Société

Accord ministère de la Santé/syndicats : les médecins satisfaits, les infirmiers menacent de reprendre les protestations

L'accord signé jeudi entre le ministère de la Santé et sept syndicats représentant le secteur ne fait pas que des heureux. Si les médecins, pharmaciens et dentistes du secteur public expriment une satisfaction relative, les infirmiers et techniciens de santé, eux, et à travers leur syndicat indépendant qui se déclare le plus représentatif de ce corps de profession, se disent lésés. C'est pourquoi ils ont immédiatement saisi le Chef du gouvernement pour une réouverture du dialogue, faute de quoi leurs mouvements de protestation reprendront leur cours.

25 Février 2022 À 16:02

r>Jeudi 24 février, un accord a été signé entre le gouvernement, représenté par le ministre de la Santé et de la protection sociale, Khalid Aït Taleb, et le ministre délégué chargé du Budget, Fouzi Lakjaâ, et sept syndicats représentant le secteur (six affiliés aux centrales syndicales, en plus du syndicat indépendant des médecins du secteur public). Une signature qui a eu lieu lors d'une cérémonie présidée par le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, pour dire toute l'importance de cet accord. Pour autant, cet accord ne satisfait pas tout le monde. La fraction des infirmiers et techniciens de santé, que représente le Syndicat indépendant des infirmiers, ne trouve dans cet accord rien de bon qui puisse satisfaire ses revendications.

Pour les médecins, dentistes et pharmaciens du secteur public, c'est la consécration de leur statut de «docteur» qui importe le plus

Pour les médecins, dentistes et pharmaciens du secteur public, cet accord apporte une modification de la grille indiciaire qui leur est appliquée. Celle-ci passera à partir du 1er janvier 2023 de l'indice 336 (qui équivaut à un master) à l'indice 509 (qui équivaut à un doctorat) avec toutes ses indemnités. Pour ces trois corps, qui comptent tout au plus quelque 10.000 professionnels, cela représente une augmentation moyenne de 3.500 dirhams par rapport aux salaires actuels, qui sont au départ de l'ordre de 8.000 à 9.000 dirhams. Une augmentation bienvenue, mais qui reste relativement faible par rapport à ce qu'un médecin peut percevoir dans le secteur privé ou s'il part faire carrière à l'étranger. Pour El Alaoui Montadar, secrétaire général du Syndicat indépendant des médecins du secteur public (SIMSP), «c'est surtout la consécration du statut de docteur pour ces trois catégories qui compte le plus». «Il n'est pas normal que 8 années d'études après le baccalauréat soient considérées comme un master», dit-il dans une déclaration au «Matin». Pour lui, «cette consécration du statut de docteur avec cette revalorisation salariale est de nature à inciter les jeunes médecins à se tourner vers le secteur public et ainsi contribuer à la réussite du grand Chantier Royal de la généralisation de la protection sociale».

«En termes de ressources humaines, le secteur de la santé est confronté à une déperdition importante, ce qui rend impossible la couverture des besoins de la population marocaine en cadres de santé. Les étudiants en médecine ont tendance à apprendre une langue étrangère en complément de leurs cursus médicaux depuis quelque temps déjà, dans le but de mener une carrière à l'étranger une fois diplômés. Ils ne sont même pas intéressés par les concours organisés par le ministère de la Santé et ne se présentent qu'en petit nombre, ce qui est extrêmement préoccupant», souligne M. Alaoui.

Cet accord est donc, de l'avis du SG du SIMSP, une traduction rapide dans les faits des engagements du gouvernement Akhannouch envers le secteur de la santé, qui au cours des dernières années a été piloté par plusieurs ministres, dont certains ont été démis de leurs fonctions, en raison notamment de la situation critique dans laquelle il se débat.

Infirmiers et techniciens de santé : des laissés-pour-compte ?

