Économie

Maroc Telecom structure sa trajectoire bas carbone

Encore dépourvu de plan de transition complet au sens des ESRS, Maroc Telecom s’apprête à s’engager, à partir de cette année, dans la formalisation d’une Feuille de route intégrée, articulant décarbonation, résilience climatique et gouvernance ESG. Un tournant stratégique qui vise à aligner l’ensemble des investissements et des opérations du Groupe avec ses objectifs climatiques de long terme. Cette démarche doit notamment permettre de quantifier précisément les leviers de réduction des émissions, d’identifier les investissements nécessaires à l’atteinte des trajectoires 2030, 2040 et 2050, et d’intégrer ces enjeux au cœur de la planification financière du Groupe. Elle s’appuiera sur des chantiers structurants déjà engagés, à l’instar de la mutualisation des infrastructures télécoms pour limiter l’empreinte matérielle, le déploiement de programmes d’efficacité énergétique et la structuration de contrats d’électricité renouvelable.

07 Avril 2026 À 10:15

L’exercice 2026 est à marquer d’une pierre blanche pour la politique climatique et de durabilité de Maroc Telecom. Selon nos informations, l'opérateur historique, qui ne dispose pas encore d’un plan de transition verte au sens des ESRS, s'apprête à formaliser, cette année, une Feuille de route structurée afin de mesurer concrètement ses leviers de décarbonation et d’identifier les efforts encore nécessaires pour atteindre ses objectifs à l’horizon 2030, 2040 et 2050. Ce plan de décarbonation, appelé à guider ses arbitrages financiers, sera intégré à la stratégie globale et à la planification financière du Groupe. Une fois validée par les instances de gouvernance, cette Road-Map sera publiée dans un prochain rapport de durabilité. Derrière cette démarche, Maroc Telecom cherche à franchir un cap : passer d’initiatives dispersées à une stratégie climatique intégrée, alignée sur les standards internationaux.

Précisons qu'un plan de transition complet au sens des ESRS (European Sustainability Reporting Standards) est un document stratégique structuré qui explique comment une entreprise compte aligner son modèle économique avec les objectifs climatiques et environnementaux, en particulier ceux de l’Accord de Paris. Les ESRS imposent donc aux entreprises de publier des informations détaillées sur leurs impacts environnementaux, leurs risques climatiques et surtout leur trajectoire de transition.

Dans la foulée, Maroc Telecom planche sur l’élaboration d’une Feuille de route de durabilité visant à aligner l’ensemble des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) matériels, dont le climat, avec la stratégie et la gestion des risques du Groupe, et à structurer une trajectoire autour d’engagements, de plans d’actions et de perspectives.

Dans cette logique, l’opérateur historique entend s’appuyer sur des actions déjà engagées, notamment la mutualisation de ses infrastructures pour éviter les doublons et limiter son empreinte matérielle. Cette approche doit lui permettre de réduire fortement le recours à des matériaux comme l’acier ou le béton, en évitant la construction de nouveaux pylônes et le déploiement de kilomètres supplémentaires de fibre optique. À l’horizon 2028, près de 2.000 tours devraient être déployées en trois ans via sa filiale UniTower. Une stratégie qui pourrait réduire d’environ 5% les infrastructures redondantes par opérateur, avec à la clé des économies substantielles de ressources et une baisse de l’empreinte carbone.

Le Groupe assure, en outre, que sa politique d’ingénierie et d’achat vise à garantir que chaque équipement réseau et SI soit utilisé jusqu’au terme de sa durée de vie technique, avant tout recyclage. Les technologies déployées sont sélectionnées de manière à éviter toute obsolescence prématurée, en veillant à ce que les équipements restent pleinement fonctionnels et performants pendant toute leur durée de vie.

Autre pratique respectueuse de l’environnement : lors de l’acquisition des équipements, Maroc Telecom évalue les fournisseurs selon la pérennité des solutions proposées, c’est-à-dire leur engagement à garantir la durabilité des équipements, incluant la maintenance et les réparations nécessaires pour assurer leur bon fonctionnement jusqu’à la fin de leur cycle de vie. Pour sa part, le fournisseur s’engage à optimiser la consommation énergétique des équipements fournis. Une gestion proactive permet de maximiser cette durée d’utilisation grâce à des programmes réguliers de maintenance préventive et corrective. Certains équipements peuvent être redéployés pour répondre à des besoins techniques spécifiques, optimisant ainsi leur usage.

Un audit énergétique généralisé

Maroc Telecom est, par ailleurs, sur un audit énergétique stratégique. Une étude dédiée, entamée fin 2025, se poursuivra ainsi tout au long de l’année 2026. Son objectif : identifier les leviers d’efficacité énergétique sur l’ensemble des sites du Groupe et structurer des contrats d’achat d’électricité renouvelable (PPA). Cette démarche aura la vertu de permettre à la fois d’optimiser les coûts énergétiques et de réduire durablement l’empreinte carbone du Groupe.

Une analyse consolidée de résilience climatique des infrastructures

À ce jour, aucune analyse consolidée de résilience climatique couvrant l’ensemble des sites du Groupe n’a encore été réalisée par Maroc Telecom. C’est ainsi que l’opérateur prévoit de conduire cette analyse, cette année même, à l’échelle du périmètre consolidé, en intégrant l’ensemble de ses actifs stratégiques : antennes relais, data centers, bâtiments techniques et câbles sous-marins. Cette évaluation s’appuiera sur des scénarios climatiques reconnus afin d’estimer l’exposition et la vulnérabilité des infrastructures aux phénomènes climatiques aigus et chroniques (élévation du niveau de la mer, vagues de chaleur, tempêtes, inondations). Les résultats, attendus avant la fin de l’exercice en cours, seront intégrés à la gestion des risques et traduits en plans d’adaptation à court, moyen et long termes.

Rappelons que Maroc Telecom s’inscrit dans les objectifs de sa maison-mère, Etisalat, dont les cibles ont été déjà validées par la SBTi (Science Based Targets initiative). Pour Maroc Telecom, cela se traduit par des engagements précis. Il s’agit notamment de réduire ses émissions directes et liées à l’énergie d’au moins 35% à l’horizon 2030 par rapport à l’année de référence 2022, avec une neutralité carbone visée à l’horizon 2040. Autre engagement : la réduction d’au moins 25% des émissions indirectes, notamment celles liées à la chaîne de valeur, à l’horizon 2030, avec une neutralité carbone visée à l’horizon 2050.

Des actions déjà engagées pour la résilience opérationnelle

Sans attendre la formalisation de son plan, Maroc Telecom a déjà engagé plusieurs actions pour renforcer sa résilience opérationnelle. Le Groupe déploie des équipements conçus pour résister à des conditions climatiques extrêmes, tout en assurant une supervision continue de son réseau. Des dispositifs de maintenance prédictive permettent d’anticiper les incidents et d’orienter les investissements en fonction des risques identifiés. Enfin, la résilience des bâtiments est renforcée grâce à des matériaux à forte isolation thermique, des détecteurs d’inondation et des systèmes de climatisation et de protection incendie adaptés.
Copyright Groupe le Matin © 2026