Mounia Senhaji
05 Octobre 2026
À 17:52
MND fait du Maroc le point de départ d’une nouvelle étape de son développement international. Le Groupe industriel français, présent dans le transport par câble, les équipements de montagne et les infrastructures de loisirs, vient de créer MND Africa, avec Casablanca pour quartier général. Le
transport par câble constitue aujourd’hui son principal métier et représente plus de 50% de son chiffre d’affaires. Le Groupe réalise, par ailleurs, la moitié de son chiffre d’affaires à l’international et revendique une présence dans plus de 50 pays. C’est dans cette dynamique que s’inscrit la création de
MND Africa, appelée à porter son développement sur le continent et dans l’océan Indien. La structure démarre avec une équipe resserrée et sera dirigée par Mehdi Caillis-Menadjlia, nommé directeur du développement Afrique et océan Indien. Sa mission sera notamment de porter les projets du Groupe dans la région et d’organiser, depuis Casablanca, les réponses aux appels d’offres africains. Une implantation que MND présente comme un investissement de long terme et non comme une présence ponctuelle destinée à prospecter quelques marchés.
Le choix du Maroc ne tient d’ailleurs pas uniquement à sa position de plateforme vers l’Afrique. Le Groupe estime que le Royaume constitue en lui-même un marché à potentiel. «Le Maroc est l’un des rares pays au monde qui, pour une société comme la nôtre, permet de développer la totalité de notre gamme», explique Mehdi Caillis-Menadjlia dans un entretien accordé au journal «Le Matin». Tourisme, mobilité dans les grandes agglomérations, stations de ski ou encore infrastructures de loisirs : le dirigeant considère que plusieurs métiers de MND peuvent y trouver un terrain de développement. Mais c’est surtout sur le transport par câble que le Groupe entend se positionner. Plusieurs projets ont été évoqués ces dernières années au Maroc, avec des fortunes diverses, tandis que la perspective de la Coupe du Monde 2030 nourrit les réflexions autour des infrastructures et de la mobilité.
Dans son communiqué, MND cite d’ailleurs explicitement l’existence de projets marocains parmi les raisons ayant conduit au choix de Casablanca. L’enjeu dépasse toutefois le seul marché national. Depuis Casablanca, MND Africa entend couvrir un périmètre qui s’étend de l’Afrique du Nord à l’Afrique subsaharienne et à l’océan Indien. L’Algérie, la Tunisie, la Côte d’Ivoire et le Sénégal figurent notamment parmi les marchés suivis par le Groupe, de même que Madagascar et Mayotte. Une nouvelle étape pour un industriel qui revendique déjà des références dans une cinquantaine de pays et réalise l’essentiel de son activité à l’international. Reste à savoir jusqu’où cette implantation marocaine pourrait aller. MND Africa restera-t-elle une structure essentiellement commerciale et technique ou pourrait-elle, à terme, prendre une dimension industrielle ? Quels projets le Groupe vise-t-il concrètement au Maroc ? Et comment compte-t-il se faire une place face aux autres grands acteurs du transport par câble ? Dans un entretien au quotidien «Le Matin», Mehdi Caillis-Menadjlia revient sur les raisons du pari marocain, livre des précisions inédites sur le dossier du téléphérique de Tanger et détaille les ambitions de MND au Maroc et en Afrique.
Mehdi Caillis-Menadjlia, directeur du développement Afrique et océan Indien de MND Africa : «Notre objectif est d’avoir, dans un premier temps, une véritable tête de pont en Afrique, basée à Casablanca»
Le Matin : Le Maroc dispose encore d’un nombre limité d’infrastructures de transport par câble. Comment évaluez-vous concrètement le potentiel du marché marocain pour MND Africa ? Et quelle place le Royaume peut-il occuper dans votre développement régional ?
Mehdi Caillis-Menadjlia : Il y a plusieurs choses à dire là-dessus. Déjà, le Maroc est l’un des rares pays au monde qui, pour une société comme la nôtre, permet de développer la totalité de notre gamme. Chez MND, nous faisons du transport par câble, mais pas seulement. Nous avons aussi toute une activité liée au divertissement : les tyroliennes, les passerelles himalayennes, les luges d’été, l’enneigement artificiel... Nous faisons beaucoup d’autres choses que le transport par câble. Et le Maroc est peut-être l’un des seuls pays, avec la France et le Liban, où nous pouvons déployer une offre couvrant l’ensemble de notre gamme. Il y a du tourisme, des problématiques de mobilité dans les grandes agglomérations, mais également des stations de ski qui existent et qui manquent peut-être aujourd’hui d’attractivité pour pouvoir véritablement assurer une fréquentation tout au long de l’hiver. MND dispose donc d’un portefeuille de produits et de services qui correspond bien à ce que le Maroc, en tant que pays, peut offrir. C’est le premier sujet. Le deuxième concerne plus spécifiquement la mobilité, qui est ce qui nous intéresse le plus aujourd’hui. Cela fait déjà quelques années qu’il existe au Maroc une réflexion globale sur le développement du transport par câble. Il y a eu le projet de Tanger, pour lequel MND était adjudicataire. Nous avions répondu à l’appel d’offres et nous l’avions remporté. Le projet a ensuite été arrêté et un nouvel appel d’offres devrait être lancé dans les prochains mois. Il y a eu aussi le projet d’Agadir. On parle tout autant d’un projet de liaison entre Rabat et Salé, au niveau du Bouregreg. C’est un gros projet porté par la région et qui devrait lui aussi sortir prochainement. Plus globalement, le Maroc souhaite développer ce type de transport dans d’autres régions, comme celles de Chefchaouen et d’Azilal. Quand on met tout cela bout à bout, et sachant que MND souhaite véritablement accélérer sa croissance en Afrique, il fallait réfléchir à la manière d’adresser le marché africain. Or, au Maroc, il semble y avoir un potentiel qui ne se limite pas à un seul projet, mais offre de belles perspectives. Nous nous sommes donc dit : allons-y, installons-nous au Maroc. Depuis le Maroc, nous pouvons répondre au marché local et, à partir de cette base, rayonner ensuite sur le marché africain.
