Fête du Trône 2006

Elections législatives: nouvelles tendances politiques

Les controverses et les positionnements sur les modes de scrutin avaient déjà donné le ton des perceptions des partis sur l'avenir à partir d'évaluations stratégiques plus virtuelles que réelles.
>Les leçons de la connaissance comparative ont fait le re

10 Juillet 2002 À 20:48

Voilà que la décision du Conseil constitutionnel sur la nécessité d'amender certaines dispositions de la loi organique relative à la Chambre des représentants, jugées inconstitutionnelles, en a soulevé d'autres. La question des «SAP» forme dans la collecte d'indices le premier élément significatif de l'évolution.
D'autres vibrations traversent le champ politique d'une manière parfaitement audible pour les considérer comme indicateurs de tendance à leur tour : la position de M. Osman, leader du RNI, et les réactions de l'USFP, d'une part ainsi que la rencontre au sommet entre le MNP et le MP et également les réactions sur la base du «communiqué» et déductions libres issus des partis notamment de l'USFP.
On peut y ajouter des considérations logiques rendues incontournables par les indicateurs évoqués quand à la signification pertinente qui les accompagne en tant que prévision de la bataille électorale et du lendemain des élections pour la formation éventuelle de la coalition pour gérer les affaires gouvernementales.
La question des «Sans appartenance politique» a été perçue d'un point de vue strictement politique eu égard à une perception d'un passé jugé néfaste. Le point de vue du Conseil constitutionnel est strictement juridique dans le sens où la norme constitutionnelle imposait la liberté de l'éligibilité et du vote. Il aurait été peut-être plus juste de parler de «Sans étiquette partisane» (SEP) car la liberté individuelle ne contredit en rien que la personne ait des convictions politiques.
Que l'on songe à «amender» en recourant à des conditions draconiennes (le terme en arabe est plus expressif «taajizya»), que l'on n'a jamais pensé imposer aux partis eux-mêmes, semble relever d'un «cache-cache» malveillant. Il est surtout trop tôt pour discuter ce sujet avant que le vote parlementaire ne soit effectif et que le Conseil constitutionnel n'ait encore une fois émis sa sentence.
En quoi cet indicateur «SEP» (ou SAP) peut être annonciateur de mouvements tectoniques et surtout comment en juguler les tendances néfastes possibles ?
En tout objectivité, la question de la «crise des partis» a été surtout vue comme une carence manifeste de non-adhésion des masses pour des raisons d'effritement du champ politique d'ordre historique, social, etc. L'état des lieux est connu, tourné dans tous les sens : les partis n'attirent pas les foules qui sont durement désaffectées mais non dépolitisées. Le hiatus meurtrier se trouve dans la disposition constitutionnelle qui leur attribue le rôle d'encadrement des citoyens (monopole ?) et la triste réalité de la désaffection. En attendant, que faire ? Soit attendre que les partis trouvent la potion magique d'une mobilisation maximale et se contentent in fine de la fabrication des élites par des appareils souvent sclérosés ou en situation de somnolence, ou régis en «fonds de commerce», ou encore, en «siba» continue ou enfin en éternel «arrivage» selon des structures novices «prometteuses» qui, tout de go, associent acte de naissance et ambition de représentation aux instances publiques. L'efficacité optimale n'est pas toujours au rendez-vous.
- Soit d'accorder aux partis ce rôle d'encadrement certes mais sachant bien qu'il y a en toute chose nécessité historique graduelle vers l'»optimalité» et ouvrir ainsi le champ politique à d'autres possibilité : des associations «de la société civile» peuvent non pas présenter mais «cautionner» leurs candidats, des syndicats aussi peuvent agir de la sorte et enfin des individualités s'annoncent sur la base d'une «auto-définition» libre. L'on sait que la finalité d'une association ou d'un syndicat n'est pas politique. Ce dont je parle est que les candidats se présentent avec «caution» au vu d'un activisme civique.
Il existe cependant des moyens juridiques moins contraignants que les «500 signatures» envisagées si l'on se donne bien la peine de poser la question : à quel niveau le «Sans étiquette partisane» peut-il poser réellement un problème institutionnel ou autre ?
D'abord, l'appréhension touche le profil du candidat libre en tant que tel qui comporterait des risques faute d'être «contrôlé» préalablement par un parti ayant pignon sur rue. Ceci, en tant que préalable, «dédouane» sans discussion tous les partis comme si la garantie du choix des candidatures par les partis était d'une transparence, d'une objectivé… telles que c'est la nome de représentativité maximale par excellence. On objectera que bien des personnes, en l'état actuel du champ social marocain, ont plus de crédibilité sans appartenance partisane. Comment en priver une population qui peut y voir son représentant ?
