Moncef Ben Hayoun
15 Mai 2026
À 10:38
Le
Maroc affiche des niveaux de
risque de crédit inférieurs aux moyennes mondiale et régionale aussi bien pour les prêts au secteur privé que pour les prêts au secteur public. C’est ce qui ressort des derniers Rapports du
Global Emerging Markets Risk Database (
GEMs), la plus grande base de données au monde sur le risque de crédit dans les marchés émergents. Co-dirigé par la Banque européenne d’investissement (
BEI) et la Société financière internationale (
IFC), le consortium GEMs est une initiative conjointe de 29 banques multilatérales de développement et institutions de financement du développement qui rassemble 40 ans de données sur les risques de crédit liés à leurs opérations de prêt.
Présentées lors d’un séminaire organisé par la BEI au Caire consacré à
l’investissement dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA), les statistiques GEMs ont pour objectif d’aider les investisseurs à évaluer les risques liés aux investissements dans les marchés émergents, en particulier lorsqu’ils investissent aux côtés de ces institutions. Ces informations visent à contribuer à la mobilisation de capitaux privés là où les besoins d’investissement sont les plus importants.
Pour le secteur privé, le Maroc a enregistré un taux moyen de défaut de 2,05% entre 1994 et 2024, contre une moyenne mondiale de 3,54% et une moyenne régionale MENA de 3,39%.
Les données du Rapport montrent que le Maroc totalise 86 contreparties privées observées sur 31 ans, avec 11 défauts recensés sur un volume signé de 3,037 milliards d’euros. À l’échelle mondiale, les statistiques GEMs couvrent plus de 10.000 entités privées dans 169 pays. Le taux moyen mondial de défaut ressort donc à 3,54%, tandis que le taux moyen de recouvrement atteint 72,9%. Le Rapport souligne qu’un pic des défauts a été observé en 2020, dans le contexte de la crise Covid-19.
Par ailleurs, le secteur financier affiche le taux de défaut le plus faible, à 2,26%, ainsi que le taux moyen de recouvrement le plus élevé, à 79,1%.
Par zone, dans la région MENA, le taux moyen de défaut des prêts privés ressort à 3,39%, avec un taux moyen de recouvrement de 71,7%, légèrement inférieur à la moyenne mondiale.
Si les taux de défaut les plus élevés ont été observés en Afrique subsaharienne (6,05%), cette région enregistre également le taux de recouvrement le plus élevé parmi toutes les régions, à plus de 78%.
Dans le secteur public, le Rapport fait ressortir un taux moyen de défaut de 1,18% entre 1994 et 2024 pour le Maroc, contre une moyenne mondiale de 2,61%. Le Rapport précise que le Maroc compte 56 contreparties publiques observées sur 31 ans, avec 8 défauts recensés sur un volume signé de 9,538 milliards d’euros. Les statistiques GEMs montrent, par ailleurs, une baisse progressive des taux de défaut des entités publiques au cours des dernières décennies.
Dans la région MENA, le taux moyen de défaut des prêts publics ressort à 1,89%, inférieur à la moyenne mondiale. La région affiche également le taux moyen de recouvrement le plus élevé parmi toutes les régions, à 93,5%, contre 85,8% au niveau mondial, un niveau que le Rapport attribue notamment à l’existence de garanties publiques.
Le consortium GEMs regroupe plusieurs banques multilatérales et institutions financières de développement partenaires du Maroc, dont la BEI, l’IFC, la Banque africaine de développement (BAD) et la BERD.
Lors du séminaire organisé au Caire, le chef du hub régional de la BEI pour l’Afrique du Nord et le Proche-Orient, Guido Clary, a déclaré que «dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord, qui est au cœur des tensions géopolitiques depuis des décennies, la base GEMs fournit des éléments solides et transparents pour soutenir les décisions d’investissement».
Le secrétaire général de GEMs, Gregor Cigüt, a estimé pour sa part que «l’investissement dans certains marchés de la région MENA est moins risqué qu’on ne le perçoit généralement».