L'humain au centre de l'action future

«Je t'ai à l'œil» de Maâti Kabbal : Kafka à Khénifra

«Je t'ai à l'œil» est un ensemble de vingt-trois nouvelles du journaliste et écrivain Maâti Kabbal. Celui-ci évoque tantôt la nostalgie du passé tantôt la cruauté de la vie contemporaine. Les souvenirs sont pour lui très chaleureux. Son enfance est marqué

03 Octobre 2002 À 16:24

Dans cet ouvrage, on voyage dans divers lieux et temps. On est tantôt à Khouribga tantôt à Casablanca, Marrakech ou Paris... L'auteur s'identifie à des personnages de caractères différents, affronte des difficultés et réalise des prouesses. Il analyse les comportements et critique la société. La réalité est présentée d'une manière simple mais sur un ton burlesque.
Ces nouvelles évoquent des thèmes bien définis. Elles dénoncent certaines traditions ancrées dans la société marocaine. Quelques croyances ancestrales sévissent encore et empoisonnent les esprits et les cœurs. L'autorité des saints et des fqihs demeure prépondérante. On reconnaît, en lisant cet ouvrage, des noms de célèbres saints au Maroc. L'auteur incrimine les escroqueries des fqihs. Ses histoires sont amusantes, mais débordent en même temps de sens et de critiques.
Maâti Kabbal souligne les tabous. Il évoque entre autres, à la prostitution, l'adultère, la trahison…Il décrit leurs répercussions négatives sur la vie de la personne et de la société en général.
Le thème de l'immigration semble le préoccuper. Il fait ressortir l'amertume des sans papiers, leur déception et leur calvaire au quotidien. Ces jeunes marocains espèrent et aspirent à franchir l'autre cap. Trop émerveillés par l'éclat de l'occident, ils sombrent dans leurs rêveries et ne s'assignent qu'un seul objectif : quitter le Maroc et s'installer sur l'autre rive de la Méditerranée, au paradis. Maâti Kabbal raconte l'histoire de ceux qui sont encore au Maroc. Il décrit, donc, leurs aspirations. Les autres ceux qui ont déjà franchi le cap affrontent l'amertume de la réalité. D'un coup, l'image scintillante de l'Occident prend son éclat et ne devient plus qu'un cauchemar qui les hante jours et nuits : …Les lois en France sont très sévères à l'égard des clandestins. Tu peux toujours travailler au noir, mais si on t'attrape, tu paies le prix fort… L'auteur semble raconter des histoires vraies. Son « je » de narration implique le lecteur. Le style de Maâti Kabbal est on ne peut plus burlesque. Les situations sont décrites si sincèrement qu'on ne peut parfois s'empêcher de sourire ou de rire. En effet, les nouvelles nous réfèrent à la réalité, à des scènes qu'on a déjà vécues, à des phrases qu'on a l'habitude d'entendre au quotidien. Ses descriptions sont exhaustives. Il scrute, détaille et analyse.
Les nouvelles de Maâti Kabbal sont passionnantes non seulement à lire mais à méditer. L'auteur a prouvé qu'en racontant des histoires même simples, on peut mettre l'accent sur des problèmes de taille.

Je t'ai à l'œil de Maati Kabbal
Editions EDDIF
Paris-Méditerranée 120 pages
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