Économie

Lekjaa défend la résilience de l’économie marocaine face aux turbulences mondiales

Réserves de change à 469,8 milliards de dirhams, recettes fiscales en hausse de 10,4 milliards, inflation maintenue sous 1% et croissance espérée au-delà de 5,3% : devant la Chambre des conseillers, Fouzi Lekjaa a défendu la solidité des équilibres macroéconomiques du Royaume, malgré une flambée mondiale des prix de l’énergie et un contexte géopolitique sous tension.

13 Mai 2026 À 11:43

Le gouvernement affiche sa confiance dans la solidité des fondamentaux économiques du Maroc. Intervenant mardi lors de la séance des questions orales à la Chambre des conseillers, le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lekjaa, a présenté un état des lieux de l’exécution de la loi de finances 2026, mettant en avant la résilience de l’économie nationale face à un environnement mondial qualifié de « difficile et exceptionnel ».

Premier indicateur mis en avant : la progression des avoirs officiels de réserve. À fin avril 2026, les réserves de change du Royaume ont atteint 469,8 milliards de dirhams, en hausse de 23,4% par rapport à la même période un an auparavant. Selon le ministre, ce niveau permet désormais de couvrir cinq mois et vingt-quatre jours d’importations, rapprochant le Maroc du seuil des six mois de couverture.



Pour Fouzi Lekjaa, cet indicateur revêt une importance stratégique puisqu’il reflète à la fois les performances des exportations nationales et la capacité du pays à faire face à ses besoins d’importation. Le ministre a assuré que l’économie marocaine « poursuit la dynamique positive enregistrée au cours des dernières années ».

Une conjoncture mondiale sous pression

Le responsable gouvernemental a toutefois rappelé que l’économie mondiale traverse depuis le début du mois de mars une phase particulièrement tendue, marquée par les chocs géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, et par une aggravation des perturbations affectant les chaînes d’approvisionnement mondiales, particulièrement dans le secteur énergétique. Cette situation a entraîné une forte hausse des prix des produits énergétiques. Le prix du pétrole a ainsi progressé de 46%, atteignant une moyenne de 102 dollars le baril durant les quatre premiers mois de l’année, contre environ 70 dollars auparavant, avec des pics à 119 dollars.

Le gasoil a augmenté de près de 70%, atteignant 1.218 dollars la tonne contre 717 dollars auparavant. Le prix du gaz butane a progressé de 33%, à 727 dollars contre 547 dollars précédemment, tandis que le fuel utilisé dans la production électrique a enregistré une hausse de 58%, atteignant 593 dollars la tonne. Le gaz naturel a, pour sa part, augmenté de 53% pour atteindre 49 euros par mégawattheure. « Ces données ne visent ni à justifier ni à dramatiser », a insisté Lekjaa, mais à fournir « une lecture objective des conditions que nous traversons ».

Des recettes fiscales en nette progression

Malgré cette conjoncture internationale tendue, l’exécution de la loi de finances suit, selon le ministre, une trajectoire « très positive ». Les recettes fiscales ont progressé de 10,4 milliards de dirhams à fin avril 2026, soit une hausse de 8,5% par rapport à la même période de 2025. Le taux de réalisation des prévisions de la loi de finances a atteint 36,3%. Cette évolution est principalement portée par les performances de l’impôt sur les sociétés (IS), dont les recettes ont augmenté de 9,1 milliards de dirhams, soit une progression de 25%. L’impôt sur le revenu (IR) a enregistré une hausse de 1 milliard de dirhams (+4,8%), tandis que les recettes de TVA ont progressé de 1,3 milliard (+4%), avec un taux de réalisation proche de 49% des prévisions annuelles.

Les droits d’enregistrement et de timbre ont également augmenté de près de 11,4%, alors que les recettes de la taxe intérieure de consommation ont progressé de 854 millions de dirhams. Pour le ministre, ces indicateurs traduisent le maintien d’une dynamique de consommation intérieure, en hausse de 7,4%.

Un effort budgétaire pour préserver le pouvoir d’achat

Face à la hausse des prix internationaux, le gouvernement affirme poursuivre une politique active de soutien au pouvoir d’achat. Fouzi Lekjaa a détaillé les montants mobilisés chaque mois pour limiter les répercussions de la conjoncture internationale sur les ménages.

Le soutien au gaz butane représente ainsi un coût mensuel de 600 millions de dirhams, tandis que 650 millions de dirhams sont mobilisés chaque mois pour stabiliser les prix du transport. À cela s’ajoutent 300 millions de dirhams mensuels destinés à maintenir les prix de l’électricité, dont le coût global de soutien devrait atteindre 3 milliards de dirhams.

Le ministre a également révélé la mobilisation d’un soutien financier dépassant 11 milliards de dirhams en faveur des éleveurs afin de préserver le cheptel national et de soutenir ce secteur stratégique, avec pour objectif de contribuer à la stabilité des prix des viandes et des produits liés à l’élevage.

Concernant les critiques liées aux recettes fiscales générées par la hausse des carburants, Fouzi Lekjaa a tenu à relativiser l’impact budgétaire. Selon lui, les recettes additionnelles de TVA ne devraient pas dépasser 3 milliards de dirhams sur l’ensemble de l’année. Il a également rappelé que la taxe intérieure de consommation est calculée sur les volumes et non sur les prix.

Le ministre a précisé que la TVA représente seulement 0,46 dirham dans le prix d’un litre de gasoil, alors que les répercussions directes de la crise mondiale représentent en moyenne 3,7 dirhams par litre.

Inflation maîtrisée et perspectives de croissance

Sur le plan macroéconomique, Fouzi Lekjaa a indiqué que l’inflation est restée inférieure à 1% durant les trois premiers mois de l’année, atteignant 0,9% au mois de mars. Le gouvernement espère maintenir ces niveaux afin d’éviter un impact significatif sur l’activité économique. L’Exécutif maintient également son objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB d’ici fin 2026, contre 3,5% en 2025, tout en poursuivant la baisse du niveau d’endettement, attendu autour de 66% du PIB.

Par ailleurs, le ministre a souligné que les recettes ordinaires sont passées de 256 milliards de dirhams en 2021 à 424 milliards en 2025, avec un taux de croissance moyen de 13,5%, traduisant selon lui une amélioration structurelle des finances publiques.

Malgré le ralentissement des perspectives économiques mondiales et les prévisions prudentes du Fonds monétaire international, Fouzi Lekjaa s’est montré optimiste quant aux perspectives nationales. Le ministre a estimé que le Maroc pourrait enregistrer une croissance supérieure à 5,3% en 2026, portée notamment par les bonnes perspectives agricoles et une récolte céréalière attendue autour de 90 millions de quintaux. Selon lui, chaque hausse supplémentaire de 20 millions de quintaux contribue à hauteur de 0,3 point à la valeur ajoutée nationale.

Enfin, le ministre a mis en avant les signaux favorables adressés au Maroc par les institutions financières internationales. Le FMI a confirmé l’éligibilité du Royaume au renouvellement de sa ligne de crédit modulable, tandis que Standard & Poor’s a maintenu la notation du Maroc en catégorie « investment grade » avec perspective stable. Moody’s a, de son côté, relevé la perspective de la note souveraine du Royaume de « stable » à « positive ».

Fouzi Lekjaa a également salué les progrès réalisés par le Maroc en matière de transparence budgétaire dans le cadre de l’indice « Open Budget 2025 », où le Royaume a gagné quatre points, résultat qu’il attribue aux efforts conjoints du gouvernement et du Parlement dans l’amélioration de la gestion des finances publiques.
Copyright Groupe le Matin © 2026