Fête du Trône 2004

Al-Assad voit un «complot» étranger

Bachar Al-Assad, contesté par la rue depuis dix mois, a estimé que son pays faisait l'objet d'un «complot étranger» et a promis d'y répondre, la Ligue arabe dénonçant de son côté des attaques d'«éléments pro-régime» contre ses observateurs.

Depuis mi-mars, la Syrie est en proie à une révolte réprimée dans le sang, mais le régime n'en reconnaît pas l'ampleur et attribue les troubles à des «bandes terroristes armées» manipulées par l'étranger. (Photo : AFP)

11 Janvier 2012 À 07:55

L'opposition syrienne a, elle, jugé que ce discours, le quatrième depuis le début de la révolte, était une «incitation à la guerre civile» laissant présager «un comportement encore plus criminel» du régime.

Dans un discours télévisé d'une heure quarante-cinq, Al-Assad a accusé des pays étrangers de «comploter» contre son pays, lançant: «Nous n'allons pas permettre la défaite de la Syrie qui signifiera la chute de la région entière».

Depuis mi-mars, la Syrie est en proie à une révolte réprimée dans le sang, mais le régime n'en reconnaît pas l'ampleur et attribue les troubles à des «bandes terroristes armées» manipulées par l'étranger.

Al-Assad a réaffirmé faire du rétablissement de la sécurité «la priorité absolue» et promis de frapper les «terroristes» d'une main de fer.

La répression a fait, selon l'Onu, plus de 5.000 morts. Mais le président syrien a affirmé qu'«aucun ordre n'a été donné de la part d'aucune autorité pour ouvrir le feu» sur des manifestants.

«Je gouverne avec la volonté du peuple et si je renonce au pouvoir ce sera aussi avec la volonté du peuple», a ajouté Al-Assad qui a succédé à son père en 2000, alors que de nombreux pays appellent à son départ.

Il a ajouté qu'un référendum sur une nouvelle Constitution, annoncé à l'automne par les autorités, aurait lieu «la première semaine de mars».

Al-Assad a également évoqué «l'idée d'un élargissement du gouvernement qui accueillera toutes les forces politiques». Mais, a-t-il précisé, «nous ne voulons pas d'opposants qui reçoivent des (ordres) de l'étranger, qui nous font du chantage».

A Istanbul, le Conseil national syrien (CNS), regroupant la majorité de l'opposition, a affirmé avoir vu dans ce discours «de l'incitation à la violence, à la guerre civile, des propos sur la division confessionnelle que le régime a lui-même fomentée et encouragée», selon Bassma Qodmani, membre du CNS.

«Un tel discours est (...) une indication que nous allons vers un comportement encore plus criminel et plus irresponsable du régime», a-t-elle affirmé.

La porte-parole du département d'Etat, Victoria Nuland, a affirmé que Al-Assad «semble nier énergiquement toute responsabilité (...) quant au rôle de ses propres forces».

«Au fil de son discours, Al-Assad a réussi à pointer du doigt un complot étranger si vaste (...) qu'il inclut désormais la Ligue arabe, la majorité de l'opposition syrienne et toute la communauté internationale», a-t-elle ajouté. Sur le terrain, deux observateurs koweïtiens de la Ligue arabe ont été légèrement blessés lundi près de Lattaquié, sur la côte, selon le Koweït.

«La Ligue arabe dénonce les actions irresponsables et les actes de violence contre ses observateurs», a réagi le chef de l'organisation panarabe Nabil al-Arabi, ajoutant qu'il tenait «le gouvernement syrien pour pleinement responsable de la protection» de la mission.

Ces violences interviennent en pleine controverse sur les observateurs, en Syrie depuis le 26 décembre, vivement critiqués par l'opposition pour leur inefficacité à faire cesser les violences, avec 400 morts recensés par l'Onu depuis leur arrivée.

Recevant le chef des observateurs, le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Mouallem a affirmé que Damas continuerait à assurer leur protection et empêcherait toute action entravant leur tâche.

Le ministre tunisien des Affaires étrangères Rafik Abdessalem a estimé que «l'attaque de Lattaquié soulève des doutes quant à la poursuite de la mission» tandis que son homologue français Alain Juppé a condamné ces attaques et demandé au régime d'assurer la protection de la mission arabe.

En dépit des critiques grandissantes, le ministère russe des Affaires étrangères a assuré que «leur déploiement (...) a, déjà, eu un effet stabilisateur sur la situation et aide à obtenir une image réaliste et objective de ce qui se passe en Syrie».

Le représentant permanent de l'Allemagne auprès de l'Onu, Peter Wittig a estimé que l'hostilité de Moscou à une résolution condamnant Damas n'était «pas satisfaisante», appelant à des «négociations sérieuses».

Mardi, 10 civils ont été tués et 40 blessés par les forces de sécurité qui ont tiré sur une manifestation à Deir Ezzor (est), a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Par ailleurs, deux civils ont été tués à Homs (centre), bastion de la contestation contre le régime, selon l'OSDH.
Copyright Groupe le Matin © 2026