Mohamed Ziane , SG du Parti Marocain Libéral : «Je ne serais jamais un militant islamiste»
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LE MATIN
04 Novembre 2003
À 17:49
Maroc 2010, le foot opium des peuples et la coupe du monde chez nous, vous y croyez ?
Je ne crois pas à la Coupe du monde en Afrique. Je connais bien l’Occident et je connais bien le foot et les milliards de dollars de publicité que ça draine. L’Occident n’est pas généreux par nature et il ne nous versera pas cette manne d’argent ni pour nos beaux yeux ni pour la couleur de la peau de n’importe quel Africain !
Le dernier match que vous avez vu ?
Là, je me fais attraper ! Je suis incapable de vous dire quel est le dernier match que j’ai vu. Cela doit remonter à la dernière coupe du monde. Ce devait être le Brésil contre quelque chose…
Vous êtes du genre sportif pratiquant ou sportif devant la télé ?
Sportif devant la télévision et encore à l’occasion de grands événements
Vous détestez toujours autant la gauche ? On dit qu’il n’ y a pas plus virulent qu’un ex-gaucho frustré, reconverti dans la doctrine libérale ?
Je suis un homme de gauche formé par les grands instituts marxistes. Je dois reconnaître au communisme l’effort qu’il a fait pour me former politiquement. Je suis très déçu car c’est par l’analyse que je suis arrivé à la conviction selon laquelle le communisme était un mythe et que ceux qui le pratiquaient le savaient. Et ils nous ont pourtant mené en bateau. Ils ont mené des peuples en bateau. C’est impardonnable et c’est pour cela que j’ai un mépris total pour tout ce qui est de tendance planification économique, politique prolétarienne, pacte unique…
Quand vous visitez en prison l’islamiste Hassan Kettani dont vous êtes l’avocat, qui essaie de convaincre l’autre ?
Pour le moment, je n’essaie pas de le convaincre. Mais je suis arrivé avec lui à un débat très fructueux. Je lui reconnais que le 21ème siècle sera celui des religions. Seulement j’essaie en même temps de convaincre Hassan Kettani que si le 21ème siècle sera un siècle des religions, il sera aussi celui de l’économie libérale. Je lui dis aussi que ce qui pourrait faire avancer le pays, c’est une grande force morale, basée sur la religion sachant que c’est la seule force qui pourrait mobiliser les Marocains, et qui aurait la volonté de créer une véritable économie de marché construite sur la totale liberté des individus, l’initiative privée, l’esprit d’entreprise et d’innovation. Ce qui n’empêche pas que chacun adhérera à la masse des principes moraux de la religion. Notre différence réside enfin dans le droit à ceux qui n’y croient pas de ne pas y croire.
Hassan Kettani, bientôt militant du parti marocain libéral ?
Je ne crois pas que ce soit pour très bientôt. Mais en tout cas, Ziane ne sera pas le militant d’un parti islamiste !
Vous êtes le célèbre ministre qui a démissionné. Aujourd’hui, il y a prescription. Vous pouvez nous le dire : ça démissionne vraiment un ministre au Maroc ?
On confond les deux étapes de ma démission. Quand je suis allé à 2M un jour à midi, pendant le Ramadan, et il y avait à mes côtés Khalid Jamaï présent sur le plateau, personne ne savait ce que j’allais dire. J’avais dis que j’étais contre la politique de ce gouvernement et je ne renoncerai pas à lutter contre une telle politique. J’ai ajouté que je ne voulais pas transiger et si le gouvernement ne revient pas sur cette campagne d’assainissement, je m’en irai. C’était cela la vraie démission. A cette seconde précise, personne ne savait ce que j’allais dire. Après, il y a eu une partie de négociations et des va-et-vient. Le système veut qu’au Maroc on ne démissionne pas. Après une telle déclaration à la télévision, il faut quand même aller au bureau et adresser une demande au Souverain. Je n’ai pas posé ma démission bien sûr mais dans cette demande adressée au Souverain j’ai posé la question suivante : «je suis en discorde avec ce gouvernement. Sa Majesté m’honorerait si elle voulait me reconduire au poste de ministre des droits de l’Homme. Ce qui me donnerait une grande force morale sur le gouvernement pour lui demander de revenir sur son erreur. Si Sa Majesté estime que je peux lui être utile ailleurs qu’au ministère des Droits de l’Homme, je me tiens à la disposition de SM le Roi». Feu Hassan II a répondu avec l’intelligence qui était la sienne : «Je crois que l’endroit idéal où vous pourriez le mieux servir votre pays , Ziane, c’est chez vous».
Il y eut par la suite un communiqué qui disait que le Souverain avait répondu au vœu de Mohamed Ziane. Tout cela fait partie des coulisses de ma démission. Quel a été le rôle de Driss Basri, du Conseiller Driss Slaoui et du Caïd Marjane ? Chacun de ces hommes a joué un rôle et les formes ont été sauvées.
De votre mère espagnole qu’est-ce que vous avez hérité : le goût du flamenco, de la paella ou de la tauromachie ?
La tauromachie, certainement pas ! La paella , oui, le flamenco, oui, la cartomancie, oui. Mais aussi l’allégresse, la joie de vivre et le rire même dans la politique, des anecdotes même dans des discours très sérieux. En fait, c’est une certaine envie de faire passer la vie et la joie de vivre sur n’importe quoi d’autre. C’est pour cela que je sais que je ne serais jamais un militant islamiste. J’aime trop la vie pour pouvoir m’en priver au nom d’une autre céleste à laquelle je crois et à laquelle j’espère accéder malgré toutes mes mauvaises actions. Je tiens à vivre la vie dans sa plénitude et sans que personne n’ait à me censurer. Est-ce vraiment-là un côté espagnol hérité de ma maman ?