Après quatre ans d’absence, Jamel Debbouze sur scène au Maroc : «J’ai hâte de rencontrer mon public au Maroc….»
Après quatre ans d’absence, le grand retour et la grande rencontre avec le public marocain est toujours «un plaisir pour moi que de retrouver le public marocain que je considère comme une famille» indique Jamel debbouze.
>Dans l’interview
LE MATIN
18 Juin 2004
À 15:21
Où en est la carrière de Jamel Debbouze ?
J’ai prévu un film avec Louis de Funnesse et j’ai d’autres projets dont je ne peux pas parler pour le moment. Mais dieu merci, ma carrière se porte au beau fixe. Je viens de faire le Zénith, c’était plein et ça a été un vrai succès. Ca me remplit de joie. Je suis épanouie. Il me faut une femme et un enfant et puis après tout sera bien dans le meilleur des mondes.
Après quatre ans d’absence, vous vous attendez à quel accueil de la part du public marocain sans oublier que c’est une tournée à guichet fermé ?
J’ai hâte de le rencontrer. J’ai vraiment envie de m’amuser et si j’arrive à le faire je sais que mon public aussi va s’amuser. Je suis là pour prendre mon plaisir et j’espère que tout le monde me partagera ce plaisir. D’autant plus que je suis très fier de savoir que c’est une tournée à guichets fermés. Je suis comblé, les marocains me rendent fier de moi-même et quand je vois que je suis soutenu je sais que je ne suis pas seul et ça me donne du baume au cœur . d’ailleurs, Casablanca s’est plus vite remplit qu’a Paris et ça a été plus fulgurant. D’ailleurs, je tiens à remercier les personnes qui m’ont soutenu et qui m’encouragent et c’est pour eux que je continu à me battre comme je le fais.
Parlez-nous de l’agence «Avant-scène» ?
C’est une agence que nous avons crée avec Myriam Abikzer. C’est une société d’événementiel d’abord basée à Marrakech et aussi de production cinéma et spectacle. On voudrait faire venir des gens au Maroc pour démontrer et prouver que musulman ne rime pas avec intégrisme et que c’est un pays de tolérance, un pays en voie de développement avec tout ce que ça implique. Le Maroc est critiquable c’est sur c’est un pays qui a des points faibles mais c’est aussi un pays en voie de développement mais c’est un pays qu’il faut encourager avant de critiquer. Et moi je n’ai pas envie de critiquer.
Le contexte géopolitique aujourd’hui n’est certes pas au beau fixe mais il y a une phrase que Sa Majesté le Roi a dit et qui m’a beaucoup marqué «les intégristes il ne faut pas les combattre, il faut les convaincre» et même si ça peut choquer certaines personnes le fait de faire des fêtes qui coûtent beaucoup d’argent mais moi je sais que médiatiquement, ça a son impact en occident et je sais qu’on peut faire l’économie de ça. D’ailleurs, nous avons beaucoup de projets entre autre le cercle Bouglione que nous avons envie de faire venir au Maroc. Pour créer une dynamique culturelle ce n’est pas facile mais malgré tout ça se fait et on a des résultats.
Croyez-vous qu’un show aidera à résoudre les conflits ?
J’ai tenu à ramener avec moi les plus grands professionnels du spectacle, dans la technique et j’ai tenu à produire moi même mon spectacle avec Myriem Abikzer et je veux en faire une réussite comme ça ces mêmes personnes diront par la suite, que ça s’est bien passé au Maroc et que le public est fabuleux ce qui les encouragera les plus grands comédiens à venir se produire ici. Je n’ai pas envie de calculer ce que je fais et on ne peut pas prétendre faire de bonnes choses si on compte.
Pour être plus clair, je vais citer l’exemple des attentats du 16 mai. Tout de suite après, on a monté un match de foot et on a remplit un stade. Il y avait des personnes de renom et ils sont venus spontanément. D’ailleurs, jusqu'à aujourd’hui, avec Myriam Abikzer nous n’avons pas encore gagné de l’argent pour la simple raison qu’on veut faire pour le Maroc et avec le Maroc.
Vous vous attendiez à un tel succès ?
