 14,5% en avril – un rythme qui traduit une véritable dynamique d’investissement productif.
Ce chiffre contraste avec la modestie des facilités de trésorerie, qui ne progressent que de 3,4%, signe que les entreprises empruntent davantage pour investir que pour faire face à des tensions de liquidité courante. Le secteur public, lui aussi, contribue massivement à la progression des encours. Le crédit aux administrations locales a littéralement explosé, affichant une hausse de 110% en avril, reflet direct de l’effort d’investissement territorial engagé dans le cadre des grands chantiers d’infrastructure. Les prêts à l’équipement aux
entreprises publiques progressent, pour leur part, de 18,5%. Ces dynamiques confirment que l’investissement public continue d’être le principal moteur de la demande de financement, même si le secteur privé commence à prendre le relais sur le segment de l’équipement.
Côté ménages, la progression reste plus contenue : le crédit à la consommation avance de 4,8% et les prêts à l’habitat de 2,6%. Ce dernier chiffre, modeste au regard de la demande de
logement au
Maroc, s’explique en partie par le niveau des taux immobiliers – autour de 5,43% en moyenne – que le gouverneur a lui-même jugé nécessaire de contextualiser lors de la conférence de presse, en rappelant que la gestion du risque de taux sur des maturités de vingt ans ne permet pas une transmission mécanique et rapide des baisses du taux directeur.
L’encours total du crédit bancaire atteint désormais 1.246,8 milliards de dirhams, dont 1.039,7 milliards dirigés vers le secteur non financier. Une masse considérable, qui pose inévitablement la question de la qualité des actifs. Sur ce plan, le signal est mitigé : le ratio des créances en souffrance s’établit à 8,3% en avril, un niveau certes en légère amélioration par rapport au pic de 8,8% observé à la mi-2025, mais qui reste structurellement élevé. Chez les
entreprises privées, ce ratio plafonne à 12,7%, révélant une fragilité latente d’une partie du tissu productif, en particulier les très
petites entreprises (TPE) et le
s petites et moyennes entreprises (PME) dont l’accès au financement demeure l’un des grands chantiers en cours de la Banque centrale.
C’est d’ailleurs pour répondre à cet enjeu que Bank Al-Maghrib a finalisé son système de Scoring dédié aux très petites entreprises, en collaboration avec les bureaux de crédit. L’objectif : doter les banques d’outils d’évaluation standardisés pour élargir l’accès au crédit à cette catégorie d’entreprises qui représente plus de 90% du tissu entrepreneurial national, mais demeure largement sous-financée par le système bancaire formel. Au total, la photographie du
crédit bancaire en ce début de 2026 est celle d’un financement en accélération, structurellement bien orienté vers l’investissement, mais encore trop concentré sur les grandes entreprises et le secteur public. La montée en puissance du crédit privé, notamment aux PME et aux TPE, reste le grand défi des prochaines années.