Économie

Pourquoi les constructeurs automobiles chinois misent massivement sur le Maroc

Porté par sa proximité avec l’Union européenne, ses accords de libre-échange et le développement rapide de sa chaîne de valeur des batteries, le Maroc a capté près de la moitié des investissements automobiles chinois recensés dans la région MENA entre 2023 et 2025. Dans un contexte de durcissement des barrières tarifaires occidentales, le Royaume s’impose comme une plateforme industrielle clé, notamment pour les véhicules électriques, estime BMI-Fitch Solutions.

13 Février 2026 À 09:55

Le Maroc s’impose, aujourd’hui, comme l’un des principaux bénéficiaires de l’expansion internationale des constructeurs automobiles chinois. Dans un contexte de recomposition des chaînes de valeur mondiales et de tensions commerciales croissantes entre la Chine, l’Union européenne (UE) et l’Amérique du Nord, le Royaume bénéficie d’un positionnement stratégique qui attire des investissements massifs, notamment dans la chaîne de valeur des véhicules électriques.

Selon l’analyse de BMI-Fitch Solutions, sur les 183 projets d’investissements liés à la production automobile recensés dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) entre 2023 et 2025, environ un quart ont été menés par des entreprises chinoises ou en partenariat avec elles. Parmi ces projets, près de la moitié ont été localisés au Maroc. Cette position dominante s’explique par plusieurs facteurs structurels qui font du royaume une plateforme particulièrement attractive pour accéder au marché européen.

«Le Maroc s’est imposé comme un hub manufacturier automobile clé, bénéficiant d’une chaîne d’approvisionnement en véhicules électriques en pleine expansion, d’une main-d’œuvre qualifiée, d’infrastructures logistiques efficaces et de la présence établie de constructeurs historiques», souligne l’étude.

L’accord de libre-échange avec l’Union européenne, ainsi que la proximité géographique avec le continent constituent des atouts majeurs pour les constructeurs chinois souhaitant préserver un accès compétitif au marché européen, dans un contexte de durcissement des droits de douane appliqués aux véhicules électriques importés directement depuis la Chine.

L’étude précise également que le Maroc envisage d’élargir ses échanges commerciaux en Afrique via la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) et avec le Royaume-Uni grâce à son accord de libre-échange. Ces perspectives renforcent l’attractivité du Royaume pour les constructeurs chinois.

Des investissements massifs dans la chaîne de valeur des batteries

Au-delà de sa position géographique, c’est surtout dans la chaîne de valeur des batteries que le Maroc renforce son rôle. Le pays dispose d’importantes réserves de phosphate, un composant clé dans la fabrication des batteries lithium-fer-phosphate (LFP), technologie appelée à devenir dominante dans les véhicules électriques à coût maîtrisé.

Alors que les batteries LFP gagnent du terrain auprès de constructeurs occidentaux tels que General Motors et Renault, cette tendance pourrait renforcer davantage le rôle du Maroc comme hub de production de batteries. L’étude souligne que les constructeurs chinois affichent déjà un taux de pénétration élevé de batteries LFP, ce qui soutient la compétitivité des coûts de leurs véhicules.

Ces dernières années, plusieurs entreprises chinoises ont réalisé des investissements significatifs au Maroc, notamment BTR New Material Group, CNGR Advanced Materials, Huayou Group, Tinci Materials et Gotion High-Tech. CNGR Advanced Materials et son partenaire marocain Al Mada ont lancé la production dans leur usine de composants pour batteries lithium-ion. De son côté, Gotion High-Tech a investi 1,3 milliard de dollars pour établir une Gigafactory d’une capacité annuelle de 20 gigawattheures (GWh).



«Ces investissements démontrent le rôle de plus en plus stratégique que jouera la sous-région nord-africaine dans les stratégies d’expansion mondiale des fabricants chinois de véhicules électriques, en particulier pour accéder au marché de l’UE», souligne l’analyse.

Une stratégie régionale plus large: la région MENA, nouveau terrain de jeu des constructeurs chinois

Si le Maroc constitue un cas d’école, l’étude de BMI-Fitch Solutions révèle une tendance plus large : la région MENA joue un rôle croissant dans la stratégie d’expansion mondiale de l’industrie automobile chinoise.

Entre 2020 et 2024, les exportations chinoises de véhicules légers ont connu une croissance fulgurante, affichant un taux de croissance annuel composé de 65,7%, passant de 1,1 million à 8,5 millions d’unités. Cette expansion a été portée par des constructeurs majeurs tels que BYD, SAIC, MG, Geely, Polestar, Chery, XPeng et Great Wall Motor.

En 2025, les exportations totales chinoises sont estimées à plus de 7 millions de véhicules, dont 3,7 millions de véhicules électriques et 3,4 millions à motorisation thermique, avec comme principales destinations la Russie, l’Amérique latine et la région MENA.

Dans la région MENA, la valeur totale des importations de véhicules particuliers en provenance de Chine a affiché un taux de croissance annuel composé de 61,4% sur la période 2020-2024, restant alignée sur la croissance globale des exportations chinoises. Les Émirats arabes unis se distinguent comme la troisième destination mondiale des exportations automobiles chinoises en 2024, derrière la Russie et la Belgique, tandis que l’Arabie saoudite figure également parmi les destinations importantes de la région.

«Nous estimons que la région MENA s’est imposée comme une destination attractive pour les exportations chinoises, compte tenu de sa relative proximité géographique avec la Chine, de la demande des consommateurs pour des véhicules abordables et de la production automobile locale limitée», analyse le Rapport.La délocalisation de proximité : réponse aux barrières tarifaires

Face aux droits de douane élevés imposés par les États-Unis, le Canada et l’Union européenne sur les véhicules électriques importés de Chine, les constructeurs chinois ont adopté une stratégie de délocalisation de proximité (nearshoring).

Les États-Unis et le Canada ont imposé des droits de douane de 100% sur les véhicules électriques chinois importés, entrés en vigueur en 2024. L’UE a, pour sa part, appliqué des droits allant de 7,8 à 35,3%.

Face à ces restrictions, les groupes chinois redéploient leurs stratégies d’exportation et investissent davantage dans des plateformes de production proches de l’Europe. L’Afrique du Nord et le Maroc en particulier, apparaissent comme des solutions logiques pour préserver la compétitivité à l’export.

La région s’affirme ainsi comme un maillon essentiel de la stratégie globale des constructeurs chinois, à la fois marché d’exportation, plateforme logistique et base industrielle avancée.
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