Le projet de loi de finances 2027 introduit une série de dispositions fiscales touchant aussi bien les produits de consommation que les activités agricoles, les équipements médicaux et les opérations d'importation. Selon la note de présentation du PLF, ces mesures portent principalement sur les
taxes intérieures de consommation (TIC), les
droits de douane et certains régimes fiscaux préférentiels.
Parmi les principales nouveautés figure la révision de la taxation des cigarettes électroniques. Le gouvernement propose de porter la TIC applicable à ces produits de 50 à 100 dirhams par unité, soit un doublement du montant actuellement prévu. La mesure ne se limiterait plus aux cigarettes électroniques jetables. Alors que la loi de finances 2025 avait instauré une taxe de 50 dirhams par unité sur cette seule catégorie, le PLF 2027 propose d'étendre son application à l'ensemble des cigarettes électroniques, qu'elles soient jetables ou rechargeables, ainsi qu'à leurs dispositifs et composants.
Boissons gazeuses : une nouvelle taxe pour les sirops utilisés dans les fast-foods
Autre nouveauté concernant les produits de consommation. Le PLF 2027 propose d'instaurer une taxe intérieure de consommation sur les sirops et concentrés utilisés pour préparer les boissons gazeuses dans les établissements de
Fast-Food. La mesure vise les boissons préparées directement dans les machines à soda, à partir de sirops ou de concentrés mélangés avec de l'eau filtrée et du dioxyde de carbone (CO₂). Selon la note de présentation, ces préparations échappent actuellement à la TIC, aussi bien au niveau des sirops utilisés qu'à celui des boissons gazeuses servies aux consommateurs. Le projet entend donc intégrer ces produits dans le champ de la taxation.
Vins, bières : une taxation proportionnelle au prix
Le projet de loi de finances prévoit également de modifier le régime de taxation des vins, des bières et de certains alcools. La réforme consiste à introduire une composante proportionnelle à la valeur du produit, appelée taxe ad valorem, en complément d'un minimum de perception.
Le taux proposé est de 30% pour les vins et les bières et de 50% pour certains alcools.
Le texte prévoit parallèlement les minimums de perception suivants :
-1.265 dirhams par hectolitre pour les vins ;
-1.705 dirhams par hectolitre pour les bières ;
-33.150 dirhams par hectolitre d'alcool pur pour les
alcools éthyliques destinés à la préparation ou contenus dans les eaux-de-vie, liqueurs, apéritifs, vermouths, fruits conservés à l'alcool, vins de liqueur, mistelles, confiseries à l'alcool et autres spiritueux.
Selon la note de présentation, cette modification vise à mobiliser des recettes budgétaires supplémentaires et à améliorer l'efficacité et l'équité du système de taxation de ces produits.
Viandes rouges : des exonérations de droits de douane proposées
Le PLF 2027 prévoit également des dispositions destinées à faciliter l'approvisionnement du marché national en
animaux vivants, viandes et abats. Le gouvernement propose d'exonérer des droits de douane et des autres droits et taxes à l'importation les animaux domestiques vivants des espèces bovine, ovine, caprine et camélidée. L'exonération concernerait également les viandes et abats de ces espèces, qu'ils soient frais, réfrigérés ou congelés.
Cette proposition intervient dans un contexte marqué par les conséquences des années de sécheresse sur le cheptel national et par la hausse des prix internationaux, qui a renchéri les coûts d'approvisionnement du marché marocain. La note rappelle que plusieurs mesures avaient déjà été prises en 2026 pour contenir les prix des viandes rouges. En mai 2026, à l'approche de l'Aïd Al-Adha, le prix de détail de la viande ovine avait atteint entre 160 et 200 dirhams le kilogramme, contre 97 dirhams le kilogramme au début de l'année 2025. Face à cette situation, un décret du 23 juillet 2026 avait suspendu les droits d'importation sur les ovins domestiques vivants et sur les viandes bovines, ovines, caprines et camélines, tout en fixant à 30% le droit d'importation applicable aux abats. Ces dispositions étaient prévues pour la période allant du 27 juillet au 31 décembre 2026. La nouvelle proposition du PLF 2027 vise à donner davantage de visibilité aux opérateurs des secteurs de l'élevage et de l'abattage.
Aliments pour animaux : des droits de douane ramenés à 2,5%
Le projet prévoit également une réduction des droits d'importation sur certains intrants utilisés dans la fabrication des aliments pour animaux. Actuellement, certains de ces produits non fabriqués localement sont soumis à des taux de 10%, 30% ou 40%, alors que des intrants similaires destinés au même usage bénéficient d'un taux de 2,5%. Le PLF propose d'harmoniser leur traitement fiscal en ramenant ces différents taux à 2,5%. Cette mesure vise à réduire les charges des fabricants d'aliments pour animaux et à limiter l'impact des coûts d'approvisionnement sur les prix des aliments destinés au cheptel et à l'élevage.
