Économie

Le HCP prévoit une accélération à 4,7% de la croissance au quatrième trimestre 2026

L’économie devrait terminer l’année 2026 sur une accélération de sa croissance. Selon les dernières estimations du Haut-Commissariat au Plan (HCP), le PIB progresserait de 4,7% au quatrième trimestre, après 4,1% au troisième trimestre et 4% au deuxième. Cette amélioration serait principalement portée par le redressement des industries extractives, le maintien de la dynamique dans l’agriculture et les services, ainsi que par la demande intérieure. Le HCP envisage même une croissance de 5,3% en cas d’atténuation du choc énergétique, mais prévient qu’une nouvelle intensification des tensions au Moyen-Orient pourrait compromettre cette trajectoire.

14 Octobre 2026 À 16:22

L’économie pourrait connaître une accélération de sa croissance au dernier trimestre de 2026, malgré les répercussions du choc énergétique provoqué par le déclenchement de la guerre en Iran à fin février. Dans sa note de conjoncture consacrée au deuxième trimestre 2026 et aux perspectives pour les troisième et quatrième trimestres, le Haut-Commissariat au Plan (HCP) prévoit une progression du produit intérieur brut (PIB) de 4,7% au quatrième trimestre, contre 4,1% au troisième et 4% au deuxième.

Cette prévision repose sur une hypothèse centrale de relative stabilité des prix de l’énergie et d’absence de nouveaux chocs majeurs. Dans ce scénario, l'activité économique bénéficierait notamment d'un redressement progressif des industries extractives et des activités qui leur sont liées.



Selon le HCP, cette reprise interviendrait à mesure que s'achèveraient les travaux d'entretien engagés dans ces industries au cours des deuxième et troisième trimestres. Elle serait également soutenue par le réajustement des exportations au nouveau cycle de reconstitution des stocks d'engrais dans les pays d'Amérique latine et d'Afrique. L'agriculture et les services continueraient, parallèlement, de jouer un rôle déterminant dans l'expansion économique. Leur contribution cumulée à la croissance avoisinerait 4 points au quatrième trimestre 2026.

La consommation des ménages attendue en hausse de 4,3%

Du côté de la demande, le HCP anticipe la poursuite du soutien de la consommation et de l'investissement à l'activité économique.

Les dépenses de consommation des ménages devraient progresser de 4,3% au quatrième trimestre, en variation annuelle, après une hausse estimée à 4,1% au troisième trimestre. Cette évolution serait favorisée par le maintien de conditions attractives de financement bancaire et la reconduction des mesures budgétaires destinées à limiter la transmission de l'inflation énergétique.

L'investissement devrait également accélérer, avec une progression prévue de 6,8% au dernier trimestre de l'année, contre 6,2% au troisième trimestre. Cette évolution serait principalement soutenue par les grands projets d'infrastructure.

Le scénario central du HCP reste toutefois soumis à plusieurs risques. Une nouvelle intensification des tensions au Moyen-Orient, combinée au renforcement des contraintes d'accessibilité économique durant l'hiver, pourrait provoquer des pressions inflationnistes supplémentaires et peser sur les capacités de production ainsi que sur la croissance. À l'inverse, un assouplissement des contraintes d'approvisionnement en matières premières énergétiques au Moyen-Orient, accompagné d'un recul des cours du pétrole, pourrait porter la croissance à environ 5,3% au quatrième trimestre, contre 4,7% dans le scénario central. Dans cette hypothèse plus favorable, le redressement des industries chimiques contribuerait à une reprise de l'activité industrielle, attendue en hausse de 1,6%.

L'agriculture et les services resteraient néanmoins les principaux moteurs de la croissance. Le reflux des prix de l'énergie et des produits alimentaires favoriserait également le pouvoir d'achat des ménages et leur consommation. Parallèlement, la stabilisation des taux d'intérêt contribuerait à préserver les trésoreries des entreprises et à soutenir la formation brute de capital.

Une croissance de 4,1% estimée au troisième trimestre malgré le choc énergétique

Les perspectives d'amélioration au quatrième trimestre interviennent après une période marquée par les effets du renchérissement des matières premières énergétiques et minérales. Selon le HCP, le déclenchement de la guerre en Iran à fin février 2026 a provoqué une nouvelle crise géopolitique mondiale, entraînant une remontée des cours internationaux des matières premières énergétiques vers les pics enregistrés en 2022. Au Maroc, ce choc s'est principalement transmis à travers l'augmentation des coûts des intrants énergétiques et minéraux. Ses effets ont été particulièrement perceptibles dans les activités secondaires, dont la valeur ajoutée a reculé de 3,9% au deuxième trimestre 2026. Cette contraction a néanmoins été compensée par la progression des activités primaires de 20,9% et celle des services de 4%. La croissance globale s'est ainsi établie à 4% au deuxième trimestre, après 4,6% au premier.

