Moncef Ben Hayoun
30 Juin 2026
À 12:12
Le Conseil d’administration de la
Banque mondiale a approuvé, le 12 juin courant, un prêt de 250 millions de dollars destiné au Programme d’accélération de la
transformation numérique du Maroc. Aligné sur la stratégie «
Maroc Digital 2030», ce programme comporte un volet dédié au secteur de l’Offshoring, confronté à une concurrence accrue, à l’évolution de la réglementation internationale et aux effets croissants de l’automatisation et de l’intelligence artificielle.
Un secteur sous pression
L’
Offshoring marocain demeure un employeur de premier plan, avec 148.500 emplois recensés en 2024. En 2025, le secteur a généré un chiffre d’affaires de 2,9 milliards de dollars et a contribué à hauteur de 1,6% au PIB national, une part nettement inférieure à celle observée aux Philippines (7,5% en 2024). Cette performance s’appuie sur la proximité géographique avec l’Europe, des politiques fiscales avantageuses et des infrastructures modernes.
Le secteur joue par ailleurs un rôle déterminant dans l’emploi féminin : les femmes y occupent, selon les estimations du ministère de la Transition numérique et de la r de l’Administration, 47% des postes en 2024, soit environ 70.000 emplois, une part environ deux fois supérieure à celle qu’elles occupent dans l’emploi total au niveau national. Plusieurs facteurs de vulnérabilité pèsent toutefois sur cette dynamique. Le secteur reste fortement dépendant du marché francophone, les centres d’appels ayant représenté 50% du chiffre d’affaires de l’Offshoring en 2023. Une nouvelle législation française relative au démarchage téléphonique pourrait ainsi affecter les services marocains de centres d’appels. S’ajoute une concurrence croissante de pays tels que l’Égypte, la Tunisie, Madagascar et le Sénégal, tandis que l’automatisation et l’intelligence artificielle agentique réduisent progressivement l’avantage lié aux coûts de main-d’œuvre. Selon la Banque mondiale, pour rester compétitif, le Maroc devra dépasser les stratégies fondées uniquement sur les coûts pour développer des compétences adaptées à des services complexes et à forte valeur ajoutée, renforcer la visibilité internationale du secteur afin d’attirer les investissements étrangers et promouvoir la nouvelle «Offre Maroc Offshoring».
Une pénurie de talents numériques à combler
À mesure que le secteur de l’Offshoring évolue vers des services à plus forte valeur ajoutée et davantage diversifiés, ses besoins en compétences numériques avancées s’accroissent. Or, le Maroc fait face à une pénurie de talents numériques en phase avec les besoins du marché : la plupart des entreprises rencontrent des difficultés à recruter et à retenir des spécialistes dans certains domaines du développement logiciel avancé et de l’intelligence artificielle.
Le Maroc forme chaque année environ 13.000 talents numériques. De nouvelles filières de formation numérique ont été accréditées et les effectifs d’étudiants inscrits ont doublé. Des initiatives telles que le programme de perfectionnement et de reconversion JobInTech visent à former un total de 15.000 nouveaux talents d’ici 2027 ; plus de 2.800 personnes ont déjà été formées ou sont en cours de formation depuis 2023, dont 41% de femmes. Pour atteindre l’objectif de la stratégie «Maroc Digital 2030» de 50.000 nouveaux talents par an d’ici 2030, des programmes supplémentaires sont jugés indispensables. La priorité donnée à l’inclusion des femmes dans ces dispositifs est présentée comme déterminante pour renforcer leur participation au marché du travail et leur garantir un bénéfice équitable de l’essor de l’économie numérique. C’est dans ce contexte que le programme de la Banque mondiale prévoit, parmi ses volets de soutien, la montée en puissance de programmes intensifs de perfectionnement et de reconversion pilotés par les secteurs public et privé, en compétences numériques avancées alignées sur les besoins du marché. L’objectif fixé est d’atteindre, d’ici 2030, 20.000 personnes certifiées en compétences numériques, dont au moins 30% de femmes, un indicateur faisant l’objet d’un financement lié aux résultats doté de 20 millions de dollars. Ces actions doivent garantir, selon le document du programme, un approvisionnement constant en talents qualifiés, afin de renforcer la capacité d’innovation et de résorber les déficits de compétences qui freinent l’adoption technologique et la compétitivité du secteur privé, dont le secteur de l’Offshoring.
Les leviers d’appui du programme
Le programme s’appuie sur les mesures de soutien à l’Offshoring pour la période 2025-2030, publiées en novembre 2025 sous l’appellation «Offre Maroc Offshoring», une nouvelle stratégie de promotion du secteur étant par ailleurs en cours de préparation. Le volet du programme consacré au renforcement de la compétitivité de l’Offshoring et à la création d’emplois prévoit trois axes d’intervention. Le premier concerne l’élaboration d’une stratégie de promotion et de positionnement de l’«Offre Maroc Offshoring», fondée sur un benchmark international et une évaluation des politiques publiques antérieures de soutien au secteur. Le deuxième axe porte sur la mise en œuvre de cette stratégie de promotion, axée sur le rayonnement international, le positionnement sectoriel et l’accompagnement des investisseurs déjà installés. Le troisième axe, lui, vise le déploiement de mesures publiques ciblées, alignées sur les besoins du marché international, dans le cadre de l’«Offre Maroc Offshoring». Le suivi des résultats s’appuiera sur deux indicateurs : l’évolution du chiffre d’affaires annuel du secteur et le nombre net d’emplois créés, avec un suivi spécifique de l’emploi féminin.
Des objectifs chiffrés sur cinq ans
Le chiffre d’affaires annuel du secteur, qui s’élevait à 2,941 milliards de dollars fin 2025, est projeté à 3,754 milliards de dollars d’ici fin 2030. S’agissant de l’emploi, le programme fixe comme objectif la création nette de 30.000 emplois dans le secteur de l’Offshoring d’ici 2030, dont un minimum de 40%, soit 12.000 postes, devant être occupés par des femmes, contre 18.000 pour les hommes. Le programme prévoit une montée en puissance progressive, avec une cible intermédiaire de 6.000 emplois nets supplémentaires par an. Cet indicateur constitue l’un des trois indicateurs de l’objectif de développement du programme (PDO) et fait l’objet d’un financement lié aux résultats («Disbursement Linked Indicator») doté d’une enveloppe de 60 millions de dollars, à raison de 2.000 dollars par emploi net créé. Le décompte des emplois s’appuiera sur les statistiques de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), avec une vérification indépendante assurée par l’Inspection générale du ministère de la Transition numérique et de la réforme de l’Administration. Ce volet est par ailleurs identifié par la Banque mondiale comme relevant de la mobilisation de capitaux privés («Private Capital Enabling»), le développement attendu du secteur étant susceptible d’attirer environ 300 millions de dollars d’investissements directs étrangers additionnels, sur la base d’une hypothèse d’investissement de 12.500 dollars par emploi créé. Selon le document d’évaluation du programme, l’appui apporté au secteur, combiné aux mesures incitatives gouvernementales, devrait permettre d’attirer des investissements étrangers nouveaux et accrus dans ce secteur stratégique.