J’avais tout prévu. Depuis le premier jour je savais comment ça allait se passait et tout a été calculé… Plus sérieusement, je vous assure que si on m’avait que je ferais Amélie Poulain et Astérix je l’aurais jamais cru. Vous savez, on fait des choses avec le cœur tout en espérant que ça marche. D’ailleurs, moi je n’ai jamais cherché à plaire je n’ai ni le physique ni l’envie d’aller dans le sens de qui ce soit d’autre à part moi.
Quand tu fais des choses avec sincérité, je pense que c’est là que ça paie.
Je peux vous donner l’exemple de la qualification du Maroc à la coupe d’Afrique, ça a été l’émotion, on sent qu’il y a une cohésion, une cohérence et que malgré tous les entraînements qu’ils ont pu faire ça a été très sincère.
Et moi c’est une fois sur scène que je sais si ça va marcher ou pas mais avant d’y aller il faut que je sois convaincu que ça me plaise.
Après toutes ces expériences, vous vous sentez prêts du but ?
C’est ça ce qui est terrible. A chaque fois qu’on fini un travail que ce soit un spectacle ou un film et que ça réussi, c’est là que l’aventure commence. Ca ne s’arrête jamais. J’ai jamais autant travailler que pour l’écriture de ce spectacle car c’est très dur de sortir d’un succès. Et j’ai envie de rester proche de mon public. malheureusement on sera tout le jugés et on attendra quelque chose de nous. Comme la société est tout le temps en mouvement, il y a tout le temps des choses à dire, c’est comme à l’appartement il y a tout le du ménage à faire.
Parlez-nous de votre prochain travail «les indigènes»?
C’est un film sur les tirailleurs marocains et algériens qui se sont battus dans la première et deuxième guerre mondiale pour la patrie et qui sont morts. Aujourd’hui, les plus chanceux, touchent 17 euros par trimestres et doivent terminer leur mois dans des foyers et c’esty révoltant. Ca n’a rien d’un film drôle. J’ai déjà prouvé que je suis rigolos et j’ai fait mes preuves amis il n’y a pas que ça. Il y a des choses qu’il faut dire.
Ce film, je veux le faire pour mes petits frères et leur dire, vous etes légitimes ne France et vous êtes aussi légitimes au Maroc et que nous n’avons pas à choisir. Nous n’avons pas choisi d’habiter en France, il faut à mon avis arrêter la langue de bois dans le sens où aux yeux des marocains, on est pas pleinement marocains. Et au yeux des français, nous ne le sommes pas. On est des hybrides.
Tu te sens plus marocain ou plus français ?
Vous savez au même titre où je n’ai pas envie de choisir entre mon père et ma mère, je n’ai pas envie de choisir entre la France et le Maroc. Je suis les deux.
D’ailleurs, les gens ont un pays moi, j’en ai deux. Au Maroc, je suis toujours très bien accueillie. Je suis conscient que ma situation est un peu privilégiée mais au moins, les gens font l’effort pour te mettre à l’aise et ça fait plaisir. C’est une chose qu’on ne fait pas en France. D’ailleurs, des fois c’est plus simple d’être France au Maroc que d’être marocain en france.
Vous aviez dit une fois « je suis devenu acteur parce que c’est moins dangereux que de vendre de la drogue», qu’est ce qui vous a fait dire ça ?
J’ai toujours pris beaucoup de recul et à chaque que je vis un évènement heureux, je me dis qu’il ne peut rien m’arriver de plus beau. Mais la vie, elle est ainsi faite. Mais quand je fais le bilan de ma vie, je me dis dieu merci pour tout ce qu’il m’a donné. J’ai la bénédiction de ma mère et j’ai toujours fonctionné avec et ça m’aide énormément.
Comment se porte le domaine de la comédie aujourd’hui ?
Il est vrai que l’on vit une certaine situation aujourd’hui. On ne cherche plus à faire des comédies mais plutôt, le succès ce qui pousse à prendre des acteurs connus, des histoires, faire un remake et présenter le résultat. J’avais vu une très bonne comédie très bien faite. Il s’agit du film «A la recherche du mari de ma femme».
C’est vraiment dommage parce qu’au lieu de chercher le succès, il faut chercher l’avenir c’est ce que faisait Bourdieu, Coluche et Louis de Funnesse. Moi ce qui me fait rêver, c’est des comédies avec des idées et pas d’argent. De vraies comédies comme le Pigeon, le voleur de bicyclette qui ne demandent pas beaucoup de moyens mais des idées et c’est ce qui nous manque.