Dans le secteur de l'aquaculture, le gouvernement propose également de prolonger jusqu'au 31 décembre 2029 le droit d'importation préférentiel de 2,5% applicable aux aliments pour poissons. Le dispositif, instauré en 2016 et prolongé à plusieurs reprises, concerne actuellement un contingent annuel de 15.000 tonnes. Initialement fixé à 25.000 tonnes pour une période de deux ans à compter du 1er janvier 2016, ce contingent avait été ramené à 15.000 tonnes lors de sa prorogation jusqu'à fin 2023, puis maintenu jusqu'au 31 décembre 2026. Le PLF 2027 prévoit de conserver ce plafond annuel de 15.000 tonnes pour la nouvelle période de prolongation.
Les droits de douane des équipements médicaux revus
Le projet de budget prévoit deux modifications distinctes concernant les produits utilisés dans le secteur médical. La première porte sur les tubes destinés au prélèvement et au transport sanguin. Le gouvernement propose de réduire leur droit d'importation de 17,5% à 2,5%. Cette baisse vise à faciliter l'approvisionnement des fabricants nationaux de réactifs de diagnostic in vitro en intrants nécessaires à leur production. En parallèle, le PLF prévoit d'augmenter de 2,5% à 10% le droit d'importation applicable aux dispositifs de collecte sanguine et biologique constitués de tubes en PET.
Cette deuxième mesure a pour objectif de soutenir la production nationale de dispositifs médicaux et de favoriser la substitution des importations par des produits fabriqués localement. Les deux changements s'accompagnent d'une identification spécifique des produits concernés dans le tarif douanier.
Coupe du monde 2030 : des exonérations fiscales jusqu'à fin 2032
Le PLF 2027 comporte également des dispositions fiscales liées à l'organisation de la
Coupe du monde de football 2030. Le gouvernement propose une exonération totale et temporaire des droits de douane et des autres droits et taxes exigibles à l'importation pour les marchandises destinées exclusivement à l'organisation de la compétition et des événements qui lui sont associés.
Cette exonération concernerait les importations effectuées par ou pour le compte de la FIFA et de plusieurs entités impliquées dans l'organisation, notamment l'entité de livraison, les entités de co-livraison, les
filiales de la FIFA, les associations hôtes et co-hôtes, les
associations hôtes de la CONMEBOL, les confédérations et les associations membres de la FIFA. La mesure s'appliquerait du 1er janvier 2027 au 31 décembre 2032. Le projet prévoit également une exonération des droits et taxes à l'importation des marchandises effectuées par ou pour le compte du Fonds d'Héritage lié à la Coupe du monde 2030.
Bijoux en or et en argent : une tolérance réduite de moitié
Le projet de loi de finances prévoit par ailleurs une modification des règles applicables aux ouvrages creux et soudés en or et en argent. La réglementation actuelle prévoit une tolérance de 20 millièmes sur les titres légaux de ces bijoux, à condition que la partie pleine du métal, sans soudure, respecte le titre légal. Le PLF 2027 propose de ramener cette tolérance à 10 millièmes.
Selon la note de présentation, cette révision tient compte de l'évolution des procédés de fabrication des ouvrages en métaux précieux et vise à rapprocher la réglementation nationale des standards internationaux.
Douanes : de nouvelles obligations pour les transitaires
Le projet prévoit enfin un encadrement supplémentaire de l'activité des transitaires agréés en douane. À partir du 1er janvier 2027, ces professionnels seraient soumis au respect d'un cahier des charges établi par l'administration. Ce document doit préciser les exigences relatives à l'organisation des entreprises, aux moyens nécessaires à leur activité, à la qualification des ressources humaines, à la conservation des documents et des données, à la sécurité des systèmes d'information douaniers et à la traçabilité des opérations.
Il doit également encadrer le respect des obligations professionnelles et déontologiques. Les transitaires déjà agréés avant le 1er janvier 2027 disposeraient d'un délai de douze mois à compter de la publication du cahier des charges pour s'y conformer.
Par ailleurs, le PLF prévoit de reconduire l'habilitation permettant au gouvernement de modifier ou de suspendre, par décret, certains droits et taxes à l'importation et à l'exportation ainsi que les taxes intérieures de consommation, à l'exclusion de la TVA.
Cette habilitation porterait également sur la modification des listes de produits et de pays africains bénéficiant d'exonérations de droits d'importation.
Enfin, le texte prévoit la ratification des décrets pris en 2026, notamment ceux concernant les droits d'importation sur le blé tendre et les viandes rouges. Concernant le blé tendre, le droit d'importation de 135% avait été rétabli du 1er juin au 31 juillet 2026, puis prolongé jusqu'au 31 août pour accompagner la commercialisation de la récolte nationale. Durant les dix premiers jours de juin, le prix moyen du blé tendre importé à la sortie du port marocain s'établissait à environ 258 dirhams le quintal, contre 252 dirhams pour le blé récolté localement, soit un écart de 6 dirhams.