«Agents secrets» tourné au Maroc
Casablanca attire les films d’espionnages : soixante ans après Michael Curtiz, le réalisateur Frédéric Shoendoerffer y a situé son deuxième film, Agents secrets. Trois semaines en Suisse, quatre en Espagne, deux en France, il a quand même tourné qui
LE MATIN
08 Juillet 2003
À 19:56
Casablanca, ville cinéma ? Depuis le Casablanca de Michael Curtiz en 1942, avec Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, on le savait. Mais on n’imaginait pas une telle emprise de l’ogresse sur les titres de films : un site internet d’informations sur le cinéma (imdb.com), indiqué par le Journal du Dimanche, recense près de vingt-trois titres comprenant le mot Casablanca. Ce qui n’implique pas, d’ailleurs, que tous ces films y aient été tournés. Michael Curtiz, par exemple, se serait contenté de reproduire la ville blanche en studio. Dernière caméra en date aimantée par l’ancienne Dar el-Beida : celle du réalisateur Frédéric Schoendoerffer venu, peu avant les attentats de mai dernier, y tourner pendant quinze jours certaines scènes de son deuxième film, Agents secrets.
« Casablanca. Un grand hôtel du centre-ville. Un taxi se faufile au milieu de la foule des passants et des encombrements et se gare juste devant le bâtiment. Un homme et une femme, vêtue de beige et portant lunettes noires, en descendent et pénètrent dans le hall. Personne ne les remarque. Un couple en vacances… » rapporte Studio. Des touristes ? Non point. Des agents secrets dans le film, des stars à la ville, mariées qui plus est : Monica Bellucci et Vincent Cassel. S’évanouissant aussi discrètement dans les rues de Casablanca que leurs personnages sont censés le faire. Le vrai couple d’acteurs interprète un faux couple d’espions envoyés au Maroc pour faire sauter le navire d’un trafiquant d’armes. L’histoire fait penser à l’affaire du Rainbow Warrior, en 1985, où les faux époux Turenge avaient fait couler un bâteau de Greenpeace avant de se faire arrêter.
Cette affaire n’a pas été, pour Frédéric Shoendoerffer, une source d’inspiration mais d’information. Après Scènes de crimes, son premier film, il voulait explorer « un domaine où il n’y a plus de morale », pas tant les missions elles-mêmes que le quotidien des agents secrets, leur vie de faux-semblants, de magouilles, de doutes et de solitude. « C’est justement ce personnage de femme en plein questionnement qui a séduit Monica Bellucci » confie Studio. Vincent Cassel souligne, pour sa part, les « similitudes entre les deux métiers » d’acteur et d’agent secret, et se dit « touché » par le fait que, quand on est agent secret « on ne peut partager ce qu’on vit avec personne ». Selon lui, la motivation des agants secrets viendrait moins de l’amour de la patrie ou de la religion, que d’un profond « romantisme » : « Pour renouer avec son enfance, quand on rêvait d’être un action man. Mais plus encore pour ne pas mener la vie de tout le monde, pour vivre en marge de tout. »
Rejoints sur ce projet par deux autres grandes figures, André Dussolier et Charles Berling, Monica Bellucci et Vincent Cassel n’avaient pas joué ensemble depuis Irréversible (Gaspar Noé), il y a un an et demi. Agents Secrets devrait être le neuvième film les réunissant à l’écran. « Cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu, en France, un couple d’acteur vivants et travaillant ensemble aussi excitant, affirme Studio. Ce n’est pas tellement qu’ils sont beaux sexy, glamour. C’est aussi qu’ils sont curieux, aventureux, audacieux. C’est surtout qu’ils partagent le même désir de repousser leurs limites, le même plaisir à apprendre et travailler, le même enthousiasme à incarner le cinéma de leur époque ». Studio s’est donc offert le luxe de la première couverture de magazine où ils posent ensemble. Ils sont « chair contre chair, attachés par un fil mince mais solide ». Belle métaphore voulue par le photographe Mondino, pour accompagner deux rencontres exclusives. A Casa-blanca bien-sûr.
Au départ, le tournage n’était pas prévu au Maroc mais en Turquie, à Antalya, révèle le Journal du Dimanche. « Mais la guerre contre l’Irak a contraint le producteur Eric Névé (Dobermann) à se rabattre in extremis sur le Maroc ». C’est pourtant là que l’histoire est censée se passer. Mais la Turquie offrait des facilités : « A Antalya, ville touristique, les scènes de mer et de plongée (en Méditérannée) auraient été beaucoup plus simples à tourner, raconte Eric Névé au Journal du Dimanche. Casablanca, c’est l’océan : c’est froid, ça secoue, la météo change en deux heures. Mais en contrepartie, on a trouvé à Casa un décors plus monumental ; surtout plus authentique, plus réaliste pour le film qu’on avait envie de faire avec Frédéric Shoendoerffer. Le port de Casablanca, avec ses paquebots sans fin, sa mosquée colossale, c’est du Tintin ». Un Tintin côté coulisses, versus 007, et tendrement accompagné, dont les nouvelles aventures devraient arriver sur les écrans au printemps 2004.
Journal du Dimanche, 6 juillet 2003.
Studio Magazine, juillet-août 2003.
Casablanca (2002) de Mike Saenz
Ali Zaoua, prince de la rue (2000) de Nabil Ayouch (titre espagnol : Ali Zaoua, príncipe de Casablanca)
Vergiss Casablanca (1995) de Walter Bednarik
Casablanca revisitada (1992) de José Luis Garci
Casablanca Express (1988) de Sergio Martino
Jane and the Lost City (1987) de Terry Marcel (titre italien : Casablanca parte seconda)
Noche en Casablanca, Una (1987) de Antonio Martí (I)
Casablanca, Casablanca (1985) de Francesco Nuti
Juego sucio en Casablanca (1985) de Jesus Franco
The Only Forgotten Take Of Casablanca (1983) de Charly Weller
Cirkus Casablanca (1981) de Erik Clausen
Himmel, Scheich und Wolkenbruch (1979) de Dieter Böttger (titre allemenand : Traumschiff nach Casablanca)
Passage, The (1979) de J. Lee Thompson (titre italien : Casablanca passage)
Attentato ai tre grandi (1967) de Umberto Lenzi (titre français : Chiens verts du désert ; titre allemand : Fünf gegen Casablanca)
L’Homme de Marrakesh (1966) de Jacques Deray (titre italien : L’Uomo di Casablanca, titre autrichien : Der Große Coup von Casablanca)
Nuestro agente en Casablanca (1966) de Tulio Demicheli
A 077, sfida ai killers (1966) de Antonio Margheriti (titres français : A 077 défie les tueurs ; Bob Fleming... Mission Casablanca)
Casablanca, nid d'espions (1963) de Henri Decoin
Madrid-Casablanca-Canarias (1963) de Luis Suárez de Lezo
Casablanca (1961) de Humberto Solás
Reise nach Marrakesch, Die (1949) de Richard Eichberg (titre italien : Sangue a Casablanca)
Night in Casablanca, A (1946) de Archie Mayo
Casablanca (1942) de Michael Curtiz
(Source : imdb.com)