Même si elle a voulu depuis les débuts être le contraire des hiéroglyphes trop dessinés, l’écriture alphabétique ne reste pas moins une activité jubilatoire de la main qui trace des motifs sur un support blanc. >Les anciens peignaient la parole, e
LE MATIN
28 Juillet 2003
À 17:05
Le retour aux origines de l’écriture plus récente que celles du langage est possible.
En Asie, l’écriture a été inventée pour communiquer avec les divinités, et plus tard elle est devenue instrument du pouvoir et d’administration. Au IVe millénaire avant l’ère chrétienne, les Sumériens en firent le premier usage, et de proche en proche elle déclassa tous les idéogrammes. L’écriture chez tous les peuples anciens était perçue, vu son extrême importance, comme un don divin, et si les spéculations magiques sur les lettres sont connues partout, cela confirme leur essence extra-humaine.
Mais une question se pose à tous ceux qui voudraient la généalogie de l’écriture : «L’homme savait-il lire avant d’écrire ?». La réponse est positive, car l’homme a su lire sur l’argile des marécages de l’Euphrate et sur le sable les traces des variétés des oiseaux et des animaux féroces. L’écriture, donc, c’est la trace des choses du monde : les mots et les choses.
Dans l’écriture chinoise, certains tracés sont des dessins, d’autres des caractères composés, d’où son côté pléthorique.
Ce n’est qu’en 1956 qu’on ramena le nombre des repères de 540 à 187. Mais c’est en Chine que le papier a été découvert un siècle avant l’ère chrétienne, et ce n’est qu’au VIIIème siècle qu’il arrive dans l’espace méditerranéen, avec son corollaire l’encre de chine fabriquée à partir de la suie du bois de pin. Ce sont des prisonniers chinois qui livrèrent aux Arabes leurs secrets de fabrication, gardés jalousement durant des siècles.
L’imprimerie aussi sera le fait du génie chinois; une inscription trouvée par les archéologues dit ceci : “Ce livre fut imprimé par Wang Jie le 11 mai 868 pour être distribué gratuitement à tous, afin de perpétuer avec un profond respect la mémoire de ses parents”.
Mais si l’écriture s’est mécanisée de plus en plus, elle garde pour nous, et pour toujours, le spectacle d’une chose. Qu’on écrive de gauche à droite, ou l’inverse, ou aussi de haut en bas, les scribes ont toujours su concilier le sens et la beauté, comme si celle-ci exaltait celui-là. Devant une stèle sumérienne, une page d’un poème japonais calligraphié ou d’une page du Coran, nous sommes saisis de cette beauté qui se dégage au-delà de la compréhension.
Des peintres modernes ont su, dans cette mouvance abstraite, laisser libre cour à leur imagination et tracer une écriture qui n’est que plasticité.
Hariri et Miloudi, chacun à sa manière, ont actualisé les préoccupations des calligraphes et des peintres comme Michaux.
Ce qu’ils donnent à voir est une écriture agencée non pour signifier mais pour créer un certain effet, une certaine beauté.