Les DRH sous tension face à l’impératif de maîtrise des coûts (enquête)
L’Indice de Confiance DRH.ma s’établit à 26,5 sur 100 au quatrième trimestre 2026, traduisant des anticipations dégradées chez les directions des ressources humaines au Maroc. Face à la hausse de la pression sur la masse salariale, la maîtrise des coûts RH s’impose comme une priorité, tandis que les perspectives restent tendues sur le recrutement, la rétention et le climat social.
LE MATIN
01 Octobre 2026
À 11:05
Les directions des ressources humaines marocaines abordent les derniers mois de 2026 avec prudence. Réalisé du 17 au 28 septembre auprès de 204 DRH d’entreprises privées marocaines, de filiales de groupes multinationaux et d’organisations publiques ou semi-publiques, le premier Indice de Confiance DRH.ma ressort à 26,5 sur 100, soit 23,5 points sous le seuil de neutralité fixé à 50. Au total, 78% des responsables interrogés se déclarent préoccupés ou très préoccupés par les trois prochains mois, contre 10,8% qui se disent confiants.
Le constat s’étend aux cinq dimensions mesurées par l’indice, dont aucune ne franchit le seuil de neutralité. L’engagement des collaborateurs résiste le mieux, avec un score de 39 sur 100 et près de 62% des DRH anticipant une stabilité au cours des trois prochains mois.
Les perspectives sont plus dégradées sur le recrutement. Cet indicateur ressort à 33,8 sur 100, alors que 42% des répondants prévoient une diminution de leurs recrutements et seulement 9% une hausse. Même tendance du côté de la rétention, dont l’indice s’établit à 30,4 : près de 46% des DRH anticipent une diminution de leur capacité à retenir leurs collaborateurs, contre 6% qui tablent sur une amélioration.
Le climat social constitue un autre foyer de tension. Son indice tombe à 22,5 sur 100, avec six DRH sur dix anticipant une dégradation du climat et du dialogue social dans leur organisation. Cette prudence généralisée prend toutefois une dimension particulièrement économique lorsqu’il s’agit des rémunérations et des budgets RH, qui concentrent les anticipations les plus dégradées.
La pression salariale replace les coûts au premier plan
Avec un indice de seulement 6,6 sur 100, la pression sur les rémunérations et les budgets RH constitue le signal le plus marqué de l’enquête. Quelque 88% des DRH anticipent une augmentation de cette pression au cours des trois prochains mois, contre seulement 1% qui prévoit une diminution.
La situation apparaît encore plus tendue dans les entreprises privées marocaines : 97% des DRH de cette catégorie anticipent une hausse de la pression sur les rémunérations et les budgets RH, ramenant l’indicateur correspondant à 1,7 sur 100. Dans les entreprises de moins de 250 collaborateurs, la totalité des répondants anticipe une augmentation de cette pression, avec un indice qui tombe à zéro.
Ces tensions se répercutent directement sur l’agenda des responsables RH. La performance économique et la maîtrise des coûts RH figurent parmi les trois principales priorités de 86,8% des répondants. Elles devancent la rémunération, l’équité interne et la conformité (63,7%), ainsi que la rétention, l’engagement et le climat social (61,3%).
Le recrutement et l’acquisition des talents arrivent nettement derrière, cités par 31,4% des DRH. Le développement des compétences et du management recueille 29,9% des réponses, tandis que la transformation technologique, les outils RH et l’intelligence artificielle atteignent 27%.
La pression salariale explique largement ce recentrage sur les coûts. Parmi les DRH ayant placé la performance économique et la maîtrise des coûts RH au rang de leurs priorités, 82,5% invoquent l’augmentation de la pression sur la masse salariale, tandis que 46,9% évoquent la nécessité de reconstituer les marges.
D’autres contraintes pèsent parallèlement sur les politiques de rémunération. Parmi les DRH ayant retenu la rémunération, l’équité interne et la conformité comme priorités, 79,2% mettent en avant les exigences réglementaires, notamment celles liées à la transparence et au SMIG, tandis que 50% citent les problématiques d’iniquités internes.
L’intensité de ces tensions n’est toutefois pas uniforme et varie sensiblement selon le profil et la taille des organisations.
Des écarts marqués selon le profil et la taille des entreprises
L’indice global atteint 35,6 sur 100 dans les filiales de groupes multinationaux, contre 21,9 dans les entreprises privées marocaines, soit une différence de 13,7 points.
L’écart se retrouve dans plusieurs dimensions. L’engagement des collaborateurs atteint le seuil de neutralité de 50 dans les filiales multinationales, contre 34,8 dans les entreprises privées marocaines. La rétention ressort respectivement à 41,9 et 24,8, tandis que l’indicateur relatif à la pression sur la masse salariale s’établit à 16,3 chez les premières et à seulement 1,7 chez les secondes.
Les organisations publiques et semi-publiques affichent, pour leur part, un indice global de 43,8 sur 100. Ce résultat doit néanmoins être interprété avec prudence, cette catégorie ne comptant que 16 répondants dans l’échantillon.
Une différence apparaît également selon la taille des organisations. L’indice global s’établit à 20,3 sur 100 dans les entreprises de moins de 250 collaborateurs, puis progresse à 27,5 pour celles comptant entre 250 et 500 salariés et à 29,4 pour les organisations de 501 à 1.000 collaborateurs. Il atteint 33,9 dans les structures de plus de 1.000 salariés. Ce dernier résultat appelle également à la prudence, cette catégorie regroupant 28 répondants.
Cette progression avec la taille constitue l’un des enseignements de cette première mesure. Elle ne permet toutefois pas, à ce stade, d’établir une relation de causalité entre la taille de l’organisation et le niveau de confiance exprimé par les directions RH.
Avec cet indice appelé à être publié chaque trimestre, DRH.ma entend suivre dans la durée l’évolution des anticipations des directions des ressources humaines au Maroc. Les prochaines éditions permettront notamment d’observer si la pression sur la masse salariale se maintient, si les intentions de recrutement repartent à la hausse et si les tensions sur la rétention et le climat social se résorbent ou, au contraire, s’accentuent.