Enseignement

Enseignement supérieur : le syndicat annonce une grève nationale les 3 et 4 mars

Le Syndicat national de l’enseignement supérieur réaffirme son rejet de la loi 59.24 et annonce un programme de mobilisation allant de la grève au sit-in. Il dénonce une adoption du texte dans un contexte marqué par "l’exclusion du principal partenaire social" et donc une "remise en cause de l’approche participative".

19 Février 2026 À 09:15

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La séquence s’est brusquement accélérée mardi lorsque, citant une source au sein du ministère de l’Enseignement supérieur, un média local a affirmé que le ministre Azzedine El Midaoui avait « décidé de fermer le débat sur la loi 59.24 après l’achèvement de toutes ses procédures », en attendant sa publication au Bulletin officiel. Pour le département de tutelle, la demande du Syndicat national de l’enseignement supérieur de rouvrir les discussions est « sans objet », le texte ayant suivi le circuit constitutionnel, depuis son examen par le Conseil supérieur de l’éducation jusqu’à son adoption par le Parlement.

Le ministère assure toutefois que le dialogue n’est pas rompu. Il se poursuivra, selon la même source, autour des décrets d’application, notamment ceux relatifs au statut des enseignants-chercheurs. L’argumentaire officiel insiste sur le respect de l’approche participative, rappelant que les organisations syndicales ont reçu les différentes versions du projet et qu’elles ont été invitées à formuler leurs observations. Il est également fait état de rencontres répétées entre le ministre et le secrétaire général du syndicat, « reçu plus de quinze fois », tandis que les commissions mixtes continuent de travailler sur le dossier revendicatif.

Cette lecture est frontalement contestée par le Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup). Réunie en début de semaine à Rabat, sa commission administrative a publié un communiqué qui constitue une réponse directe à la position du ministère. Le syndicat y réaffirme qu’il reste « catégoriquement » opposé à la loi, adoptée selon lui « en l’absence d’une véritable approche participative » et en contradiction avec les engagements issus des réunions des 2 octobre 2020 et 5 juillet 2021. Il estime que le texte porte atteinte à l’autonomie de l’université, restreint les libertés académiques et redéfinit en profondeur le rôle du service public de l’enseignement supérieur.

Au-delà de la controverse sur la méthode, la loi 59.24 s’inscrit dans le chantier de réforme du système de l’enseignement supérieur tel que le présente le ministère. Le département de tutelle explique que le texte introduit une nouvelle gouvernance des universités, renforce la contractualisation avec l’État, élargit l’autonomie administrative et financière des établissements et ouvre la voie à une diversification de leurs sources de financement. Selon le ministère, ces mécanismes doivent améliorer la performance du système universitaire et renforcer son articulation avec la recherche scientifique et l’innovation. Le Syndicat y voit, au contraire, les signes d’une « marchandisation » progressive de l’enseignement supérieur et d’une mise sous tutelle des institutions universitaires.

Le rejet du texte est également lié à un contentieux social plus large. Le Snesup remet sur la table une série de dossiers qu’il considère comme toujours en suspens, parmi lesquels la régularisation des promotions, la prise en compte de l’ancienneté acquise dans la fonction publique, la révision des grilles indiciaires, l’exonération fiscale des indemnités de recherche ou encore l’intégration des enseignants exerçant dans les centres de formation relevant du ministère de l’Éducation nationale dans le système universitaire.

Sur le terrain, le SNESUP déroule un calendrier de mobilisation précis : grève nationale de 48 heures les 30 et 31 mars, puis sit-in devant le Parlement. La commission administrative restera ouverte jusqu’au 20 avril pour décider des prochaines étapes, le syndicat annonçant la poursuite du mouvement en défense de l’université publique et des droits des enseignants-chercheurs.

Dans ce face-à-face, chaque camp reste campé sur sa légitimité. Le dialogue est au point mort et la loi 59.24 s’impose comme le principal foyer de tension dans les universités publiques. Reste une question centrale : l’ampleur de l’impact sur les étudiants, alors que le calendrier des cours et des examens pourrait être directement perturbé si le bras de fer se prolonge.
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