Économie

Nicolas Forissier appelle les entreprises françaises à saisir les opportunités d'un Maroc plus ambitieux

En visite à Casablanca le 3 avril 2026, le ministre délégué au Commerce extérieur et à l'Attractivité, Nicolas Forissier, a livré devant la CFCIM une vision structurée et ambitieuse pour la consolidation de la relation économique franco-marocaine. Deux agendas complémentaires : l'horizon immédiat de la Coupe du monde 2030 et une vision de long terme inscrite dans le cadre d'un partenariat d'exception renforcé qui se construit avant tout sur le capital humain et pour les générations futures.

Ph H Sradni

03 Avril 2026 À 17:39

Le Maroc et la France résolument tournés vers la consolidation de leur Partenariat stratégique et historique. Lors d'une intervention remarquée devant les membres de la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc (CFCIM), le 3 avril 2026 à Casablanca, le ministre délégué chargé du Commerce extérieur et de l'Attractivité, Nicolas Forissier, a tracé les contours d'une relation bilatérale qu'il entend porter à une nouvelle hauteur, articulée autour de deux agendas complémentaires : l'horizon immédiat de la Coupe du monde 2030 et une vision de long terme inscrite dans le cadre du «Partenariat d'exception renforcé».



Devant un parterre d'acteurs publics, privés et académiques réunis à Casablanca, Nicolas Forissier n'a pas caché son attachement personnel au Maroc. «J'aime bien ce pays, beaucoup, même», a-t-il confié en préambule, avant de livrer un message résolument tourné vers l'action et la mobilisation des opérateurs économiques français.

Un socle déjà solide, mais perfectible

Le ministre a d'abord rappelé les fondamentaux d'une relation bilatérale qui repose sur des bases économiques robustes : 15 milliards d'euros d'échanges commerciaux en 2025, soit le double du volume enregistré il y a dix ans. Les entreprises françaises emploient au Maroc au moins 150.000 personnes directement, et l'Agence française de développement (AFD) fait du Royaume sa première destination mondiale en termes de financements et d'engagements.

Pourtant, pour Forissier, ces chiffres ne sauraient suffire. «On peut aller plus loin», a-t-il martelé, saluant au passage la trajectoire remarquable d'un Maroc qui s'est profondément industrialisé, modernisé et structuré, et qui représente, à ses yeux, l'un des pays les plus avancés du continent africain dans ses équipements et sa vision stratégique.



Ce socle solide s'inscrit désormais dans un cadre politique de premier plan. En octobre 2024, Sa Majesté le Roi Mohammed VI et le Président Emmanuel Macron ont décidé, à l'occasion de la visite d'État de ce dernier au Maroc, d'écrire un nouveau chapitre dans la longue histoire entre les deux pays, en élevant leur relation au rang de «Partenariat d'exception renforcé». C'est dans cet élan politique fort que s'inscrit la visite du ministre.

Premier agenda : la Coupe du monde 2030, un chantier immédiat et considérable

La co-organisation de la Coupe du monde de football 2030, dont le Maroc sera l'un des pays hôtes, constitue le premier axe opérationnel et urgent mis en avant par le ministre. «Il ne reste plus que trois ans et demi», a-t-il lancé avec franchise, rappelant que le compte à rebours est bien engagé et que le temps presse.

Les chantiers à mener sont multiples et représentent autant d'opportunités concrètes pour les entreprises françaises. Forissier a notamment évoqué le prolongement de la ligne à grande vitesse jusqu'à Marrakech, dont la réalisation constitue «un chantier considérable», mais aussi les investissements liés à la connectivité, à l'énergie, à la cybersécurité et à la gestion des flux. L'ensemble de l'environnement hôtelier, de restauration et de mobilité pour accueillir les millions de supporters attendus, ainsi que les équipements sportifs — pelouses, infrastructures de stades et liaisons interurbaines et intra-urbaines — complètent un tableau d'opportunités que le ministre juge immense.

Une Task Force franco-marocaine autour de la Coupe du Monde a d'ailleurs tenu une réunion de travail à Rabat la veille, réunissant les présidents des fédérations de football des deux pays. Le message du ministre était sans ambiguïté : «Il faut se mettre au boulot.»

Second agenda : un partenariat structurel de long terme

Au-delà de l'échéance sportive, Forissier a insisté sur la nécessité de construire un partenariat beaucoup plus structuré, plus solide et plus développé, qui s'inscrive dans la durée. «On ne construit pas un TGV uniquement pour la Coupe du monde», a-t-il rappelé avec pragmatisme.

Cet agenda de long terme couvre plusieurs secteurs stratégiques. L'énergie, d'abord, présentée comme un pilier central. «Il n'y a pas de souveraineté économique sans souveraineté énergétique», a affirmé le ministre, citant les énergies renouvelables, l'hydrogène vert, le nucléaire civil et les interconnexions énergétiques comme autant de domaines où la coopération franco-marocaine a vocation à se déployer. L'industrie et les coopérations industrielles, ensuite, avec de nombreuses pistes à explorer dans l'évolution des grands secteurs économiques. Ce volet a d’ailleurs été au centre des discussions le 2 avril avec le ministre marocain de l'Industrie, Ryad Mezzour
L'agriculture et l'agroalimentaire, enfin, est un domaine auquel le ministre a dit porter un intérêt particulier. Avec une balance commerciale agricole actuellement favorable au Maroc, et une proximité géographique de seulement 14 kilomètres avec le continent européen, les deux pays ont, selon lui, «beaucoup de choses à faire ensemble», y compris en y intégrant technologie et innovation.

Le capital humain, pierre angulaire du partenariat

Si l'économie structure le partenariat, c'est le capital humain qui en constitue, aux yeux du ministre, le véritable ciment. Forissier a rendu un hommage appuyé aux dispositifs de formation, aux grandes écoles, aux mobilités estudiantines et à la montée en compétences des salariés des deux pays, saluant notamment la présence de stagiaires et d'étudiants de Masters spécialisés réunis à la CFCIM dans le cadre de partenariats académiques franco-marocains.

«C'est sur vous que repose le futur. Nous ne faisons que passer. C'est vous qui allez prendre la suite», a-t-il lancé à la jeunesse présente dans la salle, résumant ainsi sa conviction profonde : derrière les chiffres et les projets, c'est bien la jeunesse marocaine et française qui est l'horizon ultime de ce partenariat renforcé.

Un appel à la mobilisation des acteurs économiques

Le ministre a conclu son intervention par un appel direct et sans détour aux entreprises françaises : celles-ci doivent se montrer plus offensives, plus présentes, plus «energetic», selon son propre terme. La concurrence internationale — espagnole, italienne, américaine, turque, chinoise — est bien réelle et n'attend pas.

«Nos partenaires marocains n'attendent que ça ( Des partenaires français plus dynamiques, ndlr)», a-t-il affirmé, invitant la Team France Export et la CFCIM, dont il a salué l'initiative de «La Maison de l’Exportateur et de l’Investisseur Français au Maroc», à jouer pleinement leur rôle de catalyseurs.

Un message de fierté, d'exigence et de conquête, pour une relation bilatérale que Nicolas Forissier entend bien hisser, concrètement et durablement, à la hauteur de son ambition : un partenariat gagnant-gagnant, fondé sur la confiance, le respect mutuel et une vision commune pour les générations à venir.
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