Face à la satisfaction relative des médecins à l'égard de cet accord, les infirmiers et techniciens affichent leur mécontentement, du moins ceux qui sont affiliés au Syndicat indépendant des infirmiers et des techniciens de santé (SIITS). Et si on considère les réactions que nous avons pu recueillir auprès d'autres personnes de cette même catégorie professionnelle, affiliées à des syndicats dépendant des centrales (UMT, UGTM, CDT, UNTM, FDT et ODT), le constat est le même : mécontentement ! D'ailleurs, on entend déjà parler de départs collectifs de ces syndicats pour protester contre la «complicité» de leurs secrétaires généraux qui sont en place depuis bien longtemps (15 ans pour certains) et qui ont signé cet accord sans revenir vers leurs bases.

Pour comprendre les raisons de ce mécontentement, «Le Matin» a contacté le secrétaire général du SIITS, Mustapha Jaa. «Au mois de décembre dernier, il y a eu deux rounds de dialogue social. Le 21 février (la veille de la réunion qui a abouti à cet accord), nous avons été contactés pour assister à une réunion avec le ministre de la Santé et le ministre délégué chargé du Budget, afin de discuter de la revendication concernant les infirmiers licenciés de l'État de 2e grade (titulaires d'un diplôme de 1er cycle remis par les Instituts de formation aux carrières de santé). Cependant, une fois sur place, nous avons été surpris de voir qu'il y avait un ordre du jour avec les points figurant dans l’accord», nous explique M. Jaa. Et de poursuivre : «Nous avons alors refusé de signer le procès de cette réunion, car les revendications des infirmiers et techniciens de santé, concernant principalement les indemnités pour risques professionnels et l'application du décret n° 2-17-535 de 2017, n'ont tout simplement pas été satisfaites». «Le communiqué du département du Chef du gouvernement parle de permettre aux infirmiers de bénéficier d'un avancement de grade. Est-ce que vous savez combien de personnes sont concernées par cette mesure ? 17 !» dit M. Jaa. «Quant à l'avancement en échelon, il se fait en fonction de l'ancienneté et nul besoin donc de signer un accord dans ce sens, d'autant qu'il y a déjà le décret n°2-17-535», nous explique encore le SG du SIITS. «En ce qui concerne la principale demande relative aux indemnités pour risques professionnels, elle est restée sans réponse. Partout dans le monde, la logique qui prévaut est la suivante : “même risque, même indemnité”. Et même au Maroc, cette logique est de mise dans plusieurs secteurs.

Prenons l'exemple de la police, un gardien de la paix et un préfet ont droit à la même indemnité pour risque professionnel. Il en est de même pour le corps de la Protection civile. Cependant, dans le secteur de la santé, les dispositions relatives à cette indemnité ne sont pas du tout équitables. Les infirmiers et les techniciens de santé, qui sont les plus exposés aux risques, reçoivent une indemnité mensuelle pour risques professionnels égale à 1.400 dirhams bruts, alors qu'elle débute pour les médecins à 2.400 et peut même atteindre 5.900 dirhams bruts», détaille le syndicaliste. «Le comble dans tout cela, c'est qu'il est désormais question d'aligner l'indemnité du personnel administratif, qui n'est pas aussi concerné par les risques professionnels, sur celle des infirmiers et des techniciens de santé», ajoute-t-il. Et de conclure : «voilà pourquoi nous avons demandé d'urgence au Chef du gouvernement d'intervenir, sinon nos protestations reprendront, même si nous ne sommes pas adeptes de cette démarche et que nous avons toujours fait preuve d'une ouverture au dialogue.

En effet, nous avons été le premier syndicat à rencontrer le ministre dans le cadre du dialogue social». Voilà donc ce qui explique le mécontentement des infirmiers et techniciens de santé. Dans un communiqué publié tout récemment, le SIITS a annoncé une grève nationale de 72 heures, à compter du 2 mars, dans tous les services hospitaliers et centres de santé, à l'exception des services d'urgence, de soins intensifs et de réanimation, pour protester contre cet accord conclu entre le ministère et les autres syndicats.

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