Société

Médicaments : Pas de souveraineté sans une production locale forte

Le Maroc dispose de tous les atouts nécessaires pour se positionner comme le hub africain dans le secteur de l’industrie pharmaceutique. Aujourd’hui, il est question de réussir la souveraineté sanitaire du pays pour assurer un approvisionnement continu en produits médicaux essentiels. Un objectif qui ne peut être atteint sans le développement de la fabrication locale des produits pharmaceutiques. C’est ce qu’ont affirmé les experts du secteur dans une rencontre organisée, mercredi dernier, par la CGEM et la FMIIP.

Les experts de l'industrie pharmaceutique assurent que le Maroc doit œuvrer pour assurer une autonomie pharmaceutique.

27 Janvier 2022 À 16:34

Quelle voie devrait emprunter l’industrie pharmaceutique pour développer davantage le secteur à l’échelle nationale et continentale ? C’est la question à laquelle ont tenté de répondre les participants à la première conférence de la série de «Rencontres du Livre blanc» organisées par la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), qui s’est tenue mercredi dernier à Casablanca. Hassan Belkhayat, administrateur de la CGEM, a souligné au début de cette rencontre, organisée en partenariat avec la Fédération de l'industrie et de l'innovation pharmaceutiques (FMIIP), que l’industrie pharmaceutique est un secteur très important qui doit absolument faire face aux obstacles qu’il rencontre pour arriver à faire du Royaume un hub africain. «L’industrie pharmaceutique représente 5% du PIB industriel du Maroc et 1,5% du PIB national. Ce secteur joue également un rôle très critique, c’est pourquoi il a été mis en avant dans le nouveau modèle de développement. Toutefois, il connaît quelques difficultés. On constate que la part de consommation des produits pharmaceutiques fabriqués au Maroc ne cesse de baisser. Une tendance qui s’est accentuée durant cette crise sanitaire, notamment à cause des vaccins», a-t-il affirmé.

Dans ce sens, Hakima Himmich, membre de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD) et présidente fondatrice de l’Association de lutte contre le Sida (ALCS), a indiqué que la pandémie de la Covid-19 a montré que le Royaume doit œuvrer pour garantir une indépendance thérapeutique et sa sécurité sanitaire. Et ce en disposant de laboratoires nationaux compétitifs et d’une industrie pharmaceutique forte. «Le Maroc doit impérativement mettre l'industrie pharmaceutique au cœur de ses préoccupations et la protéger. Il est important que le secteur reste compétitif pour pouvoir élargir la couverture nationale en la matière, assurer la sécurité sanitaire, garantir l'exportation de la production et promouvoir la production de médicaments innovants et la recherche-développement», a-t-elle insisté.

10% seulement de la production en médicaments sont exportés

Pour sa part, Mia Lahlou Filali, vice-présidente de la FMIIP et directrice générale de «Pharma 5», a souligné que le Maroc a tous les atouts nécessaires pour se positionner comme le hub africain agile et unique aux portes de l'Occident. Elle a également noté que l'export, qui représente un potentiel illimité, doit être exploité particulièrement sur le plan socio-économique par la création d'emplois. Filali a, en outre, rappelé que le pays n'exporte aujourd’hui que 10% de sa production en médicaments, ce qui est très largement en dessous de son potentiel.r>Par ailleurs, Hakima Himmich a mis en avant les recommandations du nouveau modèle de développement pour aider l'industrie pharmaceutique à se développer. «Nous disposons d’une industrie pharmaceutique des plus performantes en Afrique. Cependant, la fabrication locale a baissé ces dernières années. Elle est passée de 80 à 50%. Il faut être capable de produire localement des médicaments, des tests, des équipements et d'autres dispositifs et consommables médicaux critiques, y compris des vaccins à court terme, et d'encourager les investissements productifs et la Recherche & Développement. Il faut aussi accompagner la montée en valeur des chaînes de production locale, notamment sur les nouveaux produits qui pèsent sur la balance commerciale et sur le coût de la santé», a relevé ce membre du CSMD. Cette dernière a également insisté sur la nécessité d'une régulation plus transparente de l'octroi des autorisations de mise sur le marché (AMM). «Cela permettra de favoriser une concurrence loyale entre les opérateurs et d'inciter au développement d'une industrie pharmaceutique compétitive, et de donner la priorité aux génériques fabriqués au Maroc dans les appels d'offres publics», a ajouté Himmich.

Doubler le chiffre d'affaires du secteur en 2025-2026

De son côté, Lamia Tazi, vice-présidente de la FMIIP et présidente de Sothema, a assuré que les recommandations du nouveau modèle de développement sont alignées avec la vision de la Fédération et les batailles qu’elle mène depuis des années. «Nous sommes dans l’obligation d’œuvrer pour assurer une autonomie pharmaceutique. Durant la pandémie Covid-19, le Maroc s’en est bien sorti, puisque nous n’avons connu aucune rupture de stock. L’industrie pharmaceutique a été agile et a pu importer tous les besoins en matières premières. Nous avons également participé à des tests et des recherches cliniques et nous avons réussi à innover notamment en fabriquant des tests, mais aussi des vaccins», a-t-elle affirmé. Et de poursuivre : «En ligne avec les directives du NMD, nous avons de très grandes ambitions. Nous voulons notamment doubler notre chiffre d’affaires à l’horizon 2026. Cela apportera également beaucoup d’emplois».r>Ce débat, organisé sur le thème «Industrie pharmaceutique : plus de valeur ajoutée pour une souveraineté sanitaire nationale et continentale», a été l’occasion pour Mohamed Bouhmadi, président de la FMIIP, de dévoiler la nouvelle vision de la Fédération. «La FMIIP compte trois principaux chantiers définis dans le nouveau modèle de développement : Réussir la souveraineté sanitaire pour assurer un approvisionnement continu en produits médicaux essentiels, généraliser la couverture maladie universelle (CMU), et faire du “Made in Morocco” un marqueur de qualité, de compétitivité et de durabilité. Nous pensons que nous avons beaucoup de potentiel pour pouvoir arriver à un niveau très élevé, au moins doublé notre chiffre d'affaires à l'horizon de 2025-2026. Nous souhaitons passer de 16 milliards de DH à 35 en 2026», a-t-il souligné.

 

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