LE MATIN
05 Septembre 2002
À 17:42
L'auteur, néanmoins, tient à souligner dès le départ, que «les noms des lieux ou des personnages historiques évoqués dans ce récit n'ont aucun rapport avec les faits qu'il relate. Ils ne sont utilisés que pour situer le cadre géographique et historique des événements».
Les personnages du roman reflètent ainsi l'évolution du pays, les tares de la société, le statut de la femme et son éternelle soumission à l'homme. Ce dernier thème semble servir de toile de fond au roman. «Est-ce être une femme une damnation ? Ne somme-nous donc nées que pour connaître les affres de la frustration ? Dieu ! Ne suis-je pas d'abord un être humain avant d'être une femme pour me voir ainsi contrainte à faire ce que mon cœur, mon âme et toutes les fibres de mon corps me supplient de ne pas accepter ? Y-a-il un sens à cette raison qui, en m'obligeant à faire ce que je ne veux pas faire, me pousse tout droit à la déraison, à la folie ?…» L'histoire est évidemment toute simple. Elle démarre à Tilouet, fief des Glaouas et se prolonge à Marrakech et Rabat. Les personnages sont mus par une force invisible qui les mène inexorablement vers leurs pertes. Leurs bonnes actions sont rarement payées en retour. «Dans le passé décomposé», les hommes sont les maîtres absolus des destinées des femmes, ces «pauvres oulaya». Ces dernières sont souvent vendues ou données à des hommes âgés, en échange de certains avantages matériels ou d'une situation en faveur du père.
L'analphabétisme aidant, les femmes de cette période en sont réduites à user de charlatanisme et de sorcellerie pour éviter que le mari ne se détourne d'elles et prenne une nouvelle co-épouse. Un cercle vicieux dans lequel leurs propres filles sont plongées, quand bien même elles ont fréquenté, pendant cinq longues années, les bancs de l'école. L'histoire pathétique de la jeune fille donnée en mariage à un vieillard qui a recours au service d'une matrone pour déflorer l'épousée en dit long sur le calvaire de toutes ces femmes sacrifiées sur l'autel de l'honneur et du respect des traditions.