Saïd Naoumi
11 Avril 2026
À 13:42
Le projet de station de
dessalement d’eau de mer de Tanger s’apprête à entrer dans sa phase de structuration opérationnelle. L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (
ONEE) vient de lancer un appel d’offres visant à recruter un cabinet chargé de l’accompagner sur les volets technique, financier et juridique de ce projet stratégique, qui sera réalisé dans le cadre d’un
partenariat public-privé (PPP).
À travers cette démarche, l’Office entend s’entourer d’une expertise externe pour piloter un processus particulièrement complexe. Il ne s’agit pas uniquement d’un appui technique, mais d’une assistance intégrée couvrant l’ensemble du cycle de vie contractuel du projet.
Le cabinet retenu interviendra notamment dans l’évaluation des offres des entreprises chargées de la construction et de l’exploitation, l’analyse et la négociation des clauses contractuelles avec le développeur privé, l’audit du modèle financier ainsi que le suivi technique, juridique et financier après l’entrée en vigueur du contrat. L’objectif est de sécuriser l’ensemble de la chaîne de décision, depuis la sélection des partenaires industriels jusqu’à la soutenabilité économique du projet.
L’infrastructure prévue repose sur un dispositif complet comprenant une prise d’eau de mer, une station de traitement, des conduites de rejet des saumures, des réservoirs et des équipements d’alimentation électrique, dont une ligne haute tension dédiée. Si certains ouvrages, notamment les adductions d’eau potable, sont exclus du périmètre du contrat PPP, l’ensemble constitue un système intégré dont la cohérence technique conditionne la performance globale.
L’appel d’offres insiste également sur les exigences environnementales, avec la réalisation d’études d’impact détaillées et la mise en place d’un Plan de gestion environnementale et sociale (PGES). Celui-ci devra notamment intégrer les enjeux liés à la biodiversité, aux risques de pollution et à l’acceptabilité locale du projet.
Au-delà des aspects techniques, ce marché met en lumière l’importance croissante de la gouvernance dans les grands projets hydriques. Le recours au PPP suppose une répartition précise des risques entre les partenaires publics et privés, une maîtrise des modèles financiers ainsi qu’une capacité de négociation contractuelle conforme aux standards internationaux.
Avec la mobilisation de cette expertise externe, le projet de dessalement de Tanger entre ainsi dans une phase charnière. Après les annonces et les études préliminaires, place désormais à la structuration opérationnelle. Dans les grands projets d’infrastructure, ce sont souvent les phases amont – celles de la contractualisation, de l’évaluation des offres et de la modélisation financière – qui déterminent la réussite ou les fragilités futures.
Le recours au dessalement à Tanger s’inscrit dans un contexte de stress hydrique aigu. La région dépend historiquement des
barrages Ibn Battouta, 9 Avril 1947 et Kharroub, ainsi que de ressources souterraines limitées. La succession d’années de sécheresse a toutefois fortement entamé ces réserves, mettant sous pression l’alimentation en eau potable. Face à cette situation, des solutions d’urgence ont déjà été mobilisées, notamment via des adductions depuis le
barrage Dar Khrofa. Mais ces dispositifs restent transitoires. Le projet de station de dessalement, avec une capacité annoncée de 150 millions de m³ par an, vise à opérer un basculement structurel vers des ressources non conventionnelles, capables de sécuriser durablement l’approvisionnement en eau de la ville de Tanger.