Cette expansion en Afrique va-t-elle être menée parallèlement à votre développement au Maroc, ou souhaitez-vous d’abord consolider votre implantation dans le Royaume avant d’accélérer à l’échelle régionale ?L’objectif est justement d’avoir une filiale basée au Maroc, MND Africa, et que, depuis Casablanca, nous puissions rayonner sur le continent. Les deux se font donc en parallèle. L’idée est d’avoir à Casablanca des ressources humaines dédiées au marché africain : des personnes chargées d’établir les offres pour les différents marchés, d’organiser les réponses aux appels d’offres, mais aussi une base commerciale dédiée à l’Afrique. C’est véritablement la vocation de MND Africa.
MND Africa démarre à Casablanca avec une équipe de trois personnes. S’agit-il, dans un premier temps, essentiellement d’une implantation commerciale, ou envisagez-vous déjà, à terme, un ancrage industriel et technique au Maroc ?Très bonne question. On ne s’interdit rien. On va voir ce que le temps nous réserve. Dans un premier temps, il s’agit d’une filiale qui a vocation à répondre à tout ce que je viens d’évoquer, avec un nombre de salariés limité. On parle aujourd’hui de trois personnes, mais peut-être que nous serons finalement quatre ou cinq, nous verrons. Les trois personnes correspondent en tout cas à l’effectif dont nous avons besoin pour démarrer : établir les offres, répondre aux appels d’offres, développer commercialement les marchés, etc. Mais cette structure a vocation à grandir. Si le marché africain répond favorablement, cela pourrait éventuellement évoluer vers une implantation industrielle. Il suffit d’obtenir un ou deux gros contrats pour que cela change complètement le mindset par rapport à cette question. Ce n’est toutefois pas la vocation première. Dans un premier temps, notre objectif est d’avoir une véritable tête de pont en Afrique, basée à Casablanca.
Vous venez de préciser que MND avait remporté le premier appel d’offres relatif au projet de Tanger, avant que celui-ci ne soit gelé, tandis que le Groupe ne s’était pas positionné sur le projet d’Agadir. Sur un marché où plusieurs grands acteurs internationaux du transport par câble sont présents, sur quels éléments MND entend-il faire la différence ?Pour Tanger, c’est bien MND qui avait remporté l’appel d’offres. Nous avions répondu avec une offre portant sur la conception, la réalisation, l’exploitation et la maintenance. Nous avions même apporté le financement. Pour diverses raisons, essentiellement liées à des questions de domaines de compétences, il a ensuite été décidé de geler le projet et de le relancer. Concernant Agadir, il s’agit d’un projet privé. C’est un opérateur privé qui a développé le projet puis lancé un appel d’offres pour construire la télécabine. À l’époque, MND ne s’était pas positionné. Pour répondre à votre question sur la concurrence, il existe effectivement plusieurs acteurs sur le marché du transport par câble. Ce qui nous différencie chez MND, c’est une logique que nous appliquons systématiquement et qui explique d’ailleurs pourquoi nous avions remporté Tanger, comme elle explique aussi pourquoi nous avons remporté récemment un important projet à La Réunion. Cela peut paraître un peu «cucul», mais c’est la réalité : chez MND, nous essayons systématiquement de coconstruire le projet avec le client. Nous ne sommes pas dans une logique de duplication. Je vais prendre une comparaison très simple : lorsque vous allez à Marjane acheter un kilo de tomates, chacun achète plus ou moins le même kilo de tomates. Il n’y a pas véritablement de différence. Nous, notre démarche est différente. Nous essayons de nous asseoir avec le client et de comprendre précisément sa problématique. Peut-être que le client souhaite, à terme, réaliser une extension. Peut-être qu’il veut une architecture qui corresponde à des codes propres au Maroc. Peut-être qu’il veut un projet qui s’articule avec l’intermodalité et avec d’autres moyens de transport, comme les bus, les taxis ou les gares. Il peut y avoir énormément de problématiques différentes. Nous prenons donc le temps de développer les projets, de les coconstruire avec nos clients et d’essayer d’en faire véritablement du sur-mesure, pour que la solution corresponde à leur problématique. Et surtout, par expérience, nous essayons de faire en sorte que le projet fonctionne réellement une fois réalisé. Il ne s’agit pas simplement de vendre pour vendre. C’est aussi là que nous cherchons à nous différencier. La concurrence peut parfois avoir tendance à dire : «Voilà mon produit, vous le voulez ou vous ne le voulez pas, le prix est celui-ci et débrouillez-vous». Nous, nous essayons de faire en sorte que le projet fonctionne derrière et qu’il soit correctement exploité. Parce que si le projet ne fonctionne pas, au final, personne n’est satisfait. C’est ce que nous avions fait à Tanger. Nous avions coconstruit le projet avec la Société d’Aménagement pour la reconversion de la Zone portuaire de Tanger (SAPT), et c’est aussi comme cela que nous avions réussi à remporter l’appel d’offres. C’est de même de cette manière que nous avons procédé pour le projet de l’île de La Réunion, d’un montant de 50 millions d’euros, que nous avons remporté il y a quelques mois.