Le
T3 Shield est le nom choisi par la startup marocain
e SensThings pour son dispositif anti-triche appelé à être déployé dans les centres d'examen du
baccalauréat 2026. Présenté par
Rafiq El Alami, cofondateur de la startup, comme une solution « inédite », non seulement au Maroc mais aussi à l’échelle internationale, l’appareil vise à détecter
les équipements électroniques utilisés dans les tentatives de fraude pendant les examens, à travers les signaux qu’ils émettent lorsqu’ils communiquent.
À Skhirat, où Le Matin a visité l’unité de production de SensThings, M. El Alami explique que le développement du T3 Shield s’inscrit dans le travail mené par la startup depuis sa création en 2022 au sein de l’écosystème de
l’Université Mohammed VI Polytechnique. Avant de se lancer dans la lutte contre la fraude électronique dans les examens, l’entreprise travaillait déjà sur des solutions de sécurisation numérique liées notamment aux diplômes digitaux et à l’anonymisation des épreuves.
Selon ce dernier, une première version du T3 Shield avait déjà été utilisée l’année dernière dans plusieurs examens et concours, dont le baccalauréat. Plus imposante et plus encombrante, cette première génération a depuis été repensée afin d’aboutir à un format mobile de
moins de trois kilogrammes, conçu pour être transporté facilement d’une salle à l’autre pendant les épreuves. Cette mobilité permet donc à un seul dispositif d’assurer les contrôles dans l’ensemble des salles d’un même centre d’examen.
À quoi ressemble le T3 Shield, le nouveau dispositif anti-triche du Bac 2026 ?
À première vue, le T3 Shield ne ressemble ni à un portique de sécurité, ni à une caméra, ni à un brouilleur de réseau. Dans sa configuration opérationnelle, il se présente comme un équipement mobile transporté dans un cartable technique. Le dispositif comprend une
unité centrale métallique, un
scanner large destiné au contrôle global d’une salle ou d’une zone, un
scanner individuel utilisé pour les vérifications ciblées, des câbles de connexion radiofréquence et un t
éléphone de contrôle équipé de l’application dédiée. Les scanners captent les signaux, le boîtier central les traite, et le téléphone permet à l’opérateur de visualiser les résultats et les alertes.
Mais le téléphone visible avec le dispositif ne sert pas lui-même à détecter les appareils. Comme l’explique le porteur du projet, il fonctionne uniquement comme
une interface de contrôle permettant à l’opérateur de lancer les scans, suivre les résultats et consulter les alertes générées par le système. La détection est en réalité effectuée par le boîtier central grâce à
une intelligence artificielle embarquée fonctionnant en
edge computing, c’est-à-dire avec un traitement local directement à l’intérieur de l’équipement. Les informations peuvent ensuite être synchronisées avec une plateforme centralisée de supervision, mais le T3 Shield reste pleinement opérationnel
même en cas de coupure du Wi-Fi ou d’absence de connexion réseau, puisque l’analyse des signaux radiofréquences est réalisée localement par le dispositif lui-même.
Et c’est précisément sur
la détection de ces radiofréquences que repose le fonctionnement du T3 Shield, explique le cofondateur de SensThings. Téléphones portables, écouteurs Bluetooth, montres connectées, mini-transmetteurs ou kits de fraude électronique émettent ou reçoivent en permanence des signaux lorsqu’ils sont actifs. Le dispositif capte ces émissions, les analyse et signale toute communication suspecte détectée dans la salle.
La question du respect de
la confidentialité des données des candidats a également été abordée lors de la visite. Mr. El Alami insiste sur ce point : « il ne lit pas les messages, ne consulte pas les données personnelles et ne se connecte pas aux téléphones des candidats ». Le T3 Shield ne cherche donc pas à accéder au contenu des appareils. Il détecte uniquement l’existence d’une communication électronique active dans un environnement où elle est interdite.
Cette approche distingue le dispositif
des brouilleurs classiques, ces derniers perturbant les communications en émettant un signal puissant, avec des effets possibles sur l’environnement de la salle et le confort des candidats.
Le spoofing, autre méthode anti-triche fréquemment utilisée, consiste quant à lui à imiter une antenne réseau afin d’inciter les appareils à s’y connecter, ce qui soulève des enjeux de confidentialité et de cybersécurité. Le T3 Shield fonctionne selon une logique différente.
« Il détecte sans perturber », résume-t-il. Pour le cofondateur, cette approche passive constitue l’un des aspects les plus complexes du dispositif, puisqu’elle repose sur la capacité à identifier des signaux faibles, parfois noyés dans l’environnement électronique d’une salle, sans émettre de signal de blocage.
Le dispositif a aussi été conçu pour repérer des formes de fraude plus discrètes que le simple téléphone caché. L'inventeur cite notamment
les kits VIP, présentés comme l’un des outils de triche les plus connus au Maroc et les plus difficiles à détecter. Miniaturisés et facilement dissimulables sur le corps, ces appareils reposent souvent sur des fréquences 2G de faible intensité ou sur des protocoles sans fil peu répandus, ce qui leur permet d’échapper aux contrôles visuels classiques ainsi qu’aux scans habituels. Leur fonctionnement laisse toutefois une signature radio discrète dans l’environnement électromagnétique. C’est précisément cette trace invisible que le T3 Shield est conçu pour repérer, explique-t-il.
Voici comment fonctionnera le T3 Shield dans une salle d’examen !
