La formation de l'armée ralentie par les difficultés de recrutement
Des difficultés de recrutement de volontaires pour la future armée nationale afghane retardent le lancement de leur formation par la France qui se lance dans cette opération aux côtés des Américains, a-t-on appris de sources militaires à Kaboul.
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Français et Américains ont pris à leur charge la formation de 4 bataillons d'infanterie de cette future armée soit 600 hommes par bataillon. Les Américains ont commencé la formation du premier groupe à la mi-mai.
Les Français qui devaient commencer leur programme le 2 juin ont du le reporter au 8 juin au plus tôt car ils n'avaient, mardi, qu'environ 200 volontaires afghans et une quarantaine d'officiers à former sur les 600 hommes qui doivent composer ce bataillon. «Il y a des retards dans le recrutement et l'acheminement de volontaires», reconnaît le commandant français Yves Gouriou, dans le centre de recrutement américano-français à la périphérie de Kaboul. Ce sont les autorités afghanes qui sont, dans les provinces, chargées du recrutement. Les Américains doivent regrouper les recrues une fois qu'elles se sont portées volontaires et ont été retenues. La France, qui juge «primordiale pour l'actuelle autorité intérimaire ainsi que pour le futur gouvernement afghan, de pouvoir s'appuyer sur une armée régulière, entrainée et disciplinée», a prévu pour sa part 3,5 millions d'euros pour la formation des deux premiers bataillons et se charge en outre du transport des volontaires vers Kaboul. Une soixantaine d'instructeurs français sont à pied d'oeuvre dans le camp de Kaboul, les Américains ayant affecté à cette opération 250 hommes dont une grande partie est chargée de la sécurité du camp et de la logistique. Si les délais prévus ne peuvent être respectés, la répartition des recrues en fonction de leur ethnie semble en revanche bien maîtrisée, chacune des 32 provinces du pays devant fournir pour chaque bataillon 20 volontaires représentatifs de la population locale.
Des volontaires
Ces hommes doivent être tous volontaires et âgés de 18 à 34 ans, ne pas avoir été «compromis avec le régime des talibans» et être en bonne santé.
«Compte tenu de l'histoire du pays, nous pensions récupérer beaucoup de moudjahidine ayant une expérience militaire. Mais ce n'est pas le cas. Il faut tout leur apprendre de la chose militaire», explique le commandant Gouriou.
Le colonel afghan Aminula, qui commande le 2ème bataillon devant être formé par les Français, n'a aucun doute: «Après les dix semaines de formation, nos jeunes soldats seront prêts pour n'importe quelle mission militaire». Plus prudent, l'un des responsables américains du camp, le major Ralph Mills, du corps des Marines, juge qu'»il serait naïf de penser qu'il vont pouvoir remplir toutes les missions» notamment la traque aux talibans qui opèrent encore dans l'est du pays.
«Cet entraînement constitue une base sur laquelle il faudra encore travailler. Nous leur enseignons les tactiques de base d'infanterie, c'est tout», reconnaît-il.
Le travail promet d'être long car le but est de former une armée nationale qui comprendrait entre 30.000 et 50.000 hommes soit entre 50 et 83 bataillons.
Pendant qu'un instructeur français répète aux officiers stagiaires que «les militaires doivent se déplacer armés et en gilets pare-balles», le colonel Dastagir, 41 ans, originaire de Bamyan, n'en doute pas: «La future armée sera assez forte pour vaincre la résistance des chefs locaux et des talibans».