Il y a 28 ans, disparaissait Farid Attrach
En 1974, une dépêche de l'AFP, datée de Beyrouth, apprenait au monde entier la disparition d'un géant de la musique et de la chanson arabes, Farid El Attrach.
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LE MATIN
25 Décembre 2002
À 17:33
Le nom de ce dernier a marqué profondément le monde artistique arabe durant plus d'un demi-siècle et jusqu'à nos jours, ses œuvres sont entendues, partout, dans les monde arabe et musulman, et même en Europe et dans les Amériques.
L'histoire de Farid El Attrach, c'est une aventure politique au départ, mais surtout artistique par la suite .
Dans quelles circonstances est apparu Farid El Attrach ?
Il est né en 1917, dans Jbeil Druzze, entre la Syrie et le Liban, là où son père, le Prince Fahd El Attrach, régnait sur une province.
De la résistance à l'immigration
Les troubles qui avaient secoué la région où vivait Farid, du fait de la résistance que menait son père, le Prince Fahd, contre l'occupation étrangère, ont influé sur le cours de la vie de la famille.
Après un séjour en Turquie, avec son père, Farid passait quelques années de sa tendre enfance au Liban.
Devant la détérioration des événements qui secouaient Jbel Druzze, le Prince Fahd El Attrach ordonnait à son épouse, la Princesse Alia, de conduire ses enfants en Egypte, en tant que réfugiés. Ce qui fut fait en 1924.
Là, Farid allait subir les aléas de la vie d'une famille de réfugiés.
Le parcours du combattant
Il commençait à travailler comme coursier, puis comme aide-magasinier pour subvenir aux besoins de sa famille réfugiée et qui comptait, outre sa mère, sa sœur Asmahane et son frère Fouad.
Mais Farid qui avait déjà été «allaité» par le talent de sa mère, virtuose du luth à l'époque, ne manquait pas l'occasion pour aller au conservatoire de musique du Caire.
Là, il s'inscrivait aux cours de luth, dirigés par le célèbre compositeur Ryad Sounbati.
Au bout de quelques mois, ce dernier ne cachait pas son admiration pour Farid El Attrach à qui il confiait : «Ici, dans ce conservatoire, nous n'avons plus rien à t'apprendre.
Tu as des dons exceptionnels».
Farid comprit qu'il devait trouver sa voie ailleurs pour se distinguer .
Et c'est dans le music-hall de Badiaâ Masbani, célèbre à l'époque, que Farid El Attrach allait trouver son tremplin pour une brillante carrière artistique , en 1930.
Sa percée , il la doit à sa première chanson enregistrée aux studios du Caire, «Ya Ritni Tir», une œuvre qui permit au grand public d'auditeurs de découvrir un nouveau talent.
Mais, c'est le cinéma qui ouvrit de nouveaux horizons à Farid et à sa sœur Asmahane dans «Intissar Achabab» (le triomphe de la jeunesse), réalisée en 1940 par Badrakhane.
Le cinéma, c'était également le départ d'un grand amour, celui de Samia Gamal qui a connu la célébrité grâce à Farid , notamment dans les films «Taâla Salem», «Maatoulch Lihad», «Akhir Kedba» et «Habib El Omr», réalisé par Henri Barakat.
Après la rupture avec Samia Gamal, Farid devait trouver d'autres partenaires féminines pour ses films.
Ce furent Nour El Houda, Tahia Keryouka, puis Sabah, Chadia, Meryem Fakhreddine, Majda, Faten Hamama, Leïla Faouzi, Imane , Zoubeida Tarwet et enfin Leïla Taher et Mervet Amine.
Maître de l'opérette
Devant la concurrence des studios égyptiens, et la mainmise des producteurs sur les films égyptiens, Farid El Attrach décida au début des années 50, de créer sa propre maison de production de films portant son nom et dirigée par son frère Fouad.
Devenu indépendant, Farid s'associa à d'autres hommes d'affaires pour lancer une maison d'éditions de disques.
Avec plus de 500 compositions, Farid s'est distingué comme le meilleur luthiste du monde et l'un des maîtres de l'opérette arabe, incomparable jusqu'à nos jours.
Ce qui lui tenait tant à cœur, c'était de faire découvrir la richesse de la musique et de la chanson arabes en Occident.
Il y réussira, lui qui fut le précurseur de l'introduction d'instruments de musique occidentale dans la chanson arabe, à tel point que le célèbre compositeur Frank Pourcel fit les arrangements musicaux de certaines œuvres de Farid El Attrach dont, «Habib El Oumr», «Nejoum Al Leîl» «Ya gamil ya gamil» et «Banadi Alek».
Son fameux «tube» «Ya Zahratane Fi Khayali» fut repris et interprété dans diverses régions de l'ex-URSS.
Après avoir quitté depuis 28 ans ce monde, Farid El Attrach reste l'une des plus célèbres figures de la scène artistique arabe et les diverses chaînes de radio et de T.V. de divers pays du monde continuent à diffuser ses œuvres, comme il était encore vivant.
Et comme l'a écrit un jour un critique tunisien, après la disparition de Farid : «Farid , tu étais Prince, tu as vécu comme Prince, mort où est ta victoire» ?