L’État prépare une réponse stratégique à la problématique de la
raréfaction des ressources hydriques dans la
région de l’Oriental et son lourd impact sur le secteur agricole. En effet, le département de l’Agriculture enclenche une nouvelle étape dans le projet d’alimentation en eau du périmètre irrigué de la Moulouya à partir du dessalement de l’eau de mer. L’Office régional de mise en valeur agricole de la Moulouya (
ORMVAM) s’apprête dans ce sens à lancer les études d’aménagement et des travaux topographiques visant à mettre en place les infrastructures nécessaires pour acheminer l’eau produite par la future
station de dessalement de Ras El Ma vers les zones agricoles de la région. Cette étude doit permettre de concevoir et dimensionner l’ensemble du système d’adduction et de distribution destiné à renforcer l’irrigation de la plaine de la Moulouya, en perspective de la mise en œuvre de la première phase de la station de dessalement. Concrètement, le projet vise à mobiliser 160 millions de mètres cubes (m³) d’eau dessalée par an, soit un débit d’environ 5 m³/s, afin de sécuriser l’irrigation d’environ 30.000 hectares dans le
périmètre agricole de la Moulouya.
L’étude devra ainsi définir les infrastructures hydro-agricoles nécessaires pour capter ces volumes à la sortie de la station de dessalement et les acheminer jusqu’aux têtes des canaux principaux et aux secteurs irrigués du périmètre. Le schéma d’aménagement envisagé comprend notamment la réalisation d’une station de pompage principale, des conduites d’adduction et de leurs bretelles secondaires, ainsi que des ouvrages de restitution de l’eau vers les canaux d’irrigation existants. Il prévoit également la construction de stations de reprise, d’ouvrages de protection hydraulique, de bassins de régulation et de réservoirs tampons destinés à stabiliser l’alimentation en eau du réseau.
À ces équipements s’ajoutent plusieurs infrastructures complémentaires : conduites de liaison vers les prises existantes sur les canaux principaux, ouvrages de restitution en tête des secteurs irrigués, franchissements d’infrastructures (routes, oueds, voies ferrées ou réseaux), ainsi que l’aménagement de pistes de servitude et le raccordement électrique des stations de pompage en coordination avec les services de l’
ONEE.
La mission à confier à un bureau d’études s’articule autour de quatre grandes phases d’ingénierie. La première porte sur l’avant-projet détaillé (APD). Elle comprend l’analyse des études antérieures, les reconnaissances géotechniques, les levés topographiques détaillés et l’établissement des plans parcellaires nécessaires aux éventuelles procédures d’expropriation.
La deuxième phase concerne, quant à elle, l’élaboration du projet d’exécution des ouvrages (PEO) pour l’ensemble des composantes du système d’adduction, incluant les conduites, stations de pompage, bassins de régulation et ouvrages de restitution vers les canaux d’irrigation.
La troisième phase vise, elle, la préparation des dossiers de consultation des entreprises (DCE) qui serviront de base au lancement des appels d’offres pour la réalisation des travaux. Ces dossiers couvriront l’ensemble des composantes du projet : conduites d’adduction, bretelles secondaires, stations de pompage, bassins de régulation et dispositifs de contrôle de la qualité des travaux.
Enfin, une quatrième phase prévoit la réalisation d’une étude d’aménagement hydro-agricole d’une zone d’extension de 5.000 hectares, qui devra être irriguée à partir de l’eau dessalée issue de la station de Ras El Ma.
Une réponse à la crise hydrique de la Moulouya
Ce projet s’inscrit dans un contexte marqué par une pression croissante sur les ressources hydriques dans le bassin de la Moulouya. Depuis plusieurs années, la région fait face à une succession d’épisodes de sécheresse qui ont fortement réduit les apports en eau de surface et la recharge des nappes souterraines. Les retenues du Complexe hydraulique de la Moulouya, dont la capacité globale avoisine 750 à 800 millions de m³, affichent régulièrement des niveaux de remplissage faibles, souvent limités à 30 à 35 % lors des années déficitaires. Dans ces conditions, la disponibilité en eau pour l’irrigation reste largement inférieure aux besoins agricoles de la région. En année normale, les besoins en eau des périmètres agricoles de la zone sont estimés entre 430 et 500 millions de m³, alors qu’ils peuvent chuter à 120 millions de m³ en année sèche, ce qui entraîne une réduction importante des allocations d’eau pour les agriculteurs. Cette situation pousse de nombreux exploitants à recourir davantage aux nappes souterraines, avec pour conséquence une baisse préoccupante des niveaux piézométriques et une dégradation de la qualité des eaux liée notamment à la salinisation.