Peut-on dire qu’il y a une nouvelle génération qui émerge ?
Je n’ai pas tourné pendant quatre ans mais ça ne m’a causé de problèmes. Je suis très difficile dans mes choix et sincèrement mes choix me coûtent cher.
C’est triste qu’on ne fait pas attention aux personnes qui ont de bonnes idées mais qui ne sont pas connues. Il y a une crise et un déficit d’auteurs en France.
Et selon vous, c’est dû à quoi ?
Je pense que c’est un manque de risque et de confiance. Les gens ont aujourd’hui tendance à tout calculer. Ce qui fait qu’on donne plus d’importance au coté financier plus que l’artistique ce qui donne de moins en moins de bonnes comédies. Ceci étant la crise touche d’autres domaines comme le cinéma. Tout tourne autour de l’argent.
Une série comme «H» a demandé trois auteurs par contre «friends» en avait entre dix et soixante. On a pas le même pouvoir que les Etats Unis.
En parlant de la série «H», quel a été son apport par rapport à votre carrière ?
Essentiel. Ca m’a permis de m’amuser et de rencontrer des gens tout en faisant un mixe entre la scène et le cinéma parce qu’il y avait un public et des caméras. J’ai adoré cette expérience qui avait un grand taux d’audience. Ca m’a vraiment permis de mieux connaître mon métier.
Que conseillez-vous aux jeunes qui veulent faire de la comédie ?
Je n’ai qu’un seul conseil pour eux, de ne pas souhaiter de devenir connu, millionnaire ou une star parce que dés que tu es motivé par ça, il y a le risque de tout gâcher. Si on a vraiment envie de faire ce métier, il faut pour exorciser un rêve. Je parle des artistes.
Quelle place occupe la femme dans la vie de Jamel Debbouze ?
Essentielle, elle est le cerveau, le cœur, tout. j’ai une vie sentimentale j’ai du mal aujourd’hui avec le fait de me stabiliser et d’avoir une femme pour la simple raison que mon rythme ne me le permet pas. Je ne me pose pas la question si je vais trouver une fille ou pas. Le problème c’est si elles sont là, pourquoi elles restent.
Si elles restent c’est que je vaux le coup.
L’erreur de ta vie ?
D’avoir traverser des rails et d’avoir perdu un bras à cause d’un accident bête. Je le reconnais c’est ma plus grande bêtise. En, même temps ça m’a servi de moteur.
Je n’en parle pas beaucoup mais des fois les bêtises sont essentielles il faut en faire. Parce que c’est une forme d’épanouissement et garce à eux on devient ce qu’on est.
La chose qui te rends heureux et fais de toi un homme épanouis ?
Comme par exemple lorsqu’on salut mes parents dans les rues de Marrakech et qu’on les aime ça me rends fier d’autant plus que ma mère est très heureuse et je sens que j’ai pu accomplir quelque chose de bien et de bénéfique et ce n’est que du bonheur. tout est positif.
Ce qui me rends fière c’est que ma famille peut se promener à Paris ou au Maroc avec la même satisfaction.
«En banlieue, soit tu as la force soit tu as la tchatche». Vous l’avez cité lors d’une interview. Vous avez laquelle des deux ?
j’ai la force d’avoir la tchatche et j’ai réussi à m’imposer en disant ce que je pense et en étant le plus sincère possible sans trop chercher à plaire. Et en banlieue il faut soit être fort soit riche parce qu’il y a des personnes qui ont un peu de moyens dans la banlieue.
Quelle a été ta réaction face au débat sur le port du voile en France ?
Vraiment je trouve que la France ne s’est pas bien comporté dans cette histoire. Interdire le voile en France va engendre que ces filles vont aller dans des écoles coraniques. Je ne suis pas convaincu que c’est la meilleure des choses.
Etre musulman c’est beau. Une fois mon grand père m’avait dit «dieu est dans le cœur des hommes, fais en ce que tu veux» moi, j’adore cette manière de voir les choses.
Franchement, porter le voile ou avoir un percing va t-il empêcher le professeur à donner son cours, c’est clair que ça n’a aucun rapport.
150 cas litigieux ne nécessitait pas tout ce débat en France et ces filles ne demandaient qu’a aller en cours.