Économie

La tomate toujours plus chère : les explications des producteurs-exportateurs

Rareté des ressources en eau, envolée des cours des intrants agricoles, vague de froid, multiplication des intermédiaires, augmentation de la demande étrangère… La tomate a toutes les raisons de se faire chère. Le gouvernement assure le consommateur de quantités suffisantes pour l’approvisionnement du marché à la veille du Ramadan, mais le prix poursuit sa montée en flèche. Dans le Souss, l’un des plus grands bassins de production du pays, le prix sur le marché de gros varie entre 5 et 7 dirhams le kilo. Les explications de la FIFEL.

Le Maroc produit en moyenne annuelle 3 millions de tonnes de tomates, dont près de 400.000 tonnes sont destinées au marché local.

16 Mars 2022 À 15:18

On ne parle que d'elle à la veille du Ramadan ! La tomate ne rougit pas et laisse ses prix s'envoler. Ces derniers connaissent actuellement des hausses jugées exceptionnelles. Selon le président de la Fédération interprofessionnelle marocaine de la production et de l’exportation de fruits et légumes (FIFEL), Lahoucine Aderdour, ce fruit se négocie aujourd’hui entre 5 et 7 dirhams le kilogramme sur les marchés de gros. Sur les étales, le consommateur l’achète entre 10 et 12 dirhams le kilo.r>Pour le président de la FIFEL, la hausse constatée cette année est exceptionnelle eu égard à plusieurs facteurs. D’abord, la rareté des ressources en eau qui a compromis une partie de la production. «Il faut savoir que certains producteurs ont atteint des forages allant jusqu’à 400 mètres de profondeur pour chercher de l’eau et sauver leurs cultures. Mais en vain. Résultats, des récoltes sont parties en fumée faute d’eau, et ce en pleine campagne», détaille-t-il. Cette problématique liée à l’eau d’irrigation est durement vécue par les petits et moyens producteurs qui assurent normalement l’approvisionnement du marché national.

Ensuite, poursuit Aderdour, une grande partie des producteurs exportateurs s’est engagée cette année exclusivement dans la production de la tomate cerise et autres variétés similaires dans le cadre de leurs engagements à l’export. Or, le marché national est fortement demandeur de la tomate ronde. Le fait est que lorsque ces producteurs cultivaient la tomate ronde destinée à l’export, ils en réservaient une partie au marché national, soit 10%. Ce qui n’est pas le cas cette année. À cela s’ajoute l’alourdissement des coûts de production suite à l’envolée des cours des intrants notamment les engrais. «Certains intrants qui coûtaient 5 dirhams le kilo avant la crise culminent à 20 dirhams aujourd’hui. Lorsque l'on sait que les cultures de tomates consomment quotidiennement des engrais pour une question de qualité du produit, je vous laisse imaginer le surcoût», enchaîne le patron de la FIFEL. Cette situation a même poussé des fournisseurs d'intrants à mettre un terme aux facilités de paiement, jusqu'alors accordées aux producteurs. «L’agriculteur est ainsi dans l’obligation de payer cash sa livraison. Le fournisseur ne supportant plus les arriérés cumulés suite à ces facilités», relève Aderdour. Enfin, un autre facteur derrière la montée des prix de la tomate, la vague de froid qui retarde le mûrissement des cultures, actuellement dans les champs.

Le comportement de la demande à l'étude

Rappelons qu’à l’issue du dernier Conseil de gouvernement, le porte-parole, Mustapha Baitas, avait tenté de rassurer les consommateurs, affirmant que la production de tomates au Maroc est largement suffisante et que la filière ne connaît aucun problème de disponibilité. Baitas précisait, par ailleurs, qu’au cours de cette période de l’année marquée par une baisse des températures, les agriculteurs recourent à la production sous serre dans la région de Chtouka. Le programme tracé dans ce sens par le département de l’Agriculture a été appliqué dans son intégralité et la superficie emblavée respectée, avait ajouté le ministre. De même, il avait affirmé que la hausse des prix de la tomate s’explique par l’augmentation exponentielle de la demande étrangère et que ces derniers baisseraient dans «les deux jours».r>Pour le patron de la FIFEL, une détente sur les prix pourrait être observée dans les jours qui viennent suite au retour d’un climat plus doux. En tout cas, assure-t-il, c’est la demande qui définira les prix pendant le mois sacré du Ramadan. «Le gouvernement étudie actuellement le comportement de la demande. S'il constate que celle-ci est plus importante, des mesures pourraient ainsi être prises pour réguler le marché en agissant sur les exportations», annonce le patron de la FIFEL. Pour l'heure, aucune décision de réduction des expéditions à l'étranger n'a été prise, nous assure-t-il.r>Pour rappel, le Maroc produit en moyenne annuelle 3 millions de tonnes de tomates, dont près de 400.000 tonnes sont destinées au marché local. Les principales régions de production sont le Souss, El Oualidia, El Jadida et Casablanca pour les primeurs et la culture d’arrière-saison. La plupart des serres sont situées sur le littoral.

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