L’AIE alerte sur le coût croissant de la dépendance aux importations au Maroc
La crise énergétique provoquée par la guerre au Moyen-Orient accentue les pressions sur les économies de la région MENA dépendantes des importations de pétrole et de gaz. Selon l’Agence internationale de l’énergie, les dépenses mensuelles cumulées d’importation énergétique du Maroc, de l’Égypte, de la Tunisie et du Liban ont augmenté d’environ 66% entre janvier et juin 2026. Au Maroc, les dernières données de l’Office des changes illustrent également l’alourdissement de la facture énergétique, qui a bondi de 37% sur un an à fin septembre 2026.
Moncef Ben Hayoun
06 Novembre 2026
À 14:35
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Le Maroc figure parmi les économies d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient (MENA) exposées à la forte hausse des coûts des importations énergétiques provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Dans une analyse publiée le 3 novembre courant, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne les pressions croissantes auxquelles sont confrontés les pays dépendants des importations de combustibles, en raison de l’augmentation des prix internationaux de l’énergie et des coûts du transport maritime.
Selon l’Agence, les dépenses mensuelles cumulées du Maroc, de l’Égypte, de la Tunisie et du Liban en importations de pétrole brut, de produits pétroliers et de gaz naturel ont atteint 4,6 milliards de dollars en mars 2026, premier mois complet du conflit, soit une progression de près de 60% par rapport à janvier. Elles ont ensuite augmenté à 4,8 milliards de dollars en juin, représentant une hausse d’environ 66% depuis le début de l’année.
L’AIE précise que les produits pétroliers ont représenté l’essentiel de cette augmentation, tandis que la facture du gaz naturel a doublé sur la période, principalement sous l’effet des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) de l’Égypte. Au Maroc, les dernières statistiques de l’Office des changes illustrent l’ampleur de la hausse de la facture énergétique. À fin septembre 2026, les importations d’énergie et de lubrifiants ont atteint 111,6 milliards de dirhams, contre 81,4 milliards sur les neuf premiers mois de 2025, soit une augmentation de 37%, représentant 30,2 milliards de dirhams supplémentaires. Cette évolution résulte essentiellement de la hausse des approvisionnements en gas-oils et fuel-oils, dont la valeur a progressé de 51%, à 58,6 milliards de dirhams, contre 38,8 milliards un an auparavant. Selon l’Office des changes, cette augmentation s’explique par l’effet combiné de la hausse des prix de 47,5% et des quantités importées de 2,4%. Les achats d’huiles de pétrole et de lubrifiants ont également progressé de 54,2%, à 14,1 milliards de dirhams, tandis que ceux d’essence de pétrole ont augmenté de 45,4%, à 7,1 milliards.
Ces données nationales viennent compléter le constat régional de l’AIE sur la vulnérabilité des économies importatrices face aux perturbations des marchés énergétiques internationaux. L’Agence relève que l’alourdissement des dépenses d’importation réduit les marges de manœuvre budgétaires des pays déjà confrontés à des contraintes financières, limitant leur capacité à soutenir les ménages et les entreprises ou à investir dans d’autres priorités, notamment les réformes énergétiques.
La crise trouve son origine dans les perturbations majeures des marchés pétroliers et gaziers mondiaux provoquées par le conflit au Moyen-Orient. Depuis février 2026, le transport maritime à travers le détroit d’Ormuz, par lequel transitent normalement environ un quart du pétrole transporté par voie maritime dans le monde et un cinquième du gaz naturel, a été entravé à plusieurs reprises. Selon l’AIE, cette situation a provoqué la plus importante perturbation de l’histoire des marchés mondiaux du pétrole et du gaz.
Les conséquences diffèrent selon les pays. Alors que plusieurs grands producteurs de pétrole et de gaz subissent des pertes de recettes d’exportation en raison des difficultés d’acheminement, les économies importatrices doivent supporter des coûts plus élevés pour assurer leur approvisionnement énergétique. Au-delà de l’augmentation des factures d’importation, l’AIE souligne les limites des mécanismes de subvention énergétique dans la région. Au cours de la dernière décennie, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord ont consacré en moyenne quelque 250 milliards de dollars par an aux subventions aux combustibles fossiles. Pour la seule année 2023, les subventions à l’électricité ont dépassé 80 milliards de dollars. Face à ces vulnérabilités, l’Agence appelle à une approche plus large de la sécurité énergétique. Pour les économies dépendantes des importations, elle préconise notamment le développement des sources nationales de production d’électricité, dont les énergies renouvelables, afin de réduire leur exposition à la volatilité des marchés internationaux des combustibles.
L’AIE souligne aussi l’importance du renforcement des interconnexions électriques et gazières entre les pays de la région, afin de faciliter le partage des approvisionnements en période de crise. Elle insiste enfin sur la nécessité de repenser les mécanismes de subvention, en privilégiant des aides ciblées permettant de préserver l’accès à une énergie abordable pour les populations les plus vulnérables, tout en réduisant les pressions sur les finances publiques.