Il y a des mécanismes juridiques pour s'assurer de l'honorabilité (critère exigé dans beaucoup d'instances publiques : fonction publique; ordre professionnel, etc.) et il appartient aux organismes de contrôle des candidatures (et aux partis) de l'exiger.
Un autre critère est tout à fait crédible et vérifiable : la déclaration préalable du patrimoine et l'attestation de régularisation fiscale (s'acquitter de l'impôt est un test de cette «égalité devant les charges publiques» que beaucoup tentent d'éviter notamment en arrivant aux sommets politiques).
Ensuite, le libre candidat est à juste titre craint lorsqu'il arrivera in situ dans l'enceinte parlementaire dans laquelle tout se résume à former la majorité et à identifier la minorité : les «francs-tireurs» sont donc mauvais pour ce schéma. Certes, il y a toutefois un moyen d'éviter cette appréhension d'ordre arithmétique. Il suffit, par les règlements intérieurs, de prévoir l'obligation pour un «ion libre» de s'apparenter - pendant au moins une session ou au maximum un mandat (selon des formalités et délais précis) à un groupe parlementaire de son choix. N'a-t-on pas vu dans notre «expérience parlementaire» des députés, pourtant membre de partis, changer de couleur et «transhumer» ?
Le second indice de la tectonie du champ politique relève des mouvements «tactiques» en cette période préélectorale.
D'un point de vue «affectif», le rapprochement du MNP et du MP a été mal perçu par l'USFP qui l'analyse à l'aune de la coalition actuelle et des calculs du «dernier quart d'heure». Les déclarations de M.A. Osman ont été aussi durement ressenties et le passé composé a été vite remué. On sent que quelque chose de malsain traverse le champ politique alors que l'on croyait que «la rupture épistémologique» a été pourtant accusée avec le consensus de cette alternance sui-generis. J'insiste sur «l'affect» car il y avait dans les indicateurs évoqués l'inaltérable degré de personnalisation des rapports : on y a souvent et plus parlé des leaders que des entités : «gouvernement de Youssoufi», celui de Osman en 1977; rapports de «filiation» Aherdane-Laensar et la présence «sentimentale» (et non politique) du leader El Khatib… La «patrimonialisation» du champ politique est encore de rigueur et c'est un trait à retenir.
D'un point de vue strictement politique, c'est de bon augure et un signe de bonne santé, contrairement à ce que les illusions politiques peuvent dicter comme conviction ferme et «dure à cuire».
Illusion principale : croire que les alliances, les coalitions, les «fraternités», ou les animosités même les plus voraces sont éternelles.
La leçon actuelle à tirer est que chaque parti des sept coalisés actuels du gouvernement fait son «calcul». C'est de bonne guerre et il est difficile d'y mettre de la morale comme le suggère un texte arabophone légèrement vitriolé contre les «mouvements». Explications ? On a d'abord l'indice du désaccord de principe du MNP à propos du scrutin à la proportionnelle bien que le consensus fût «enfin» obtenu, la course à part a déjà été déclarée … de même, les réunions de la Koutla dites de «coordination» ont pris souvent l'annonce d'un front où chacun ne répond de rien au sein de la coalition (sachant bien que l'USFP après le VIe congrès n'est plus - comme la nostalgie - ce qu'il était …). Troisièmement, les rapports PPS et PSD entre alliance et fusion en disent long sur l'incubation du champ. Pourquoi s'en faire comme si la tenue de route doit-être sauvée en apparence - sorte de mariage catholique - jusqu'à la dernière minute du mandat comme si la bataille électorale ne supposait pas préparatifs et alliances renouvelés ?
Une arithmétique nouvelle se prépare pour l'après septembre 2002 et il est tout à fait normal, de surcroît dans un contexte rénové de scrutin, de tracer des tactiques qui conviennent à la réalité que chaque parti perçoit à sa manière. Ce qui reste inaudible, pas encore peut-être, ce sont les plates-formes «stratégiques» et programmes, intéressant la population.
Le MNP, le RNI, réputés «centristes» dans ce gouvernement, ont adopté une démarche dans la ligne du marathon qui s'ouvre. Les peletons ne font que s'annoncer. Le MNP s'ouvre au MP (se trouvant dans l'opposition consensuelle» et dans un bloc «Wifaq» qui vaut ce qu'il vaut à l'heure actuelle).
Il n'y a rien de surprenant mais l'essentiel est de savoir, plus à l'avenir proche, décrypter les alliances qui fondent une vraie «pensée stratégie» électorale. Si le MNP, le MP (et «apparemment» le PJD) se mettent sur la même ligne, cela pourrait donner du tonus à la compétition annoncée. Beaucoup de détails échappent à la configuration. Notre champ politique se recomposera à ce rythme indiciel, a fortiori, s'il s'accélère.
En système multipartisan, les partis vont généralement devoir conclure des alliances pour atteindre la majorité électorale ou, après les élections, la majorité parlementaire. Cette nécessité crée des difficultés, car, dans une démocratie pluraliste, les partis politiquement proches sont aussi dangereux électoralement que les adversaires.
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