Le mouvement associatif en 2003 : le projet de code de la famille et les jeunes, principaux chevaux de bataille
Le travail associatif n'est ni une nouveauté ni une mode. La constitution des associations non gouvernementales à caractère social existe depuis plusieurs années au Maroc. Ceci étant, cette année a été marquée par beaucoup d'évènements entre autres, l'imp
LE MATIN
28 Décembre 2003
À 19:25
Un flash-back, nous a mené douze mois en arrière et nous a permis de nous arrêter sur les grandes dates qui ont marqué l'engagement associatif au Maroc. Qu'il s'agisse des femmes, des hommes ou des jeunes tous se sont engagés dans la voie du développement.
En cette fin d'année, un point d'arrêt s'impose. Quel est l'état du mouvement associatif ? Quel bilan peut-on en faire quels sont les évènements qui ont marqué l'année 2003 ?
Le mouvement associatif ne date pas d'hier bien. Qu'il s'agisse des femmes ou autres, des petits groupements se rassemblaient pour mener une seule activité car une chose est certaine, plus on est, plus rentable est notre besogne. Ceci étant, depuis le début du nouveau millénaire, jamais le mouvement associatif n'a été aussi actif. Autrement dit, ce qui se limitait un certain moment à l'élite touche toute la société et le terme société civile ou mouvement associatif n'est plus lié à la couche aisée du pays. Droits des femmes, intégration des jeunes, lutte contre l'analphabétisme, bonnes œuvres, etc.
Les caractéristiques différent, mais le but reste le même : inciter la société civile à participer au développement de la société. Ceci étant, l'année 2003 a été marquée par l'évolution du travail associatif de sorte que de plus en plus de jeunes s'y intéressent. Le réseau Maillage qui ne comptait qu'une association au début a atteint en quelques mois 20 associations implantées dans différents quartiers entre Casablanca et Rabat et tous les membres de ces associations sont jeunes «le travail associatif nous apporte avant toute autre considération une satisfaction personnelle », nous dira un jeune militant associatif à Ain Harrouda. En ce qui concerne les femmes, leur travail n'a jamais était aussi rentable qu'en 2003. Sa Majesté le Roi dans son discours du 20 août 1999 annonçait déjà de bonnes perspectives :
«Comment espérer assurer progrès et prospérité à une société alors que ses femmes, qui en constituent la moitié, voient leurs droits bafoués et pâtissent d'injustice, de violence et de marginalisation, au mépris du droit à la dignité et à l'équité que leur confère notre sainte religion ?» Cette partie du discours de Sa Majesté est mémorisée par tout citoyen qui aspire à un Maroc meilleur, qui espère voir la femme épanouie car en atteignant son but à savoir le développement et des droits garantis cette dernière assure ceux de toute une progéniture.
Le 10 octobre 2003 a constitué pour les associations féminines le grand tournant. C'est en effet, une date mémorable, une date que le peuple marocain en général et les femmes tout particulièrement ne sont pas prêts d'oublier.
Sa Majesté annonce une révision de la Moudawana: «Ces réformes dont Nous venons d'énoncer les plus importantes ne doivent pas être perçues comme une victoire d'un camp sur un autre, mais plutôt comme des acquis au bénéfice de tous les Marocains».
Le projet d'un nouveau code de la famille est né. Depuis ce jour-là, c'est l'un des principaux dossiers sur lequel travaillent les associations féminines. L'année 2003 malgré les événements qui ont frappé le Maroc a été une bonne année pour le mouvement associatif féminin dans le sens où tous les efforts fournis ont été récompensés et la grande consécration a été le changement des dispositions de la Moudawana pour en faire un code de la famille. Un tel changement mettra de côté toutes les disparités qui pouvaient exister entre hommes et femmes et cette dernière pourra enfin aspirer à une vie meilleure.
Rappelons toutefois, que le mouvement associatif n'est pas seulement limité aux femmes. Qu'en est-il des associations non gouvernementales et surtout non féminines ?
Sonnette d'alarme
De nombreuses associations ont vu le jour en l'occurrence celles pour les jeunes qui, il y a quelques mois ne portaient aucun intérêt aux travail collectif. «L'association a beaucoup changer ma vie » atteste un jeune de l'association Zenata. Toutefois le grand changement dans la vie de ces jeunes n'a été palpable qu'après les douloureux événements qui ont atteint Casablanca. Tout le monde se rappelle du 16 mai, du choc, des sons des bombes artisanales et du mot kamikaze qui faisait son apparition au Maroc.
