En lançant le premier sac de chips entièrement biodégradable, le groupe Frito-Lay pensait marquer des points, mais il ignorait que ce sac écologiquement correct, à peine touché, produisait un bruit à réveiller un mort.
Les paquets de chips au Canada respectent l'environnement mais pas les tympans, Car l'emballage, fait de plantes et d'acide polylactique, produit une pollution sonore difficilement supportable. (Photo : www.lablogatoire.com)
AFP
18 Novembre 2010
À 09:03
Car l'emballage, fait de plantes et d'acide polylactique, produit une pollution sonore difficilement supportable. Plus de 90 décibels, soit l'équivalent d'une tondeuse à gazon. Impossible de regarder un film en mangeant des chips sans réveiller les enfants. En prendre au cinéma, encore plus impensable.
«Sur les tablettes des magasins, il a un son unique, le nouveau son du vert», tente d'expliquer la marque américaine.
Mais les consommateurs et leurs associations se déchaînent sur les réseaux de socialisation, qui permettent d'ajouter une illustration sonore à tout commentaire.
«La chose que je n'arrive pas supporter est le bruit que fait ce sac», dit un jeune homme sur YouTube, sur fond d'un bruit qui fait penser à celui, amplifié, du couteau glissant sur une vitre.
Sur Facebook, des dizaines de milliers d'accros aux chips exigent sa suppression, à tel point qu'aux Etats-Unis la marque recule. Le sac est finalement retiré du marché en octobre 2010, 18 mois après son lancement en grande pompe. Selon une étude marketing de Symphony IRI, les ventes avaient plongé de près de 11%.
Rageant, pour un produit qui a demandé quatre années de recherches.
Du coup, au Canada, Frito-Lay expérimente une autre stratégie. Sur YouTube, il s'adresse directement aux consommateurs pour annoncer, avec humour, qu'il persévère.
«Bonjour Canada!», entonne, sur fond de verdure, Anne-Marie Renaud, la blonde vice-présidente du groupe au Canada. «Si vous jugez que le bruit est trop fort, dites-le nous en nous visitant en ligne, et nous nous ferons un plaisir de vous faire parvenir une paire de bouchons pour oreilles.»
«Du très habile marketing», commente Benoît Duguay, professeur à l'Université du Québec à Montréal et auteur d'un livre sur la consommation et les nouvelles technologies.
«C'est un cas type, et je pense que c'est très bien d'avoir réussi, au Canada, à transformer quelque chose de négatif en quelque chose de positif, et ça fonctionne bien!», se réjouit-il.
Effectivement, contrairement à ce qui s'est passé au sud de la frontière, les ventes n'ont pas baissé, le groupe s'est offert une bonne publicité et il a même gagné des soutiens inattendus dans les rangs des défenseurs de l'environnement.
«Ce qui est bon ici, remarque Antoine Garcia-Suarez du groupe RE-buts qui se présente comme une «coalition montréalaise pour une gestion écologique et économique des déchets», c'est que le producteur a décidé de fournir une solution concrète au consommateur, pour une fois».
«Et on a vraiment un emballage, ici, où le consommateur a juste à le mettre dans un bac à compost. C'est peut-être au consommateur de se dire : jusqu'où je suis prêt à aller, finalement, pour aider ce qu'on appelle le développement durable?», ajoute le militant écologiste.
Le sac se décomposerait en quatorze semaines. La recherche se poursuit pour trouver un modèle moins bruyant. Il devrait être disponible d'ici un an.