18 Septembre 2026 À 17:21
Sur chaque tranche de 10.000 dollars de paiements effectués au Maroc, le montant de la fraude se limiterait à 1,2 dollar. À l’échelle de la région CEMEA (Europe centrale et orientale, Moyen-Orient et Afrique), ce ratio atteindrait 2,6 dollars pour 10.000 dollars de transactions. Les taux seraient ainsi respectivement de 0,012% au Maroc, contre 0,026% dans la région.
Ces données ont été présentées par Sami Romdhane, directeur général de Visa Maroc, à l’ouverture du Visa Acceptance Day Morocco 2026. Organisé jeudi 17 septembre à Casablanca, l’événement a réuni plusieurs acteurs de l’écosystème autour des tendances de l’acceptation, de l’innovation dans les paiements, de l’e-commerce, de la fraude, de la donnée et des perspectives du marché marocain.
La performance du Maroc en matière de lutte contre la fraude s’expliquerait notamment, selon le responsable, par l’adoption rapide des principaux standards internationaux de sécurité, parmi lesquels Europay Mastercard Visa (EMV), Payment Card Industry (PCI) et 3D Secure.
Au-delà des chiffres, la question de la confiance reste déterminante. Pour accepter de payer en ligne ou chez un commerçant, le consommateur doit être certain que la transaction est sécurisée, mais aussi qu’il recevra bien le produit ou le service commandé. Un incident de fraude, même isolé, peut durablement entamer la crédibilité d’un site marchand ou d’un acteur du paiement.
Le Maroc dispose aujourd’hui de davantage de cartes bancaires, de nouveaux opérateurs et d’une infrastructure de paiement qui continue de s’étendre. Pourtant, le cash conserve une place dominante. «Aujourd’hui, nous avons plus de cartes en circulation, plus d’acteurs dans l’écosystème, plus d’acquéreurs et une infrastructure qui progresse. Mais le cash reste quand même dominant», a résumé Sami Romdhane.
Le décalage est particulièrement visible chez les commerçants. Le Maroc compterait 2,6 millions de commerces, d’entreprises, d’artisans et de petites activités. Sur cet ensemble, environ 1,2 million seraient considérés comme suffisamment structurés pour adopter des solutions d’acceptation digitale.
Le nombre de commerces effectivement équipés resterait toutefois inférieur à 100.000. Si l’on ne retient que les établissements réalisant au moins dix transactions électroniques par mois, leur nombre tomberait à 50.000 ou 60.000, soit un taux de pénétration estimé à environ 5% du marché adressable.
Pour Visa, cette faible couverture représente autant un défi qu’un potentiel de croissance. La priorité ne consiste pas uniquement à multiplier les terminaux de paiement. Il faut en outre développer les usages et convaincre les commerçants de l’intérêt économique de ces solutions.
La question du coût reste souvent le premier frein soulevé. Mais elle ne peut, selon Sami Romdhane, être dissociée du chiffre d’affaires supplémentaire que le paiement électronique peut générer. D’après une enquête citée lors de son intervention, deux commerçants équipés sur trois déclareraient avoir constaté une progression de leur activité après l’adoption du paiement électronique.
Les marges de progression se trouvent notamment dans les petites villes et les commerces de proximité, encore peu couverts par les moyens de paiement digitaux. Les «Moul Hanout», dont le nombre dépasserait 100.000 à l’échelle nationale, constituent à ce titre une cible importante.
Le commerce réalisé sur les réseaux sociaux offre un autre gisement. De nombreux jeunes vendent aujourd’hui leurs produits sur Instagram ou d’autres plateformes, alors que le règlement s’effectue encore largement en espèces, notamment à la livraison.
Le tourisme, l’artisanat et le transport figurent aussi parmi les secteurs à développer. Dans les transports urbains, Visa défend des dispositifs permettant au voyageur de payer directement avec sa carte ou son téléphone. Les différents trajets effectués au cours de la journée peuvent être regroupés avant de donner lieu à un seul règlement.
La Coupe du Monde 2030 devrait accentuer la pression sur l’ensemble de l’écosystème. La compétition pourrait attirer 6,8 millions de supporters dans les trois pays organisateurs. Lors des grandes compétitions sportives, les paiements transfrontaliers enregistreraient en moyenne une hausse supplémentaire de 20%, selon les indications fournies pendant l’événement.
Les effets de la CAN 2025 auraient déjà été visibles dans les villes hôtes marocaines. Les dépenses auraient progressé de 70% à Rabat, de 50% à Casablanca et de 55% à Tanger durant la compétition. Certaines catégories liées aux séjours et aux réservations auraient même plus que doublé.
Le paiement se prépare par ailleurs à une nouvelle transformation : celle du commerce piloté par des agents d’intelligence artificielle (IA). Jusqu’à présent, les assistants comme ChatGPT interviennent surtout au début du parcours. Ils recherchent un produit, comparent les prix et proposent des recommandations. La prochaine étape consistera à leur permettre de passer la commande et d’effectuer le paiement pour le compte de l’utilisateur.
«Le commerce agentique n’est pas un simple outil ni un simple produit. C’est une nouvelle manière de faire», a insisté le directeur général de Visa Maroc.
Dans ce schéma, le consommateur pourrait demander à son assistant d’acheter un produit en langage naturel. L’agent se chargerait d’identifier l’offre, de sélectionner le commerçant et de régler la commande, dans les limites fixées au préalable par l’utilisateur : montant maximal, catégories de dépenses autorisées, enseignes privilégiées ou programmes de fidélité.
Cette évolution suppose cependant que l’agent du consommateur, le commerçant et la banque émettrice puissent échanger de manière sécurisée. Visa travaille notamment sur un système d’évaluation des agents et sur un répertoire destiné à identifier ceux qui respectent les normes requises.
Le groupe affirme utiliser depuis longtemps l’intelligence artificielle prédictive dans ses outils de détection de la fraude. Il intègre désormais l’IA générative à ses solutions d’analyse et de gestion du risque. Sur les plus de 200 produits et services proposés par Visa, environ 150 seraient déjà alimentés nativement par l’intelligence artificielle.
Cette montée en puissance de l’IA accompagne un changement d’approche. «Jusqu’ici, on parlait d’un paiement pour tous. Dorénavant, nous devons réfléchir à un paiement pour chacun», a expliqué Sami Romdhane. Autrement dit, proposer une expérience adaptée à chaque utilisateur, mais aussi aux contraintes de chaque commerçant.
Cette personnalisation ne pourra toutefois produire ses effets que si le réseau d’acceptation s’élargit. Au Maroc, la sécurité du paiement semble déjà bien installée. Reste à faire du règlement par carte ou par téléphone un geste courant, y compris chez le commerçant du quartier.