Cette date a tiré la sonnette d'alarme chez les jeunes de plusieurs quartiers comme par exemple, les jeunes du quartier Sidi Moumen. « Personne ne voulait s'approcher de notre quartier, on dirait qu'on nous imaginait entrain de nous promener avec des bombes », atteste un jeune du quartier et membre de l'association Carrefour Jeunesse. Il a fallu réagir et clamer haut et fort leur innocence d'autant plus qu'ils n'étaient pas responsables des faits des autres. La seule issue était dès lors de montrer qu'ils sont aptes à être responsables.
Ces jeunes ont par la suite monté leur association grâce à l'assistance du réseau Maillage, présidé par Ahmed Ghayat et initiateur du mouvement associatif pour jeunes au Maroc. Une fois leur association créée, ils ont montré leur savoir-faire au grand jour. D'ailleurs, c'est cette association qui a organisé le festival des Marocains résidant à l'étranger. Ses membres ont également animé la Fête de la musique en assurant les groupes de musiques qui étaient composés de jeunes issus de Sidi Moumen et les quartiers avoisinants. L'association Carrefour jeunesse n'est qu'une association parmi les 20 que compte le réseau Maillage. Certes, leurs membres manquent de moyens, d'expérience mais ils ont un grand atout, une volonté de fer et une détermination de réussir.
La preuve : le mouvement associatif pour jeunes a atteint l'université. La dernière association créée est l'association oxy-jeune au sein de la faculté des sciences juridiques et économiques de Casablanca.
D'autre part, le travail associatif s'étend à de plus hauts horizons à travers notamment des actions menées par plusieurs organismes à leur tête la Fondation Mohamed V pour la Solidarité qui, mis à part les opérations f'tours qu'elle assure tous les ans et dans différentes régions du Maroc, prépare un accueil aux Marocains résidant à l'étranger et lance des projets d'utilité publique.
La première dame de France Madame Bernadette Chirac avait lors de la visite effectuée au Maroc en octobre dernier constaté que les actions menées par la fondation reflètent une forte volonté pour la promotion de l'action sociale qui repose sur le volontariat.
Dans un entretien accordé en novembre dernier par Madame Zoulikha Nasri, conseillère de Sa Majesté le Roi et membre du Conseil d'administration de la Fondation au quotidien «Acharq Al Awsat », Mme Nasri a noté que le plus important dans les actions de solidarité est de les mener à bon escient dans des activités économiques et sociales judicieuses qui permettent la sortie de la personne ciblée de son état de marginalisation.
Mme Nasri a rajouté que la philosophie de la proximité, de la culture de solidarité et de citoyenneté sont les composantes fondamentales du développement et de l'essor de chaque pays, si l'on vise la réalisation d'un développement harmonieux qui favorise l'intégration de toutes les couches sociales et l'ancrage de la solidarité et de l'entente sans pour autant, marginaliser les individus et les groupes. Qu'il s'agisse des femmes, des jeunes ou de la société en général, le travail associatif est un important vecteur de développement.
D'ailleurs, le rassemblement des citoyens dans des organisations, mouvements, associations, syndicats est une condition nécessaire au fonctionnement de toute société civilisée bien structurée.
L'année 2003 a été riche en évènements. Le 16 mai a été suivi par une grande marche organisée par les associations. L'opération «Ne touche pas à mon pays» se classe dans le même registre que celui du procès des jeunes musiciens dits sataniques. Car ce sont les associations qui ontfait connaître leur procès auprès du grand public. Tous les citoyens ont pris connaissance du risque que peut encourir l'un des leurs. De même, la problématique des enfants de la rue, des maisons de retraite, des expulsions des jeunes filles de l'orphelinat musulman de Casablanca ont mobilisé plus qu'une association.
Des événements où les organisations formaient un seul front rendant le mouvement associatif performant. Ceci étant, la solidarité la plus nécessaire est celle de l'ensemble des habitants de la terre et c'est dans ce sens que l'on devrait formuler nos souhaits pour l'année que l'on accueille.