Moncef Ben Hayoun
15 Octobre 2026
À 10:00
Le groupe
Green Sky Capital, basé à Doha, envisage de construire une unité de production de
carburant d’aviation durable (SAF) sur le
port de Nador West Med, pour un investissement total de 239 millions de dollars. Ce mégaprojet, d’une capacité de 200.000 tonnes par an, serait financé en partie par un prêt de la
Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) pouvant atteindre 105 millions de dollars. L’approbation du
financement de la
BERD est attendue le 18 novembre 2026, selon une note de la banque rendue publique le 14 octobre dernier. Le prêt se décompose en une tranche engagée de 85 millions de dollars et une tranche non engagée de 20 millions. Jusqu’à 20 millions de dollars de ce prêt devraient être mobilisés par le
Fonds vert pour le climat (GCF), au titre de son
Programme à fort impact pour le secteur des entreprises (HIPCS).
L’installation doit devenir l’une des premières unités de
production de SAF à l’échelle commerciale au
Maroc et en
Afrique du Nord. Elle reposera sur la technologie Vegan-HEFA (esters et acides gras hydrotraités), sous licence d’Axens, présentée par la BERD comme la plus mature et la plus éprouvée à ce jour pour la production de ce type de carburant. L’usine transformera des matières premières issues de déchets en un carburant d’aviation dit «Drop-In», pleinement compatible avec les moteurs d’avions et les infrastructures aéroportuaires existants, et conforme aux critères de durabilité de la directive européenne sur les énergies renouvelables (RED III). Le promoteur, Green Sky Capital, est un développeur de projets d’énergie propre spécialisé dans le développement, le financement et l’exploitation de projets de SAF sur les marchés émergents, principalement dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Il a pour actionnaires
Green Sky Capital Management, le conglomérat qatari
Al Mana Holding et la société d’investissement saoudienne
Vision Invest.
Pour la BERD, l’opération répond à un déficit de financement à long terme sur l’un des premiers grands projets de SAF en développement au Maroc. La banque met en avant des financements de longue durée, alignés sur la montée en puissance de l’installation et sur la durée de vie de l’actif, à des conditions qui ne seraient pas nécessairement disponibles sur le marché local. Le projet repose par ailleurs sur un contrat d’enlèvement («Offtake Agreement») à long terme conclu avec un acteur privé, ce qui soutient, selon la banque, une structure de financement pionnière pour le secteur du SAF au Maroc et dans la région. Le montage s’appuie sur un financement mixte.
Le projet devrait bénéficier d’une garantie de première perte de
l’Union européenne, accordée au titre de l’accord de garantie
EFSD+ «HI-BAR», qui soutient les investissements dans les technologies de réduction des émissions de nouvelle génération : carburants d’aviation durables, hydrogène renouvelable, biocarburants durables ou encore procédés industriels bas carbone. Cette garantie renforce la bancabilité du projet et appuie la participation de la BERD à un financement inédit dans le secteur. Le soutien concessionnel axé sur les résultats, financé par le GCF, contribuera à couvrir les surcoûts liés au déploiement pionnier d’une production de carburant d’aviation durable à l’échelle industrielle au Maroc, tout en encourageant l’atteinte d’objectifs définis en matière de climat et de gouvernance. Sur le plan environnemental, le projet doit contribuer à la décarbonation du transport aérien et favoriser l’économie circulaire par la conversion de déchets en carburants renouvelables. Il devrait aussi générer des retombées locales : création d’emplois, transferts de compétences et développement de capacités industrielles locales.
La BERD souligne enfin la dimension de genre de l’opération. Dans la région de l’Oriental, le taux d’activité des femmes figure parmi les plus faibles du Royaume, à 13,9% en 2025 contre 19,1% à l’échelle nationale. Le projet prévoit de soutenir la participation des femmes à de nouvelles formations et à l’emploi, avec un objectif de 10% de femmes dans les effectifs de l’entreprise d’ici 2032. Une initiative pilote doit aussi permettre d’intégrer des coopératives et des agrégateurs dirigés par des femmes dans la chaîne d’approvisionnement en matières premières. Le projet de partenariat Green Sky Capital-BERD pourrait bénéficier de financements de coopération technique pour des évaluations climat et genre, des audits techniques et l’élaboration des plans d’action de l’entreprise en matière de décarbonation et de gouvernance climatique. Un financement distinct doit servir à déployer le Programme de développement des compétences et le pilote d’approvisionnement avec les coopératives et agrégateurs dirigés par des femmes.