Port d’Agadir : l’ANP planche sur un tarif unique, jour et nuit
L’Agence nationale des ports s’apprête à mener une étude stratégique pour remplacer la tarification différenciée selon les horaires par un tarif unifié, et pour inventer une facturation à la boîte pour les conteneurs au niveau du port d’Agadir. Son objectif : rendre les coûts plus prévisibles sans fragiliser les opérateurs.
Saïd Naoumi
08 Octobre 2026
À 12:05
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Faut-il facturer pareil une grue qui tourne à midi et à trois heures du matin ? À Agadir, l’Agence nationale des ports (ANP) s’apprête à trancher la question, mais pas avant d’avoir mesuré ce qu’elle coûte, à qui, et ce qu’elle rapporte. Le régulateur portuaire planche, en effet, sur la réalisation d’une étude sur la mise en place d’un tarif unifié au port d’Agadir, pilotée par sa Direction du port d’Agadir et région. Le point de départ est un mode de fonctionnement : le port est organisé en continu, en trois shifts de huit heures. La grille actuelle est différenciée, avec une majoration des prestations réalisées durant le troisième shift et les jours fériés, pour tenir compte des conditions de travail de nuit. L’ANP veut désormais harmoniser et simplifier cette structure, et surtout améliorer la prévisibilité des coûts pour les usagers.
Un port polyvalent, donc une réforme sensible
La difficulté tient à la diversité du trafic. Le port d’Agadir a vu passer 7,5 millions de tonnes à fin 2025, réparties entre minerais (36%), conteneurs (25%), hydrocarbures (12%), céréales (12%) et marchandises diverses (15%). Ancien port de pêche devenu complexe portuaire, il sert de débouché aux filières agroalimentaires et halieutiques de la région Souss-Massa et de l’ensemble du Sud du Royaume.
Unifier un tarif pour des vracs solides, des liquides, du conventionnel et des conteneurs suppose donc de partir des coûts réels de chaque type de conditionnement. C’est le premier chantier: cartographier la structure de coûts, mesurer les écarts entre shifts, déterminer quel shift ou quel trafic finance les autres, et calculer les seuils de rentabilité par tonne ou par EVP.
Le conteneur, laboratoire du tarif à la boîte
Second axe, plus novateur : un tarif à l’unité pour les conteneurs. Le principe consiste à décomposer chaque étape du passage portuaire (accostage, déchargement, transfert, gerbage, facturation, livraison) pour rattacher les coûts à l’équivalent vingt pieds (EVP).
L’étude devra notamment délimiter ce que le forfait inclut, des opérations de bord au passage terre, et décider du sort des prestations annexes, comme le branchement et le suivi des conteneurs frigorifiques ou les visites douanières. Le sujet est particulièrement sensible pour les exportateurs d’agrumes et de primeurs, dont l’ANP relève elle-même la sensibilité au temps et au coût de l’énergie.
Concerter avant de chiffrer
L’ANP a fait de la concertation une obligation de l’étude. Chargeurs segmentés par marchandise, transitaires, consignataires, opérateurs de manutention (reçus individuellement et de façon confidentielle pour préserver le secret des affaires) devront ainsi être entendus, de même que la CGEM (Confédération générale des entreprises du Maroc) Souss-Massa, la Chambre de commerce, d’industrie et de services d’Agadir, la Chambre des pêches maritimes, la Chambre d’agriculture, la Douane et la Délégation régionale du ministère de l’Industrie et du commerce. La liste définitive sera arrêtée avec le comité de pilotage de l’ANP au lancement de l’étude.
En parallèle, un benchmark portera sur au moins cinq ports, avec un intérêt particulier pour ceux ayant réussi le passage d’un tarif différencié à un tarif unifié, et pour les systèmes de tarification à la boîte.
Trois scénarios et un modèle ouvert
Sur chacun des deux axes, le consultant devra bâtir au moins trois scénarios, par exemple conservateur, d’ajustement progressif et de rupture. Chacun sera chiffré : évolution des redevances de l’ANP, bilans des opérateurs, coût global de passage de la tonne ou de l’EVP pour armateurs et chargeurs, compétitivité du port face à ses concurrents régionaux. Les simulations seront livrées dans un modèle Excel ouvert, sans cellules masquées, que l’ANP pourra faire tourner seule sur un horizon de 5 à 10 ans, en jouant sur l’inflation, l’élasticité du trafic, le SMIG ou le prix des carburants.
De la théorie à la bascule
Le scénario retenu devra ensuite être traduit en actes : projets de circulaires tarifaires, avenants aux conventions de concession ou aux cahiers des charges liant l’ANP aux opérateurs, plan d’action et calendrier de déploiement progressif. Une matrice des risques anticipera le blocage social, l’incompréhension des usagers, les pertes temporaires de recettes lors de la bascule et l’évasion de trafic. L’étude est prévue sur douze mois, ses résultats devant être présentés à la place portuaire.