Fête du Trône 2004

Le tapis traditionnel remis à l'honneur dans son pays

Le Turkménistan a fêté, comme chaque année, sa "Journée du tapis". Mais pour la première fois depuis l'indépendance en 1991, une vaste exposition consacre les motifs traditionnels, abstraits, qui volent la vedette aux représentations du défunt Président Saparmourat Niazov.

La Journée du tapis au Turkménistan, une vaste exposition consacre les motifs traditionnels. (Photo : fr.wikipedia.org)

27 Mai 2008 À 09:06

Des dizaines de couturières venues des quatre coins de cette ex-république d'Asie Centrale ont envahi pour l'occasion le vaste Centre des expositions d'Achkhabad, un lieu généralement réservé aux grandes conférences économiques, pour y exposer leurs plus beaux tapis, tissés, bien sûr, entièrement à la main.

Et la fierté se lit sur leurs visages lorsqu'elles déballent leurs réalisations, d'autant que les secrets de ce métier, réservé aux femmes, demandent une patience infinie, la qualité du tapis dépendant du nombre de nœuds au mètre carré : plus ils sont nombreux, plus le tapis est dense et plus la pièce aura de valeur.

"Chez nous, on considère que c'est un manque de respect vis-à-vis de nos traditions si une jeune fille de la famille ne sait pas tisser un tapis", explique Maral Soïounova, tisserande professionnelle de 50 ans.

"Pour tisser un tapis de quatre m2, il faut compter quatre mois et ça demande autant de force que de creuser un puits avec une cuillère", poursuit-elle.

Le travail est d'une telle intensité que les Turkmènes voient dans leurs tapis le miroir des sentiments de son créateur: "Etends ton tapis et je lirai dans ton âme", note ainsi un proverbe turkmène.

Cet artisanat, le nouveau Président du pays Gourbangouly Berdymoukhamedov a choisi de le remettre à l'honneur, alors que son prédécesseur, mort en décembre 2006, usait les mains des couturières pour réaliser des pièces à sa gloire et à celle de sa famille.

Dans les allées du Centre des expositions, fidèle aux prescriptions de l'islam qui interdit la reproduction d'êtres humains et d'animaux, aucun portrait présidentiel n'orne les tapis. Une révolution quand il y a encore un an les marchés d'Achkhabad les vendaient par dizaines.

Et aujourd'hui, les historiens turkmènes préfèrent insister sur la longue tradition du pays en la matière, plutôt que de glorifier leur défunt chef de l'Etat.

"La première référence écrite sur nos tapis est attribuée à l'explorateur vénitien Marco Polo. Au XIIIe siècle, suivant la route de la soie et après être arrivé sur le territoire de l'actuel Turkménistan, il a écrit ‘ici se font les tapis les plus beaux et les plus fins au monde'", assure l'historienne Adjap Baïrieva.

Et elle s'agace dès lors du fait que les tapis turkmènes soient plus connus à l'étranger sous le nom de "tapis de Boukhara", ville-joyau de l'Ouzbékistan voisin où se trouvait au Moyen-Âge le plus grand marché régional.

Dès lors, pour accroître la renommée internationale de son artisanat, le Turkménistan compte bien battre son propre record du monde de 2001 en tissant à la main un tapis encore plus grand que celui de 300 m2, composé de 120 millions de noeuds, et qui avait été fabriqué en huit mois par 40 femmes.

"Nous travaillons sur un nouveau tapis géant d'une surface d'environ 400 mètres. Il sera exposé dans le nouveau musée du tapis que la société française Bouygues construit en ce moment à Achkhabad", explique Djouma Goubaïev, un artiste travaillant sur les motifs du tapis.

Pour les passionnés, acheter un tapis au Turkménistan relève de la bonne affaire, une pièce de haute qualité coûtant seulement 500 dollars, mais avant de déambuler dans les allées des marchés turkmènes, il faudra attendre que le pays assouplisse enfin son drastique régime de visa.
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