Affaire Samir Sarsar : un flou artistique
Tous ceux qui croient que l'affaire du joueur Samir Sarsar est terminée se trompent lourdement. Bien au contraire, elle a relancé le débat sur la protection des clubs, les obligations et les droits des joueurs et surtout sur la légitimité des entités qui
LE MATIN
18 Novembre 2004
À 15:40
En effet, lors de sa dernière réunion, le bureau fédéral et en particulier la commission des statuts et règlements n'a rendu aucun verdict quant à la mutation de Samir Sarsar au WAC. Traînant en longueur, cette affaire commence sérieusement à sentir le roussi par la faute de membres fédéraux qui n'ont pas eu le courage de prendre la décision qu'il fallait en temps opportun.
Pire, cette affaire divise le bureau fédéral. Il y a ceux qui vont jusqu'à envisager la suspension du joueur puis son retour à son club d'origine et une sanction à l'encontre de ceux qui ont légalisé l'opération de mutation en délivrant une licence et puis les autres qui estiment que le WAC est dans son plein droit, le joueur étant libre, il n'y a aucune restriction pour lui de signer une licence avec un autre club. L'on se rappelle que pour obtenir sa lettre de sortie, Samir Sarsar, par le biais du Stade Tunisien, son nouveau club, avait sollicité l'arbitrage de la FIFA qui s'est empressée de la lui délivrer puisque le joueur n'était lié par aucun contrat avec le KACM, son club d'origine.
Ce qu'il faut aussi savoir, c'est que la FRMF n'avait accordé aucune lettre de sortie au joueur après le refus du Kawkab concernant son transfert en Tunisie. Bref, l'instance suprême du football mondial avait tranché et nul ne pouvait s'y opposer. Samir Sarsar ira même tenter sa chance aux E.A.U. Mais le retour au pays ne va pas être aussi simple. Le WAC, encouragé certainement par quelques "gorges profondes” et une promesse pour l'obtention d'une licence, approche le joueur qui se laisse convaincre par les perspectives d'avenir. La licence entre les mains, le club bidaoui n'hésite pas à aligner Samir Sarsar, qui donne déjà les premiers signes d'un buteur patenté.
Absence de contrat
Evidemment, le KACM ne reste pas les bras croisés et alerte le Groupement national. M'hamed Aouzal, le président du GNF sent que ce dossier risque de lui brûler les doigts et surtout, il ne veut pas déteriorer ses relations avec le président du grand rival, le WAC. Il s'en désiste au profit du bureau fédéral et de sa commission des statuts et règlements dont le président n'est autre que Abdelillah El Manjra … le président du WAC.
Quand on est à la fois juge et partie, il n'y a pas de raisons pour ne pas bomber le torse et se croire en territoire conquis. Pour gagner du temps, les fédéraux font appel une nouvelle fois à la FIFA qui répond, de manière diplomatique, que le joueur en question était libre de jouer à l'extérieur du pays en l'absence d'un contrat avec son club d'origine mais, qu'au retour au bercail, il tombe sous le coup des règlements intérieurs de sa Fédération. Autrement dit, l'affaire est maroco-marocaine et doit être traitée selon nos statuts, même s'ils restent assez flous à ce sujet. Ce qui est regrettable aujourd'hui, pour toutes les parties concernées, c'est la légèreté avec laquelle a été traitée cette affaire qui va prendre des proportions alarmantes.
Quel est ce joueur qui pourra dès lors s'aventurer à parapher sa signature au bas d'un contrat, sachant qu'il ne peut être libre pour évoluer à l'étranger? La question pourrait se poser pour un club désireux de s'offrir les services d'un excellent joueur. Facile ! Il suffit de lui payer un séjour à … Melillia ou en Mauritanie durant quelques semaines, le temps qu'il évolue dans un club local et à son retour, l'affaire est conclue. Autant dire que c'est la porte ouverte à l'anarchie et c'est notre football qui en perdrait son image. Voilà un scénario catastrophe dont on se serait bien passé.
Des garde-fous sont donc nécessaires, mais en a-t-on les moyens? Il semble bien que la Fédération n'ait pas tenu compte des recommandations de la FIFA à propos de l'exigence d'un contrat entre clubs et joueurs, mais que peut bien offrir une équipe sans grands moyens financiers à un joueur ? D'où les réticences de ces derniers.
A moins de créer un championnat non amateur, d'une douzaine d'équipes répondant à un cahier de charges bien précis, comme l'ont proposé certains. Pour revenir au cas Sarsar, il est clair que le bureau fédéral doit prendre une décision rapidement car tous les adversaires du WAC ont ou vont déposer des réserves pour non qualification ou double licence à l'encontre de ce joueur.
Quel sera donc le verdict de ladite commission à propos de ces réserves ?
Le WAC est-il responsable si des mains "bienfaitrices” ont délivré cette licence ou cette mutation, puisqu'il ne s'agit pas de transfert, il faut bien le préciser, sans l'autorisation du club d'origine ou sans que le joueur ne soit resté inactif durant deux saisons?
Le KACM n'a-t-il pas droit à faire valoir ses revendications? Autant de questions qui laissent perplexes les observateurs sportifs et il est certain que si aucune solution rapide n'est trouvée, d'autres affaires "Sarsar” pourraient apparaître un peu partout. Il est vrai que le WAC a profité d'une brèche dans les statuts pour s'y engouffrer. A tort ou à raison, les Bidaouis revendiquent le lien qui les lie au joueur marrakchi. Ils estiment qu'ils n'ont pas à assumer les erreurs de certaines personnes et la lenteur dans les prises de décisions de la part de membres fédéraux. Aussi, est-il temps de secouer le cocotier pour l'intérêt de notre football et surtout sanctionner tous ceux auxquels a profité cette affaire qui n'est pas près de s'éclaircir.
Comme il est temps de mettre à niveau des règlements qui prennent à la fois en compte les intérêts des clubs et des joueurs car actuellement, c'est le flou artistique.