Débat sur le cinéma africain au Festival de Khouribga
Le cinéma africain a quelque peu évolué mais il a encore beaucoup de chemin à faire pour être véritablement représentatif du continent, ont souligné des cinéastes africains en marge du Festival du cinéma africain de Khouribga, qui se tient du 14 au 21
MAP
20 Juillet 2002
À 19:16
Abdellatif Ben Ammar (cinéaste tunisien) a fait savoir que «Le rêve cinématographique africain n'a pu prendre forme qu'à travers les manifestations et les rencontres organisées un peu partout en Afrique, au nord et au sud. Ce cinéma n'a pu exister que de manière timide. Une certaine vision et des sujets ont été imposés à ce cinéma par ses bailleurs de fonds du Nord, ce qui l'a discrédité au regard du public africain. Aujourd'hui, les choses se sont un peu améliorées, mais il n'en demeure pas moins que pour promouvoir cette industrie, il faut penser à développer la coopération interafricaine en matière de cinéma».
Quant à Yves Badara Diagne (cinéaste sénégalais) «le cinéma africain à de quoi être fier. En Occident, on a épuisé tous les thèmes, tandis qu'en Afrique, on a encore énormément de choses qui ne sont pas encore explorées. Il faut œuvrer pour que ce cinéma émergé et occupé la place qui est la sienne, d'autant plus qu'il est largement méritoire».
Pour Ghouti Bendeddouche (cinéaste algérien) «Le problème dont souffre le cinéma africain est un problème de financement. Pour pallier cet handicap qui fait trébucher le 7e art africain, au moment où la mondialisation est en train de prendre le dessus, il y va de l'intérêt des cinéastes africains de s'unir pour pouvoir s'affirmer et espérer développer l'industrie cinématographique du Continent».
Quant à Abdoulay Ascoufare (cinéaste malien) «le cinéma africain est un cinéma jeune, il est en train de s'améliorer tous les jours. Ce qui est intéressant, c'est de pouvoir s'exprimer. Aujourd'hui, nous sommes tous des citoyens libres dans des nations libres et nous avons quelque chose à donner à nos semblables».
Pour Tahar Chriaa (figure emblématique du cinéma tunisien) «le cinéma dit africain est très divers et multiple à l'image des langues africaines. Ce cinéma est pénétré par tous les vents, par toutes les influences. Il est exactement comme les autres cinémas, à cette différence mentale près qu'il est africain, c'est-à-dire qu'il est exactement comme le continent africain... Par rapport au reste du monde, en ce sens qu'il n'existe que par volonté, que par bonne grâce ou par accident voire par des rencontres... Bref il n'est présent qu'à des moments précis».
La cérémonie de clôture de la 8e édition du Festival du cinéma africain de Khouribga aura lieuce soir. 17 longs métrages sont en compétition pour le grand prix du festival et pour glaner d'autres récompenses dont le prix de la réalisation, de la première œuvre, du scénario, du premier rôle féminin, du premier rôle masculin et le prix de la cinéphile marocaine «Don Quichotte» attribué par la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc.
«L'Afrance», «Les portes fermées» et «Adan Gaman»
Le public khouribgui avait rendez-vous vendredi avec trois longs métrages : «L'Afrance», du réalisateur sénégalais Alain Gomis, «Les portes fermées», de l'Egyptien Atef Hetata et «Adan Gaman», de l'Ivoirien Roger Gnoan M'bala, projetés dans le cadre de la compétition officielle du Festival du cinéma africain (FCAK), qui se tient du 14 au 21 juillet.
«L'Afrance» (96mn), écrit et réalisé en 2001 par Alain Gomis et interprété par Djolof Mbengue, Delphine Zingg et Samir Guesmi, est l'histoire d'un jeune étudiant sénégalais à Paris. Il se sent tiraillé entre des forces contraires. Il hésite entre sa volonté de rentrer travailler dans et pour son pays et celle de rester là où il se sent bien. El Hadj est tourmenté par ses convictions autant que par ses désirs non assumés. Le souvenir de l'homme qu'il était, l'image de ce qu'il espérait incarner et le constat de l'homme qu'il se sent devenir transforment sa vie en enfer...
«Les portes fermées» (1h 50 mn), de Atef Hetata, avec pour interprètes Ahmed Azmi, Sawsan Badr et Mahmoud Hemeida, est un film réalisé en 1999, dont la trame se déroule autour d'un jeune lycéen. Abandonné par son père, il est élevé par sa mère qui se voit contrainte de travailler dur, comme employée de maison, pour subvenir à ses besoins. Elle demande au maître de son fils de lui trouver un travail. Le jeune garçon, qui se laisse influencer par un groupe d'intégristes, découvre une liaison amoureuse secrète entre sa mère et son maître. Il épie les deux amants et finit par les tuer...
Le troisième long-métrage de la soirée «Adan Gaman», co-écrit et réalisé en 90 mn par Roger Gnoan M'bala, avec pour interprètes Rasmane Ouerdraogo et Albertine N'guessan, raconte l'histoire d'un chef de village qui insiste pour que son fils Ossei épouse la fille d'une famille nantie, alors qu'il en aime une autre. Ossei, qui n'en peut plus, décide de fuir. Dans la nuit, le village d'Ossei est incendié et pillé. Les villageois sont tués ou mis en prison par des Amazones sous les ordres d'un tyran. De retour au village, Ossei découvre les corps de son père et de ses amis et apprend que sa mère a été emprisonnée. Il décide de la retrouver mais se fait à son tour capturer. Il rejoint les autres détenus parqués comme de vulgaires bestiaux prêts à être vendus..
Il est à signaler que 14 films ont été présentés au jury parmi 17 longs métrages, représentant 15 pays africains, qui sont en compétition pour le grand prix du festival (70 000 dh), et pour glaner d'autres récompenses dont les prix de la réalisation, de la première œuvre, du scénario, du premier rôle féminin, du premier rôle masculin et le prix de la cinéphile marocaine «Don Quichote» attribué par la Fédération nationale des ciné-clubs du Maroc.