Enseignement

Hausse de 77% des frais en 15 ans, le coût vertigineux de l’enseignement français au Maroc

Derrière les tensions actuelles autour de la nouvelle augmentation des frais de scolarité pour la rentrée 2026-2027, les données historiques révèlent une flambée structurelle et d'ampleur. Sur quinze ans, entre 2011 et 2026, les frais de scolarité dans l’enseignement français au Maroc ont augmenté en moyenne de 77%, tous niveaux confondus. Une dynamique de long terme qui nourrit l’inquiétude des familles et pose la question de la gouvernance financière du réseau.

03 Février 2026 À 10:10

La hausse de 6% des frais de scolarité annoncée pour la rentrée 2026-2027 n’est, pour les parents d’élèves, que la dernière manifestation d’un processus engagé de longue date. Dans le réseau des établissements français au Maroc, la question du coût de la scolarité ne relève plus d’un ajustement ponctuel, mais d’une dynamique lourde, cumulative et structurelle, qui pèse de plus en plus sur les familles.

Dès octobre 2025, l’Union des conseils de parents d’élèves de la FCPE Maroc est informée des difficultés financières de l’Agence pour l’Enseignement Français à l’Étranger (AEFE). Très rapidement, les représentants des parents se mobilisent pour refuser toute tentative de transfert des charges financières de l’État français vers les familles, notamment en ce qui concerne les pensions civiles des personnels détachés.

Un premier tournant intervient le 18 décembre 2025, lors du Conseil d’administration de l’AEFE. Le vote portant sur le transfert de 35% de la charge des pensions civiles vers les budgets des établissements aboutit à une égalité parfaite : 17 voix pour, 17 contre. « Une décision pourtant actée, malgré l’opposition de la moitié des administrateurs », déplore Soumaya Kadaoui, élue UCPE-FCPE du pôle Casablanca-Mohammedia. Pour les représentants des parents, cet épisode illustre une marginalisation croissante de leur rôle, alors même que les personnels concernés sont des fonctionnaires de l’État français, dont les pensions relèvent exclusivement de la responsabilité de leur employeur public.

La tension s’accentue avec la décision d’augmenter de 6% les droits de scolarité du pôle Casablanca-Mohammedia pour 2026-2027, actée le 12 janvier 2026, avant même la tenue du Conseil de Groupement de Gestion (CGG) du 15 janvier. Pour Mme Kadaoui, cette chronologie est révélatrice. « Nous sommes passés d’une crise conjoncturelle à une rupture organisée et assumée. Les instances de concertation sont vidées de leur substance », explique-t-elle.

+77% en moyenne en quinze ans : une hausse structurelle

Au-delà de la décision récente, les associations de parents mettent en avant des chiffres qui, selon elles, changent la nature du débat. Entre les années scolaires 2011-2012 et 2026-2027, les frais de scolarité ont connu une augmentation spectaculaire à tous les niveaux d’enseignement dans le pôle Casablanca-Mohammedia :

  • +59% au lycée, passant de 38.250 à 60.700 dirhams
  • +72% au collège, de 31.950 à 54.800 dirhams
  • +81% à l’élémentaire, de 27.720 à 50.100 dirhams
  • +68% en maternelle, de 31.770 à 53.400 dirhams



En moyenne, les frais ont augmenté de 77% en quinze ans. Pour les parents, ces chiffres traduisent une réalité claire : les familles sont devenues la variable d’ajustement privilégiée d’un système sous-financé.

Cette trajectoire budgétaire est d’autant plus contestée qu’elle ne s’accompagne pas, selon les parents, d’améliorations visibles des infrastructures ou des conditions d’enseignement. Sur le pôle Casablanca-Mohammedia, les projets de rénovation sont à l’arrêt depuis quatre ans. Le Schéma pluriannuel de stratégie immobilière (SPSI), élaboré en 2021 et censé s’étaler de 2022 à 2026, n’a pas été concrétisé, alors que des augmentations annuelles de 3 à 4% ont continué d’être imposées aux familles. « Pourquoi continuer à payer, et jusqu’à quand, sans aucune visibilité ? », s'interroge Mme Kadaoui.

Au-delà de la question financière, les familles alertent sur les effets indirects de cette politique sur la qualité de l’enseignement. Suppressions de postes de personnels détachés, heures de cours non remplacées, retards dans l’affectation des enseignants d’arabe : les signaux d’alerte se multiplient. Sur le pôle Casablanca-Mohammedia, une trentaine d’heures d’arabe auraient été perdues, et près d’une centaine d’élèves n’auraient commencé ces cours qu’à partir de janvier 2026.

Des lignes rouges clairement posées

Face à cette situation, les revendications des familles s’articulent autour de plusieurs points jugés non négociables : le gel du transfert des pensions civiles, l’arrêt de toute nouvelle hausse tant que les projets immobiliers ne sont pas engagés, une visibilité pluriannuelle sur les trajectoires tarifaires, et une concertation réelle, fondée sur la co-construction. « Nos ressources ne sont ni extensibles ni inépuisables », rappellent les parents, qui exigent un partage plus équitable de l’effort.

Vers une mobilisation nationale

Après pétitions, lettres ouvertes et rencontres institutionnelles, la mobilisation change d’échelle. À Casablanca-Mohammedia, plusieurs actions sont désormais envisagées : recours judiciaires au Maroc et en France, journées mortes, sit-in, consignation des frais chez notaire ou non-signature du règlement financier. À Marrakech, une mobilisation était annoncée pour ce mardi 3 février.

Pour les familles, l’enjeu dépasse désormais la question des frais : il s’agit de défendre l’avenir du service public éducatif français au Maroc, son accessibilité et sa cohérence avec les principes qu’il revendique.

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