Économie

Valorisation du phosphogypse : OCP et IFC scellent leur partenariat

La Société financière internationale et OCP Group ont signé l’accord de prêt d’environ 95 millions d’euros pour financer la construction d’une installation de stockage terrestre de phosphogypse d’une capacité de 22 millions de tonnes à Jorf Lasfar. Ce projet, dont le coût total est estimé à 190 millions d’euros, vise à mettre fin, progressivement, au rejet en mer de ce sous-produit industriel et à ouvrir la voie à sa valorisation dans des secteurs tels que l’agriculture, la construction routière et la lutte contre la désertification.

OCP a mandaté le bureau d’études Jesa pour la réalisation de l’Étude d’impact sur l’environnement de ce chantier afin d’arriver à un projet optimal sur le plan environnemental et social tout en respectant les impératifs techniques et économiques associés à sa réalisation.

09 Juin 2026 À 09:44

Le partenariat est désormais officiel. La Société financière internationale (IFC) et le Groupe OCP ont signé le contrat de prêt de 95 millions d’euros (111,29 millions de dollars) pour financer la construction d’une installation de stockage terrestre de phosphogypse d’une capacité de 22 millions de tonnes à Jorf Lasfar. Ce projet stratégique, dont le coût total est estimé à 190 millions d’euros, s’inscrit dans une logique de gestion durable et de valorisation de ce sous-produit industriel, ouvrant la voie à de futures applications dans des secteurs tels que l’agriculture, la construction et les infrastructures routières. Le phosphogypse est un coproduit inévitable de la production d’acide phosphorique par voie humide: pour chaque tonne d’acide phosphorique fabriquée, environ cinq tonnes de phosphogypse sont générées. Sur le seul site de Jorf Lasfar, l’OCP produit 32 millions de tonnes de phosphogypse par an. Jusqu’à présent, ce coproduit est rejeté dans la mer via des émissaires ayant obtenu l’acceptabilité environnementale en 2010. La gestion du phosphogypse est l’un des grands axes de la stratégie de développement durable du Groupe OCP, qui entend remplacer une partie de ce rejet via une solution de stockage d’une capacité de 22 millions de tonnes – sur une superficie de 115 ha – en vue de sa valorisation. L’achèvement complet de la construction est prévu pour avril 2027. Les composantes du projet de transport et de stockage du phosphogypse sont localisées au sud du complexe industriel du Groupe OCP à Jorf Lasfar. Le site du projet est situé sur le littoral atlantique à environ 17 km au sud-ouest de la ville d’El Jadida et à environ 90 km de Casablanca.



Ce projet stratégique aura des retombées importantes sur les plans environnemental et économique. Il permettra notamment d’offrir une opportunité de valorisation du phosphogypse dans divers secteurs – plutôt que de le considérer comme un déchet perdu définitivement–, favorisant ainsi une économie circulaire. Il permettra aussi de récupérer le P2O5 (pentoxyde de phosphore) à travers l’eau de décantation, ce qui augmentera le rendement des unités de production d’acide phosphorique de 1 à 3%. Enfin, il contribuera à créer des opportunités d’emploi, à renforcer le tissu industriel et à améliorer les conditions socio-économiques, principalement de la commune de Moulay Abdellah abritant le projet et de la commune de Sidi Abed limitrophe du site du projet.

Des pistes de valorisation déjà à l’essai

L’OCP conduit depuis plusieurs années des projets pilotes de valorisation du phosphogypse dans trois domaines principaux. En agriculture, la valorisation du phosphogypse se fait en tant qu’amendement ou fertilisant et constitue une solution pour améliorer la production et la qualité des sols. Dans ce cadre, plusieurs essais pilotes pour l’amendement des sols salins sur la plateforme de Jorf Lasfar se poursuivent : l’application du phosphogypse a amélioré les rendements en biomasse totale, fruits et grains. De plus, la deuxième campagne d’utilisation du phosphogypse en tant qu’engrais à faible coût, source de phosphore et de soufre, en complément de l’azote (N) et du potassium (K), a aussi été finalisée. Par ailleurs, des essais ont été conduits auprès d’agriculteurs dans diverses régions du Maroc. En construction routière, des projets pilotes de valorisation du phosphogypse ont été initiés ; ils ont permis d’identifier une alternative aux matériaux nobles de construction des routes qui se font de plus en plus rares dans certaines régions du Maroc. Menés en partenariat avec divers instituts et centres de recherche, les premiers pilotes ont permis de répertorier les mélanges à base de phosphogypse et d’autres produits ou sous-produits (ciment, sable, stériles...), respectant les exigences mécaniques, environnementales et sanitaires requises en construction routière. Ces mélanges, dans lesquels le pourcentage du phosphogypse peut atteindre les 93%, sont utilisés en remplacement de matériaux au niveau de la couche de forme, qui joue un rôle essentiel dans la structure de la chaussée. Des mélanges incorporant du phosphogypse ont été étudiés pour répondre à la fois aux caractéristiques mécaniques de la construction routière et aux exigences environnementales nationales et internationales. Des mélanges de phosphogypse-ciment-sable / stériles miniers ont été utilisés pour la construction de diverses sections de routes pilotes sur les sites de Safi et de Jorf Lasfar. D’autres essais ont été réalisés en partenariat avec le Laboratoire public d’essais et d’études (LPEE).

Enfin, l’OCP mène, en partenariat avec l’Institut africain de recherche en agriculture durable (ASARI) et l’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P), une Étude pilote visant à utiliser le phosphogypse pour lutter contre la désertification. Cette initiative vise à développer un substrat basé sur le phosphogypse permettant l’établissement de barrières végétales durables dans des conditions pédoclimatiques semi-arides à arides. Réalisé dans les régions du Sud du Maroc, ce projet vise également à contribuer à certains objectifs de l’initiative de la Grande Muraille Verte (GGWI).

Par ailleurs, l’engagement de l’IFC comprend aussi un volet conseil pour développer des voies économiques viables, notamment la récupération du soufre et la production de clinker vert.
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