Le projet «Oumnia» pour aider les cancéreux
"Oumnia ", ainsi s'appelait une patiente de l'INO (Institut National d'Oncologie, de Rabat ), décédée il y a quelques années suite à un cancer et c'est ainsi qu'on a choisi d'appeler l'un des principaux projets réalisés par l'AMINO (Association des Amis
LE MATIN
07 Novembre 2002
À 16:42
Inauguré le 17 mai 2002 et construit grâce à l'aide de donateurs, le centre d'accueil Oumnia se veut un relais d'écoute et d'orientation destiné aux cancéreux nécessiteux de l'INO.
Entre 30 et 40 personnes, rongés par la maladie et désemparés devant les frais faramineux des traitements, y affluent quotidiennement déballant leur souffrance et cherchant espoir et vie.
Le centre voit ses capacités parfois dépassées par le nombre des cas à aider mais ses membres, qui gardent toujours le sourire, ne lésinent par sur les moyens pour prendre en charge et sauver de la détresse le maximum de malades.«Est ce que ce médecin est fou pour me prescrire un médicament aussi cher», se demandait naïvement, en versant des torrents de larmes, une jeune fille cancéreuse quand Abdelhak Sahli, membre du bureau de l'AMINO l'a rencontrée, désespérée, dans les couloirs de l'hôpital. Pour cette patiente, il était impensable de payer 5225 DH par séance pour se débarrasser d'une tumeur qui lui déformait carrément le visage. L'AMINO a contacté alors un bienfaiteur qui a accepté d'assumer tous les coûts du traitement. Maintenant, la jeune fille demande à l'association de lui payer le billet de car pour aller passer le moi de Ramadan avec sa famille à Agadir.
A l'INO, 85% des patients ne peuvent pas se prendre en charge. En effet, en plus du traitement qui pourrait aller jusqu'à 60000 DH, il y a les frais du déplacement et du séjour qui alourdissent considérablement les dépenses du cancéreux : "les malades viennent, par exemple, tous les 21 jours pour faire une chimiothérapie. Eh bien je peux vous assurer qu'un aller-retour Dakhla/Rabat n'est pas du tout évident surtout que le malade, souvent affaibli par son cancer, ne peut pas venir seul, il y a toujours un accompagnateur si ce n'est deux ou trois. Il serait idéal de vivre l'expérience avec un malade, l'accueillir à Lkamra et faire un petit bilan de ses dépenses depuis qu'il a quitté son patelin jusqu'à son arrivée à l'INO… c'est incroyable", explique Laïla Laalou Alaoui, chirurgien cancérologue et secrétaire général de l'AMINO. Pour cette femme, on peut assister à des situations désolantes de malades indigents: "c'est malheureux, parfois le chimiothérapeute est là mais le malade ne vient pas à son rendez-vous parce qu'il n'a pas les moyen".
Lorsque le malade se présente au centre d'accueil, il y a l'assistante sociale qui prépare son enquête qui n'est pas toutefois lourde. Il s'agit de quelques questions qu'on pose au patient pour situer sa condition sociale et permettre à l'association de savoir, selon son cas, s'il faut l'aider totalement ou partiellement : "quand un malade a le cancer, son premier souci est de se faire soigner. Quand il a les moyens, il ne vient pas nous voir parce qu'il est pressé par le temps ", continue L.Laalou.
Le financement de l'AMINO est assuré d'une part par les dotations annuelles de certains organismes et d'autre par des bienfaiteurs. Ces aides peuvent aller de quelques dirhams jusqu'à des montants très intéressants et comprennent aussi bien l'argent que les vêtements et les médicaments : "il y a même des familles, dont un membre cancéreux est décédé, qui nous apportent les médicaments qui restent", confirme Fatima Dadsi Boutaleb, présidente de l'AMINO. Toutefois, ces aides restent insuffisantes sachant que sur 35000 à 40000 nouveaux cas de cancer déclarés par an, 5000 viennent se soigner à l'INO : "On n'a pas assez de donateurs. On a besoin de dix fois plus de ce dont on dispose pour satisfaire les demandes d'aide qui sont toujours en recrudescence. Ceci dit avec le peu de moyens qu'on a on arrive à faire des miracles. Notre grand souhait est que le nombre de bienfaiteurs soit aussi important que celui des malades et pourquoi pas avoir pour chaque patient un parrain ", s'exprime A.Sahli.
A l'AMINO, le traitement de chaque malade est considéré comme un projet qu'il faut mener jusqu'au bout et lui donner toutes les chances pour réussir : " quand on reçoit un don de médicaments, on bloque sa totalité pour une personne qui est en plein traitement, car ce n'est pas du tout intéressant de commencer une cure et l'interrompre à mi-chemin", explique L.Laalou.
L'INO, quant à lui, offre certains médicaments gratuitement mais le hic est lorsque la quantité achetée par l'hôpital est consommée alors que le malade a déjà commencé sa cure et pris l'habitude de recevoir son médicament à titre gratuit. Les membres de l'association font alors appel à un donateur pour couvrir les frais des séances qui restent… Avec le cancer il faut être très vigilant : une chimiothérapie qui n'est pas faite à temps et voilà tout le traitement, avec toutes les sommes qu'il a englouties, qui tombe à l'eau.
A côté des difficultés d'ordre financier que rencontrent les malades cancéreux, le centre Oumnia se trouve en face de sérieux problèmes sociaux et psychiques engendrés par la maladie : "on a chaque mois 2 ou 3 femmes délaissées par leurs maris qui, découragés par les lourdes dépenses qu'implique la thérapie, préfèrent fuir et laisser leurs femmes se débrouiller seules.
On a également le cas de journalier qui travaillaient dans les chantiers et que la maladie a handicapés, un chauffeur de camion à qui on a amputé la jambe et qui ne peut plus conduire, une couturière affaiblie par la maladie et qui ne peut plus subvenir aux besoin de sa famille…De même, on est souvent amené à faire avec des problèmes d'ordre psychique comme dans le cas d'une fille qui, se réveillant le matin, trouve sa jambe amputée…", explique F.Dadsi. Pour faire connaître ses actions à un large public, l'AMINO organise, tout au long de l'année, diverses activités (festivités et manifestations de sensibilisation) qui l'aident éventuellement à collecter des fonds. On retient surtout les journées portes ouvertes INO qui ont eu lieu le 12, 13 et 14 décembre 1998, une soirée musicale andalouse à la salle de la Wilaya de Rabat (22 décembre 1999) et une participation aux Premières Rencontres Humanitaires Francophones pour la Lutte contre le Cancer, Montpellier (12 mars 2001).
Cette année, l'AMINO organise, en collaboration avec la fondation Azzahra l'Opération Ramadan. Il s'agit de distribuer le ftour quotidiennement à tous les malades avec aide à l'achat des médicaments.
L'association vise, à travers cette manifestation, à permettre aux patients de vivre dans une ambiance familiale qui leur compenserait l'éloignement de leur proches.
La mission d'Oumnia est certes ardue et souvent entourée d'obstacles mais ici le mot d'ordre est "espoir".