Fête du Trône 2006

New York rend hommage à la musique marocaine

UN CONCERT de musique andalouse à New York, un hommage en bonne et due forme au Maroc et à ses traditions ! Voilà qui nous apporte quelque joie et du baume au cœur par ces temps d'affrontements et de joutes. Voilà aussi que la musique devient le vecteur d

30 Avril 2002 À 20:19

capitale meurtrie le 11 septembre, sauvagement décapitée de ses illustres symboles, se rebiffe désormais à cette volonté diabolique d'engloutissement dans lequel ses ennemis voulaient la jeter. Elle réagit et renoue avec sa vocation de cité mondiale, promotrice des arts et de la culture.
Lundi soir, le Symphony Space de New York avait des allures d'Agora, parée de ses accoutrements cosmopolites. Marcel Khalifa, voix du Liban et de la Palestine avait, la veille, enchanté déjà la salle. Ensuite, ce fut au tour d'Emile Zrihen, talentueux et continuateur des merveilles de la musique andalouse dans la pure tradition marocaine, d'enflammer avec bonheur la salle. Le Maroc était ainsi au cœur de New York la galaxie constellée, que les mélomanes étaient venus visiter et apprécier à travers deux heures de musique, toute son histoire ainsi que son patrimoine juif et arabe. Son image de terre d'accueil et de tolérance flottait au-dessus d'un public mélangé, qui vibrait à l'unisson. «Le Maroc à New York «, ainsi la culture franchit-elle les lignes de démarcation et brise-t-elle non sans allégresse - et le Symphony Space nous en fournit la preuve - les frontières que la bêtise humaine a tendance à dresser entre les peuples et les cultures.
Le groupe qui a exécuté à New York le concert de musique andalouse est représentatif de cette tradition marocaine multiculturelle. Emile Zrihen, Nabil Khalidi, Charlie Edry, Mustapha Ettamri et Sameh Sidhan ! Ils sont musulmans et juifs, mais marocains surtout. Leur nationalité d'origine, ils la portent comme un blason, leur terre natale comme un emblème. Ils ont la même passion pour cet art musical qui nous vient de cette Andalouise des 7ème et 8ème siècles, berceau de la cohabitation et de la tolérance. La musique andalouse, le public new-yorkais l'aura compris, est la synthèse judéo-arabe d'un art plusieurs fois séculaire et dans lequel l'identité marocaine confirme sa pluralité ethnique et confessionnelle.
Quand la foudre diabolique s'est indistinctement abattue sur New York un mardi 11 septembre 2001, quand des milliers d'innocents, de toutes les races, de toutes les origines et de toutes les couleurs se sont effondrées sous les amas et les décombres interminables, le cri de la ville fut étouffé. Comme on a cru assassiner Mozart, on pensa assassiner Manhattan, éteindre à jamais les feux phosphorescents de cette ville si contradictoire et si attirante. C'est naturellement se méprendre sur ses rebonds et ses ressources inouïes et enfouies. Quelques jours après la tragédie du 11 septembre, une cérémonie œcuménique avait réuni à la cathédrale de Rabat représentants de l'Islam, du judaïsme et du christianisme qui,d'un seul tenant, avaient manifesté leur solidarité à l'égard des victimes du terrorisme. Une telle image, irénique, incarne le Maroc immémorial, le havre des cultures et des cultes, le pays où se pétrissent, façonnées par une longue histoire, les solidarités et les espérances.
L'image est évocatrice. Elle a voyagé donc, au-delà des mers et des terres, invariable et irréversible : le Maroc, terre d'accueil et de cohabitation, transporte sa musique au cœur de New York. Et, une fois de plus, cette musique marocaine qu'Arabes et juifs ont pérennisée, raffinée au fil du temps, enrichie parfois non sans souffrir et hissé au panthéon des créativités mondiales, c'est New York qui lui rend hommage, un hommage universel.
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