Le mode opératoire présenté à Le Matin est celui conçu par SensThings pour l’usage du T3 Shield sur le terrain. Il repose sur une logique progressive : détecter d’abord la présence d’une communication électronique dans l’environnement, puis resserrer le contrôle jusqu’à localiser la table ou la personne concernée.
1. Contrôle des cartables avant l’épreuveAvant le démarrage de l’examen, le contrôle peut commencer par les effets personnels. Les cartables et sacs des candidats sont regroupés contre un mur, puis vérifiés à l’aide du scanner large du T3 Shield. L’objectif est de s’assurer qu’aucun appareil de communication ne reste dissimulé dans les affaires avant le lancement de l’épreuve. Ce premier passage joue aussi un rôle préventif : il offre aux candidats une dernière occasion de se séparer volontairement de tout appareil susceptible de les mettre en infraction et de compromettre leur examen.
2. Scan global de la salleUne fois les candidats installés, l’opérateur active le mode salle générale depuis le téléphone de contrôle relié au dispositif. Le scanner large T3 Shield effectue alors une lecture globale de l’environnement radio de la pièce. À ce stade, l’appareil ne cible pas un candidat en particulier. Il capte l’ensemble des signaux émis dans la salle par les appareils électroniques en communication. Le boîtier central traite ces signaux, puis l’application affiche à l’opérateur les résultats de l’analyse. En moins d’une minute, le système permet de savoir si des téléphones, écouteurs connectés, montres intelligentes ou autres dispositifs actifs sont présents dans la salle. Si aucune communication suspecte n’est repérée, l’équipe poursuit son passage vers une autre salle. Si un signal est détecté, le contrôle bascule vers le mode individuel par table afin de localiser plus précisément l’origine de l’émission.
3. Contrôle individuel par tableLorsque le scan global signale la présence d’un appareil actif dans la salle, l’opérateur passe au scan individuel par table. À ce stade, le contrôle ne vise plus l’ensemble de la pièce, mais cherche à identifier la table exacte d’où provient le signal. Le petit scanner est approché successivement des tables, pendant moins de cinq secondes par position, afin de comparer l’intensité du signal et de localiser son origine. Ce mode permet de passer d’une alerte générale "un appareil communique dans la salle" à une indication beaucoup plus précise : " le signal vient de cette table".
4. Mode isolation en cas de doute sensibleLorsque le scan individuel indique que le signal provient d’un candidat précis, les équipes peuvent passer au mode isolation. Dans ce cas, le scanner individuel est utilisé au plus près de la personne concernée. L’opérateur le fait passer autour du corps, sans contact direct, afin de vérifier d’où vient exactement le signal. Si l’appareil est dissimulé sous les vêtements ou dans une zone difficile à repérer visuellement, le scanner le signale au moment où il se rapproche de la source de l’émission radio.
Interrogé sur
la fréquence des contrôles pendant une même épreuve, M. Alami explique que le T3 Shield a été conçu pour permettre plusieurs passages grâce à un temps de détection très rapide. Le scan d’une salle prend moins d’une minute, tandis qu’un contrôle ciblé d’une table peut être effectué en moins de cinq secondes. Transporté dans un cartable technique, le dispositif peut ainsi passer d’une salle à une autre durant l’examen, puis revenir plus tard pour effectuer un nouveau contrôle au cours de la même épreuve, affirme-t-il.
Sur le plan industriel, SensThings affirme avoir déjà dépassé, jusqu’à ce mardi, le seuil des
500 appareils prêts à être déployés, avec une capacité de production estimée à
250 unités par jour. Selon les explications recueillies auprès de l’entreprise, l’ensemble des livraisons devrait être finalisé avant le 20 mai, afin de laisser le temps nécessaire à la formation des équipes chargées d’utiliser le dispositif dans les centres d’examen.
Ce volet formation constitue l’autre dimension essentielle du déploiement. L’opération ne consiste pas seulement à livrer les
2.000 appareils annoncés. Elle suppose aussi de
former les relais qui seront chargés d’en assurer l’utilisation sur le terrain. D’après les chiffres communiqués, environ
100 cadres ont été formés par l’entreprise, dont 81 responsables provinciaux et 12 responsables régionaux. Ces responsables doivent, à leur tour, former les représentants envoyés par le ministère, appelés à manipuler le dispositif lors des examens.
Après le Bac 2026, la généralisation du T3 Shield se prépare !
Pour M. El Alami, le baccalauréat 2026 ne constitue qu’une nouvelle étape dans le déploiement du T3 Shield. Le dispositif a
déjà été utilisé depuis 2025 dans plusieurs concours et examens à fort enjeu, dans un contexte marqué par une montée des besoins de contrôle, aussi bien dans les concours d’accès aux études que dans les recrutements et les examens professionnels. Le cofondateur de SensThings explique que l’objectif est aussi de démontrer qu’une technologie de cette complexité peut être entièrement
inventée, conçue et produite au Maroc. Présenté par la startup comme une solution inédite, le dispositif est désormais envisagé pour
une généralisation progressive à l’ensemble des examens nationaux.
L’entreprise affirme également avoir reçu
des sollicitations de l’étranger et travaille déjà sur des perspectives d’export autour du T3 Shield. Pour
SensThings, l’ambition dépasse la seule commercialisation d’un dispositif anti-triche, la startup voulant faire du T3 Shield une démonstration concrète de la capacité du Maroc à produire et faire rayonner à l’international ses propres technologies de pointe.