LE MATIN
27 Avril 2026
À 11:40
Les
exportations marocaines de tomates ont atteint un nouveau record lors de la
campagne agricole 2024/2025, avec un volume de 745.000 tonnes. Ce niveau représente une hausse de 80% sur la dernière décennie et conforte le
Maroc dans sa position de troisième fournisseur du
marché européen, derrière l’
Espagne et les
Pays-Bas.
Pour la campagne 2025/2026, la filière fait toutefois face à certaines contraintes climatiques. Les exportations devraient ainsi être légèrement inférieures à celles de la saison précédente, indique
Fatiha Charrat, directrice générale adjointe du
groupe Delassus dans une déclaration à la plateforme spécialisée
FreshPlaza.
Selon la même source, cette progression repose en grande partie sur une évolution du mix produit. Les
tomates segmentées, notamment les
variétés cerise, baby plum et spécialités, représentent désormais près de 59% des
exportations totales.
La responsable souligne que ces
tomates segmentées sont devenues un pilier de la compétitivité marocaine, avec plus de 400.000 tonnes exportées et une progression de 35% au cours des deux dernières années.
La
France demeure de loin la première destination déclarée des
tomates marocaines, absorbant plus de la moitié des exportations nationales. Toutefois,
Fatiha Charrat précise que cette lecture reste partielle, Perpignan jouant principalement le rôle de plateforme de redistribution vers l’Allemagne, la Scandinavie, l’Autriche et d’autres marchés du nord de l’Europe.
Dans ce contexte, les
exportateurs marocains s’orientent de plus en plus vers des livraisons directes, en contournant les plateformes françaises. Selon les statistiques citées par Fatiha Charrat, la part de l’Allemagne a doublé en cinq ans, passant de 9% à 18%.
En tenant compte des réexportations via la France, le
Maroc fournirait désormais environ 50% des tomates baby plum commercialisées sur le marché allemand.
Le secteur exportateur reste par ailleurs concentré. Les dix premiers exportateurs de la
région du Souss-Massa représentent environ 65% des volumes totaux.
Azura occupe la première place, suivi de
Duroc.
Toujours selon Fatiha Charrat, les stratégies diffèrent entre opérateurs. Certaines entreprises restent fortement dépendantes d’un seul marché, en particulier la France, tandis que d’autres poursuivent leur diversification vers le Royaume-Uni, l’Allemagne et les marchés africains.
Malgré ces performances, la filière subit une pression croissante. La rareté de l’eau demeure un enjeu majeur, avec l’épuisement des nappes phréatiques, poussant les producteurs à recourir davantage au dessalement de l’eau de mer, ce qui augmente les
coûts de production.
Les pénuries de main-d’œuvre ainsi que la
hausse des coûts énergétiques accentuent également la pression sur les marges.
Selon Fatiha Charrat, la croissance future reposera sur plusieurs leviers : la poursuite de la montée en gamme, la diversification géographique et le développement de nouvelles zones de production.
Dakhla devrait, à ce titre, jouer un rôle stratégique.
Entre forte croissance et contraintes croissantes, la filière marocaine de la tomate entre ainsi dans une nouvelle phase, où la maîtrise des coûts, la diversification des marchés et le maintien de la compétitivité seront déterminants.