Au troisième trimestre, l'économie nationale aurait maintenu une croissance de 4,1% en variation annuelle, malgré la prolongation du choc énergétique. L'agriculture aurait constitué le principal soutien de l'offre, avec une progression de 19,9%. Les services auraient augmenté de 3,9%, portés notamment par l'hébergement et la restauration, les services non marchands et les activités financières.

Les activités secondaires auraient, en revanche, poursuivi leur repli, mais à un rythme moins prononcé, avec une contraction estimée à 1,9%, contre 3,9% au deuxième trimestre. Les industries alimentaires, automobiles et de fabrication de matériel électrique auraient mieux résisté. À l'inverse, le textile, la chimie, la fabrication du caoutchouc et l'électronique seraient restés en retrait.

Commerce extérieur : une contribution négative ramenée à 1,2 point

Le choc énergétique aurait également continué à affecter les échanges extérieurs au troisième trimestre. Selon le HCP, les prix à l'importation auraient augmenté plus rapidement que les prix à l'exportation, entraînant une nouvelle détérioration des termes de l'échange et une compression des marges des entreprises. Dans ce contexte, la croissance en volume des exportations aurait ralenti à 6,2% au troisième trimestre, contre 7,6% au deuxième. Ce ralentissement se serait accompagné d'une modération des importations, permettant de réduire la contribution négative des échanges extérieurs à la croissance. Celle-ci serait passée de -1,6 point au deuxième trimestre à -1,2 point au troisième.

Du côté de l'investissement, les entreprises auraient poursuivi l'ajustement de leurs dépenses face à l'augmentation des prix des équipements importés et des intrants de construction. Le maintien des projets d'infrastructure aurait toutefois permis à la formation brute de capital de progresser de 6,2% au troisième trimestre. La consommation des ménages aurait, pour sa part, augmenté de 4,1%, dans un contexte marqué par un léger recul de l'inflation, estimé à 0,3%. Cette évolution des prix aurait résulté de deux tendances opposées. Les prix non alimentaires auraient progressé de 2,4%, sous l'effet notamment de leur composante énergétique, tandis que les prix alimentaires auraient diminué de 3,6%. Ce repli aurait concerné particulièrement le poulet, les légumes, les œufs et l'huile d'olive, cette dernière contribuant à hauteur de -1,1 point à l'évolution des prix.

Financement : les créances sur l'économie en hausse de 11,1%

Malgré le choc énergétique, les conditions de financement seraient restées globalement favorables au troisième trimestre 2026.

Les créances sur l'économie auraient augmenté de 11,1% en glissement annuel, après des progressions de 8,4% au premier trimestre et de 11,6% au deuxième. Cette évolution aurait été principalement soutenue par les crédits de trésorerie et d'équipement des entreprises. Les avoirs officiels de réserve auraient, de leur côté, progressé de 19,9%, tandis que les créances nettes sur l'administration centrale auraient augmenté de 7,1%. Ces évolutions auraient contribué à une croissance de la masse monétaire de 11,9%, après 11,7% au trimestre précédent. Parallèlement, le déficit de liquidité bancaire se serait accentué, conduisant Bank Al-Maghrib à augmenter ses financements aux établissements bancaires. La Banque centrale aurait maintenu son taux directeur à 2,25% pour le sixième trimestre consécutif. Les taux interbancaires se seraient alignés sur ce niveau, tandis que les rendements des bons du Trésor auraient poursuivi leur progression. Les hausses auraient atteint 19 points de base pour les maturités à un an et 48 points de base pour celles à cinq ans. Sur le marché des changes, le dirham se serait déprécié de 2,2% face à l'euro et de 3,8% vis-à-vis du dollar.

Un besoin de financement de 22 milliards de dirhams au deuxième trimestre

Les effets du choc énergétique apparaissent également dans l'évolution des équilibres financiers de l'économie nationale.

Au deuxième trimestre 2026, le besoin de financement de l'économie a atteint 22 milliards de dirhams, contre 10,3 milliards de dirhams au cours de la même période de 2025. Cette augmentation s'explique principalement par l'élargissement du déficit commercial, sous l'effet de l'alourdissement de la facture énergétique et de la détérioration des termes de l'échange. Elle résulte également du creusement du déficit public, lié au coût des dispositifs d'aide destinés à limiter la propagation de l'inflation énergétique et à l'effort d'investissement budgétaire. La demande intérieure a, pour sa part, absorbé les effets du choc de manière contrastée.

La formation brute de capital a ralenti à 6,8% au deuxième trimestre, contre 10,8% au premier, en raison notamment de la réduction de la rentabilité des entreprises sous l'effet des coûts de production et du ralentissement de la demande de logements. En revanche, les dépenses de consommation ont progressé de 4,1%, soutenues par une amélioration de 4% de l'emploi rémunéré et par un recours accru à l'endettement. La progression de ce dernier a atteint 4,5% à fin juin 2026, contre 3,9% à fin mars.
Copyright Groupe le Matin © 2026