Un périmètre agricole stratégique
La zone concernée par le projet correspond au périmètre irrigué de la basse Moulouya. Sur le plan administratif, elle s’étend sur 25 communes rurales, réparties entre les provinces de
Berkane, Nador et Taourirt. Le périmètre irrigué couvre environ 65.400 hectares en grande hydraulique, auxquels s’ajoutent 10.700 hectares en petite et moyenne hydraulique. Il comprend notamment les
plaines agricoles de Triffa, Zebra, Bou Areg et Garet, qui constituent l’un des principaux bassins agricoles de la région. Aujourd’hui, ces périmètres sont alimentés principalement par le
Complexe des barrages Mohammed V – Mechraâ Hammadi, via deux grands canaux principaux : le canal de la rive droite et celui de la rive gauche.
Avec la mobilisation de l’eau dessalée de Ras El Ma, l’État entend diversifier les sources d’approvisionnement hydrique et renforcer la résilience du système agricole de la Moulouya. La future usine de dessalement, projetée sur la façade méditerranéenne à proximité de Ras El Ma, constitue l’un des piliers de cette stratégie. À terme, l’infrastructure devrait atteindre une capacité de production de 300 millions de m³ d’eau dessalée par an, soit près de 822.000 m³ par jour, et sera réalisée en deux phases successives. La première phase, prévue en 2026, portera la production à 140 millions de m³ par an, dont 110 millions destinés à l’alimentation en eau potable des grandes agglomérations de l’Oriental et 30 millions de m³ pour
l’irrigation. La seconde phase, programmée à l’horizon 2035, ajoutera 160 millions de m³ supplémentaires, dont 130 millions dédiés à l’agriculture, portant à 160 millions de m³ par an les volumes réservés au
secteur agricole.
Sur le plan technique, le projet comprend un ensemble d’ouvrages maritimes, hydrauliques et électromécaniques couvrant toute la
chaîne de dessalement. Le dispositif de captage prévoit deux tours de prise d’eau en mer, reliées au site par deux conduites d’amenée de 2.500 mm et 2.100 mm de diamètre sur environ 516 mètres, débouchant sur un bassin de captage équipé d’une station de pompage. L’eau brute sera ensuite transférée vers les installations de prétraitement via deux conduites de 1.400 mm sur 205 mètres, avant de passer par trois lignes parallèles de traitement comprenant floculation, flottation et filtration. Le dessalement proprement dit reposera sur trois trains de production fonctionnant par osmose inverse, intégrant filtration basse pression, microfiltration, pompage haute pression et systèmes de récupération d’énergie, ainsi que des unités de reminéralisation. Les eaux produites seront, ensuite, stockées dans une bâche de collecte d’une capacité de 120.000 m³, complétée par un bassin de stockage de 13.000 m³ dédié à l’irrigation.
Le projet prévoit aussi un système complet de gestion des rejets, comprenant un bassin de mise en charge des saumures et deux émissaires marins d’environ 1.000 mètres en PEHD (
polyéthylène haute densité) de 1.600 mm de diamètre, équipés de diffuseurs destinés à assurer la dilution et la dispersion contrôlée des rejets en mer. L’ensemble de l’usine sera alimenté par un poste de transformation et de distribution électrique dédié, permettant d’assurer le fonctionnement des installations de dessalement et des stations de pompage associées.
En articulant cette nouvelle ressource hydrique avec les infrastructures d’irrigation existantes du périmètre de la Moulouya, l’État vise à sécuriser durablement l’irrigation d’environ 30.000 hectares, tout en réduisant la pression sur les nappes souterraines et en stabilisant l’activité agricole dans l’un des principaux bassins agricoles de l’Oriental.
Le projet vise à mobiliser 160 millions de m³ d’eau dessalée par an, soit un débit d’environ 5 m³/s, afin de sécuriser l’irrigation d’environ 30.000 hectares dans ce périmètre agricole stratégique de la région de l’Oriental.