Fête du Trône 2006

Débat sur la structure sociale et le changement des valeurs familiales

Le pôle de la famille et de l'enfant de l'Association Bouregreg a organisé, samedi dernier à Salé, une table ronde sous le thème : “ La structure sociale et le changement des valeurs familiales”.
>

20 Janvier 2003 À 20:22

Cinq axes formaient la charpente de cette rencontre : le cadre conceptuel de la famille marocaine et son évolution, l'évolution socio-culturelle de la famille marocaine, la problématique de la politique de la famille, la famille et son rôle dans le développement socio-économique.
Les intervenants ont relevé ainsi les traits saillants des changements qui ont marqué la famille marocaine. Ils étaient unanimes à souligner que les facteurs qui les sous-tendent sont multiples. C'est-à-dire que ces changements sont plurifactoriels et que plusieurs causes en interaction les engendrent.
Le facteur économique est à cet égard déterminant. Des études ont prouvé que la crise que traverse la majorité des familles affecte beaucoup la solidarité familiale, notamment pour ce qui est de l'assistance aux grands-parents et aux personnes âgées.
De même la sortie de la femme au travail et sa participation à l'économie ont changé le rapport de force dans le couple.
L'impact des facteurs géographique et démographique n'est plus à prouver également. Le premier agit directement sur le mode de vie et de production et, par conséquent, sur le mode de vie de la famille. L'un des intervenants en voulait pour preuve la différence entre le mode de vie d'une famille vivant dans le nord et de celui d'une autre vivant dans le sud. Le second est décisif lui aussi. Ainsi la densité démographique, la répartition de la population, le taux de fécondité, l'immigration interne et externe, les problèmes liés à l'habitat influent sur la cohésion familiale : les grands-parents font de moins en moins partie de la famille et le nombre des familles nucléaires (couple+enfants) a augmenté de façon expotentielle.
L'immigration contribue elle aussi au changement des structures familiales. Elle ébranle même quelques-uns de ses fondements. En rentrant chez eux, les Marocains résidant à l'étranger apportent avec eux des modes de vie et de réflexion qui entrent en contradiction avec les modes marocains, et c'est ainsi que le conflit entre les valeurs " importées et ancestrales ” éclate.
Autre facteur à l'impact non-négligeable sur les rapports dans la famille : l'enseignement de la fille. Cette dernière va de plus en plus à l'école et du coup, sur l'échelle sociale, la femme n'est plus considérée comme étant inférieure à l'homme. De plus, ce facteur explique le recours aux moyens anticonceptionnels. La conséquence logique en est des familles moins nombreuses, plus d'égalité entre les deux sexes dans le foyer et la régression de l'autorité parentale.
Dans le même ordre d'idées, les intervenants ont noté que les l'ascendant basé sur la paternité commence à s'effriter et à céder le pas à des rapports régis par l'argent. " Celui qui paye commande ” a souligné l'un des intervenants. L'autorité et le prestige des enfants sont proportionnels donc à leur apport financier. Les relations s'en trouvent faussées.
Certains défis auxquels la famille se trouve confrontée peuvent également modifier sa structure traditionnelle : un père ivrogne par exemple perd beaucoup de son autorité et de son ascendant, ce qui ne manque pas d'avoir des conséquences sur la cohésion et sur les rapports de force au sein de la famille.
Tous les intervenants ont conclu au fait que la famille qui était jadis un rempart contre l'individualisme, l'égoïsme et certaines déviances sociales est en train de perdre beaucoup de ses principales fonctions. Mais l'analyse de cet état de fait permettrait-elle d'y apporter remède.
Copyright Groupe le Matin © 2026