21 Avril 2026 À 18:15
La Tour Mohammed VI s’impose aujourd’hui comme la plus haute tour du Maroc et parmi les premières plus hautes du continent africain. Visible depuis plusieurs points de Rabat et de Salé, elle constitue désormais un repère architectural majeur. Mais au-delà de sa hauteur, cette infrastructure s’inscrit dans une logique d’aménagement plus large et répond à plusieurs enjeux économiques, urbains et stratégiques.
Leila Haddaoui, Directrice Générale Déléguée O Tower, a indiqué que « la Tour Mohammed VI est considéré comme un monument emblématique qui se veut déployer les meilleurs standards internationaux en termes d'ingénierie et de technologie, tout en mettant en avant le savoir-faire et le talent de l'artisanat et de nos maîtres ».
À la fin des années 1960, Othman Benjelloun, à l’origine du projet, est invité par la NASA à assister à une simulation de vol précédant le lancement de la mission Apollo 12 vers la Lune. Une expérience marquante, qui fera naître l’idée d’une architecture tournée vers l’élévation, la projection et l’ambition.
Plus de cinquante ans plus tard, cette inspiration prend forme à Rabat, à travers une tour qui conjugue lignes épurées et références à l’artisanat marocain. La verticalité de l’ouvrage, associée à une structure dynamique, traduit cette volonté d’élévation, tout en intégrant des éléments visuels ancrés dans le patrimoine local.
La réalisation du projet a été confiée au groupe belge Besix, connu notamment pour avoir participé à la construction du Burj Khalifa, en partenariat avec le groupe marocain TGCC.
En collaboration avec l’architecte marocain, Hakim Benjelloun, Othmane Benjelloun, le maître d’ouvrage à travers la société O Tower, avait confié à l’architecte espagnol, Rafael de la-hoz, la conception d’une tour sous forme de fusée posée sur son pas de tir.
« C'est une œuvre collective qui est déployée par des milliers de femmes et d'hommes qui ont chacun apporté leur savoir-faire et leur expertise », a précisé Leila Haddioui, notant qu’« en plus des architectes, des ingénieurs, des hôteliers, des historiennes ont également participé à faire rayonner et à sublimer chacun des espaces au sein de la Tour pour raconter l'histoire et le patrimoine marocain et particulièrement celui de Rabat et de Salé ».
Avec ses 250 mètres de hauteur et ses 55 niveaux, auxquels s’ajoutent plusieurs terrasses techniques, l’édifice s’impose parmi les structures les plus élevées du continent africain. Visible jusqu’à 60 kilomètres à la ronde, il redéfinit le paysage urbain de Rabat et de Salé.
Mais la véritable singularité du projet réside dans son infrastructure. Pour soutenir l’ouvrage, les fondations ont nécessité la réalisation de plus d’une centaine de barrettes atteignant jusqu’à 60 mètres de profondeur, complétées par plus de 1.800 pieux. À cela s’ajoute un volume de béton estimé à 24.000 m³ et une charpente métallique de plus de 10.000 tonnes.
La tour développe par ailleurs une superficie hors œuvre brute de plus de 102.000 m³, sur un terrain de plus de 30.000 m². Sa façade intègre d’importantes surfaces vitrées, tandis qu’une partie de la toiture et de la façade sud est équipée de panneaux photovoltaïques, traduisant une volonté d’intégrer des solutions énergétiques durables.
Côté équipements, l’édifice compte 38 ascenseurs et plus de 550 places de stationnement, répondant aux exigences d’un bâtiment multifonction de grande capacité.
Au-delà de la performance technique, le projet intègre également une dimension culturelle, avec près de 7.000 œuvres réalisées par plus de 140 artistes marocains et internationaux, faisant de la tour un espace où se croisent architecture et création artistique.
Enfin, le chantier a généré plusieurs milliers d’emplois, dont environ 450 directs et plus de 3.500 indirects, soulignant son impact économique au-delà de sa dimension symbolique.
Du 14ème au 28ème étage, 30 appartements sont conçus, portant la signature de grands designers et artisans marocains.
À partir du 29ᵉ étage, la Tour Mohammed VI accueille un acteur majeur de l’hôtellerie de luxe: Waldorf Astoria, qui y inaugure son premier établissement sur le continent africain.
Réparti sur les niveaux supérieurs de la tour, l’hôtel propose une offre limitée à 55 chambres, à partir du 34ᵉ étage, misant sur un positionnement exclusif et une expérience haut de gamme. L’établissement comprend également plusieurs espaces dédiés aux affaires, dont une salle de réunion de grande capacité et un business center, ainsi que des espaces emblématiques de la marque, à l’image du Peacock Alley et du Sky Lobby.
L’offre est complétée par des équipements de bien-être, notamment une piscine couverte, ainsi qu’une signature gastronomique portée par le restaurant Aldabaran, confié au chef Alain Ducasse.
Pour Guy Bertaux, Directeur général, « Waldorf Astoria Rabat Salé incarne l'essence même de notre marque: un dialogue entre héritage et modernité, art et hospitalité, culture et design. Le Maroc inspire depuis longtemps rêveurs, créateurs et voyageurs par son rythme et sa beauté, et cette ouverture en capture toute l'essence à travers le prisme unique de Waldorf Astoria ».
Au sommet de la tour, les 50ᵉ et 51ᵉ étages proposent une expérience immersive qui dépasse la simple observation panoramique.
Au 50ᵉ étage, les visiteurs sont invités à une plongée interactive dans le patrimoine des villes de Rabat et Salé. Grâce à un dispositif mêlant scénographie numérique et réalité augmentée, cet espace permet de décrypter les principaux sites historiques et culturels des deux rives du Bouregreg, offrant ainsi une lecture enrichie du territoire depuis les hauteurs.
Un niveau au-dessus, au 51ᵉ étage, l’expérience se prolonge dans un espace d’exposition au concept singulier. Installée dans un « cockpit » culminant à 22 mètres de hauteur, l’exposition intitulée « Le ciel parle arabe » met en lumière les savoirs astronomiques de l’âge d’or arabo-andalou. Accessible aussi bien aux scolaires qu’au grand public, elle allie dimension pédagogique et valorisation d’un héritage scientifique souvent méconnu.
Aujourd’hui, la Tour Mohammed VI s’impose non seulement par sa hauteur, mais aussi par la lecture symbolique qu’elle propose: celle d’un projet où l’architecture devient un langage, entre ambition, projection et identité.