Économie

Maroc – Royaume-Uni : un partenariat économique qui change de géométrie

Alors que les chaînes d'approvisionnement mondiales sont en pleine reconfiguration et que les partenariats fiables se font rares, Casablanca a accueilli, le 3 juin, le forum économique bilatéral qui dit beaucoup sur l'état du monde : le Maroc et le Royaume-Uni ne se contentent plus d'échanger, ils s'organisent. Portés par 4,6 milliards de livres sterling d'échanges annuels et une série d'accords sectoriels signés en 2025, les milieux d'affaires des deux Royaumes ont affiché une ambition commune et assumée : faire de leur relation commerciale florissante le socle d'une alliance stratégique à part entière, avec l'Afrique pour horizon.

04 Juin 2026 À 17:01

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Le message est venu du cœur de la métropole économique du Royaume, avec une clarté qui tranche sur les habituelles déclarations de bonne volonté diplomatique. À Casablanca, le 3 juin, le Forum économique Maroc–Royaume-Uni a offert aux deux pays l'occasion de traduire les ambitions en projets concrets : un partenariat d'avenir, ancré dans les réalités du commerce mondial reconfiguré.



Mehdi Tazi, président de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), a planté le décor avec une sobriété calculée. «Nous investissons les uns dans les autres et partageons une même ambition en faveur d'une croissance durable et d'une prospérité partagée», a-t-il déclaré devant un parterre de décideurs des deux pays. La relation, a-t-il insisté, est fondée sur «la confiance mutuelle» — un mot d'ordre que les chiffres commencent à étayer sérieusement. En effet, depuis l'entrée en vigueur de l'Accord d'association Maroc–Royaume-Uni en 2019, les flux commerciaux bilatéraux ont progressé sans discontinuer pour dépasser aujourd'hui 4,6 milliards de livres sterling par an. Un chiffre qui prend tout son sens dans le contexte actuel de reconfiguration des chaînes d'approvisionnement mondiales, où le Royaume s'impose comme une alternative crédible pour les industriels britanniques en quête de diversification. Du côté britannique, Ben Coleman, envoyé commercial du Premier ministre pour le Maroc et l'Afrique de l'Ouest, a salué ce qu'il a qualifié d'«ambition concrète» portée par le Maroc, se félicitant de la mobilisation «exceptionnelle» des entreprises des deux pays. Son intervention a mis en lumière une complémentarité que les deux économies tardaient peut-être à pleinement exploiter : d'un côté, un Maroc, hub industriel et technologique en pleine expansion, porte d'entrée stratégique vers le continent africain ; de l'autre, un Royaume-Uni fort de son expertise mondiale en finance, en ingénierie de projets complexes et en design.



Le symbole le plus parlant de cet alignement d'intérêts reste la Coupe du monde 2030. Des entreprises britanniques sont attendues pour contribuer aux grands chantiers d'infrastructure que le Maroc engage en vue de l'événement. Coleman a tracé un parallèle éloquent avec les Jeux olympiques de Londres 2012, qui ont profondément transformé l'est de la capitale grâce à d'importants investissements et à une régénération urbaine durable. Un modèle dont le Maroc entend manifestement s'inspirer.

Au-delà du sport, ce sont les accords conclus en juin 2025 qui structurent la nouvelle géométrie du partenariat. Ces textes ont ouvert des perspectives jamais explorées dans des secteurs aussi divers que les infrastructures, la gestion de l'eau, la mobilité, la sécurité et les enjeux migratoires — autant de domaines où la complémentarité technique et financière entre les deux pays peut produire des effets rapides. Royal Air Maroc joue également sa partition en renforçant la connectivité aérienne entre le Royaume-Uni, le Maroc et l'ensemble du continent africain, consolidant ainsi le rôle de hub que Casablanca entend occuper.

Le forum s'est articulé autour de panels et d'ateliers consacrés aux partenariats dans les infrastructures, à la sécurité des grands événements, au financement de projets et aux technologies appliquées à la gestion des foules. Autant de signaux que ce rapprochement n'est plus du domaine des intentions mais entre dans la phase des décisions d'investissement et des joint-ventures. La relation commerciale entre les deux Royaumes a donc franchi un palier décisif.
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