LE MATIN
27 Avril 2026
À 15:26
Le
secteur avicole marocain traverse une nouvelle zone de
turbulence. Alors que la filière joue un rôle central dans l’approvisionnement du marché national en
protéines animales, de nombreux
petits éleveurs disent aujourd’hui faire face à une équation devenue intenable : des charges de production en forte hausse, contre des prix de vente orientés à la baisse.
Sur le terrain, les professionnels évoquent une situation critique qui transforme progressivement une activité autrefois rentable en source de pertes quotidiennes. Les plus fragiles redoutent désormais de devoir cesser leur activité.
Mohamed Abboud, président de l'Association nationale des éleveurs de poulets de chair, contacté par
Assahra Al Maghribia, explique que la filière connaît un déséquilibre inédit. Les prix des aliments composés, des
poussins d’un jour, du
carburant et de plusieurs intrants auraient fortement augmenté ces derniers mois, pendant que les prix de commercialisation du poulet reculent sur le marché national. Le responsable cite un indicateur particulièrement parlant : le poussin atteindrait désormais près de 10 dirhams l’unité, alors que le prix de vente du poulet ne dépasserait pas 13 dirhams le kilogramme dans certains circuits. Une situation jugée intenable pour les exploitations de petite taille. Au marché de gros de Casablanca, les cours du dindon se situeraient entre 13,50 et 14 dirhams, tandis que les "mères” évolueraient entre 7 et 7,50 dirhams, avec des dizaines de camions proposés quotidiennement, accentuant la pression sur les prix.
Autre sujet d’inquiétude : la progression continue du coût de l’
alimentation animale. Les éleveurs font état d’une hausse d’environ 15 centimes par kilogramme des aliments pour volailles à partir de février 2026, suivie d’une nouvelle augmentation d’environ 10 centimes en avril. Pour les professionnels, ces ajustements successifs pèsent lourdement sur les marges, déjà fragilisées par la faiblesse des prix de vente.
Les représentants des petits éleveurs affirment que les effets de cette crise sont déjà visibles, avec la sortie de plusieurs opérateurs du marché et des cessations d’activité progressives. Au-delà des pertes individuelles, ils craignent une concentration accrue du secteur entre les mains d’un nombre limité d’acteurs capables d’absorber les chocs financiers. Une évolution qui, selon eux, pourrait fragiliser à terme la souveraineté alimentaire nationale.
Face à cette situation, les professionnels appellent les pouvoirs publics à intervenir rapidement pour restaurer un équilibre économique dans la filière. Parmi les mesures réclamées figurent un meilleur encadrement des prix des intrants, une régulation du rôle des intermédiaires et des mécanismes de soutien ciblés en faveur des petits éleveurs. Pour eux, l’enjeu dépasse la seule survie des exploitations : il concerne aussi la stabilité d’un secteur stratégique pour la consommation des ménages marocains.