28 Juillet 2026 À 13:35
La branche long terme de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) se rapproche d’une échéance critique. Selon le 13ᵉ Rapport sur la stabilité financière, publié au titre de l’exercice 2025 par Bank Al-Maghrib, l’Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (ACAPS) et l’Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC), son horizon de viabilité est limité à dix ans. Cette projection ne signifie pas un arrêt immédiat du versement des pensions à cette échéance, mais traduit une dégradation attendue de la capacité du régime à financer durablement ses engagements dans ses conditions actuelles. Son taux de préfinancement (la part des pensions futures qui est déjà couverte par les actifs financiers du régime) est évalué à 58%, révélant, selon le rapport, une sous-tarification structurelle des droits accordés. La préservation de l’équilibre financier de cette branche nécessiterait ainsi des ajustements paramétriques. Les pistes citées concernent le taux de cotisation, l’âge de départ à la retraite et l’adaptation du mécanisme d’acquisition des droits.
À l’échelle de l’ensemble des régimes de retraite, les cotisations collectées auprès de 5,1 millions de cotisants ont atteint 73 milliards de dirhams en 2025, en hausse de 9,3% par rapport à 2024. Les prestations versées à 1,5 million de pensionnés ont, pour leur part, progressé de 5,8%, pour s’établir à 75,3 milliards de dirhams. Elles ont ainsi dépassé les cotisations de 2,3 milliards de dirhams. Cette situation globale recouvre toutefois des trajectoires très différentes selon les régimes. Certains restent excédentaires grâce aux revenus financiers générés par leurs réserves, tandis que d’autres affichent déjà des déficits techniques importants.
En 2025, la branche long terme de la CNSS a enregistré un excédent global de 2,4 milliards de dirhams, contre 4 milliards un an auparavant. Les cotisations collectées ont augmenté de 5,2%, à 20,3 milliards de dirhams. Dans le même temps, les prestations ont progressé plus rapidement, de 8,8%, pour atteindre 18,3 milliards de dirhams. Cette évolution a pesé sur le solde technique, qui s’est établi à 2 milliards de dirhams, contre 2,4 milliards en 2024. Le régime demeure donc excédentaire à court terme, mais la progression plus rapide des prestations et la sous-tarification des droits fragilisent ses perspectives à plus long terme. Les réserves de la branche long terme de la CNSS déposées auprès de la CDGn s’élevaient à 69 milliards de dirhams à fin 2025.
La situation du régime des pensions civiles de la Caisse marocaine des retraites (CMR) apparaît encore plus tendue. Son horizon de viabilité est estimé entre cinq et six ans. Les cotisations du régime CMR-RPC ont progressé de 11,7% en 2025, passant de 31,9 milliards à 35,6 milliards de dirhams. Cette hausse a notamment été soutenue par la seconde échéance de l’augmentation salariale issue du dialogue social, appliquée à partir de juillet 2025. Les prestations ont, de leur côté, augmenté de 4,7%, pour atteindre 41,1 milliards de dirhams.
Le déficit technique s’est réduit, passant de 7,3 milliards à 5,4 milliards de dirhams. Grâce à un solde financier positif de 3,6 milliards de dirhams, le déficit global a été ramené à 2 milliards de dirhams, contre 4,1 milliards en 2024. Les flux financiers supplémentaires générés par les revalorisations salariales n’ont toutefois pas permis d’allonger sensiblement l’horizon de viabilité du régime. Ils ont néanmoins amélioré certains indicateurs d’équilibre à long terme.
Le taux de cotisation d’équilibre est désormais estimé à 32%, contre 35% avant les augmentations salariales. Il reste ainsi supérieur de quatre points au taux de cotisation en vigueur, alors que l’écart atteignait auparavant sept points.
Le régime bénéficie par ailleurs d’une tarification considérée comme équilibrée pour les nouveaux droits, instaurée à la suite de la réforme paramétrique de 2016.
Le régime général du RCAR présente une situation financière plus confortable, avec un horizon de viabilité estimé à 29 ans.
Ses cotisations ont augmenté de 8,7% en 2025, pour atteindre 3,8 milliards de dirhams. Cette progression s’explique notamment par les revalorisations salariales mises en œuvre dans les établissements publics ainsi qu’au profit des agents non titulaires de l’État et des collectivités territoriales.
Les prestations ont progressé de 3,6%, à 8,4 milliards de dirhams. Le déficit technique est resté pratiquement stable, autour de 4,5 milliards de dirhams.
Les revenus financiers ont cependant permis de compenser ce déséquilibre. Avec un solde financier de 4,9 milliards de dirhams, le RCAR-RG a dégagé un excédent global de 221 millions de dirhams.
L’assise financière du régime et les revalorisations salariales récentes soutiennent son horizon de viabilité. Le rapport avertit néanmoins que ces augmentations, combinées à une sous-tarification structurelle, entraînent une détérioration des indicateurs d’équilibre à long terme.
Le retard pris dans la mise en œuvre de la réforme systémique du pôle public pourrait ainsi réduire les marges de manœuvre disponibles et augmenter le coût futur de la réforme.
À l’inverse des régimes de base les plus fragilisés, la Caisse interprofessionnelle marocaine de retraite conserve une situation excédentaire. Ses cotisations ont augmenté de 9,9% en 2025, pour atteindre 13,2 milliards de dirhams. Les prestations ont progressé de 7,2%, à 7,5 milliards de dirhams. Le solde technique s’est ainsi amélioré, passant de 4,9 milliards à 5,7 milliards de dirhams. En ajoutant un solde financier de 4,1 milliards de dirhams, le solde global de la CIMR s’est établi à 8,9 milliards de dirhams, en progression de 8% par rapport à 2024.
Les évaluations actuarielles confirment la viabilité de la caisse sur l’ensemble de l’horizon de projection (jusqu'à 2083). Ses réserves devraient également poursuivre leur tendance haussière.
Les réserves cumulées des régimes de retraite ont atteint 340,82 milliards de dirhams à fin 2025, en augmentation de 4,3% sur un an.
Sur les cinq dernières années, elles n’ont toutefois progressé que de 1,5% par an en moyenne. En excluant les 69 milliards de dirhams déposés auprès de la CDG par la branche long terme de la CNSS, les réserves sont investies à hauteur de 54,3% dans des titres de taux. Les actions et parts sociales en représentent 33,9%, tandis que les placements immobiliers comptent pour 10,7%.
Ces actifs permettent de générer des revenus financiers qui compensent encore, pour certains régimes, une partie des déficits entre les cotisations encaissées et les prestations versées. Cette compensation ne suffit cependant pas à corriger les déséquilibres structurels de long terme.
Face à la réduction des horizons de viabilité de la CMR et de la branche long terme de la CNSS, le rapport appelle à accélérer la réforme systémique des retraites. Le schéma envisagé repose sur la création de deux pôles, l’un public et l’autre privé. Il doit permettre de mutualiser davantage les risques, de réduire une partie des engagements non couverts et d’améliorer la soutenabilité financière des régimes. « Dans ce contexte, la réforme systémique du secteur, fondée sur la mise en place de deux pôles public et privé, demeure indispensable pour résorber une grande partie des engagements non couverts et assurer la soutenabilité financière des régimes à long terme », souligne le rapport.
Les données de 2025 montrent ainsi une amélioration ponctuelle de certains soldes, favorisée notamment par les revalorisations salariales et les revenus financiers. Elles ne modifient toutefois pas le diagnostic de fond : sans réforme et sans ajustement des paramètres, plusieurs régimes majeurs disposent désormais d’un horizon de viabilité réduit.