Spécial Marche verte

Association caritative «Les bonnes œuvres du cœur» : les combats de titan du docteur Jennane

La nouvelle clinique érigée par l’association caritative «Les Bonnes œuvres du cœur» reflète la persévérance du Dr. Saïd Jennane et sa volonté de venir en aide aux malades cardiaques. Equipée d’un matériel sopxhistiqué, forte du sout

25 Septembre 2004 À 19:45

Le Docteur Saïd Jennane a parfois l’impression de se battre contre des moulins à vents. Cela ne l’empêche pourtant pas de continuer à croire en ce qu’il fait et à se battre pour aider les plus démunis et pour sauver des vies humaines. «Chaque année, 3500 enfants naissent avec des malformations cardiaques. 2000 d’entre eux doivent être opérés dans les premiers mois de leur vie, sinon, le poumon est détruit et ils ne peuvent plus être opérés. 8 enfants meurent chaque jour car ils ne sont pas pris en charge. C’est un véritable drame national auquel nous sommes confrontés», s’insurge le président –fondateur de l’association «Les Bonnes œuvres du cœur».

De retour au Maroc en 1995, Dr. Jennane se jette à bras le corps dans cette lutte pour sauver des vies humaines. Il commence par ausculter gratuitement les cardiaques démunis dans les hôpitaux publics. Il offrira par la suite des explorations et des échographies aux nécessiteux. Mais ce n’était guère suffisant pour enrayer ce mal et rendre la joie de vivre aux petits et le sourire à leur famille.

L’idée de créer l’Association des Bonnes œuvres du cœur germe alors dans son esprit. Elle est vite concrétisée avec l’aide d’autres cardiologues. Placée sous la présidence d’honneur de SAR la Princesse Lalla Meriem, l’association déploie d’immenses efforts pour venir en aide aux familles nécessiteuses. Le partenariat établi avec l’association française La Chaîne de l’Espoir permettra à l’association d’envoyer des enfants, issus de familles démunies, en France.

D’autres petits cardiaques seront opérés en Espagne et en Italie et des partenariats vont être signés avec l’hôpital du cœur pour enfants du Canada. L’association a réussi, jusqu’à présent, à sauver près de 400 petits malades. Le coût de ces opérations, réduit à l’extrême est supporté par l’Association dont le président doit déployer des trésors d’imagination pour amener les uns et les autres à aider ces petits malades.

«Nous sommes équipés, dans cette clinique, pour sauver, 350 enfants cardiaques. Cette clinique humanitaire est conçue pour effectuer des opérations sur des bébés. La chirurgie cardiaque du bébé est une discipline à part. Elle exige une spécialisation hyper pointue. Jusqu’à présent, il était impossible d’opérer, au Maroc, un bébé pesant moins de 10 kilos. Cela sera possible dans la clinique des bonnes œuvres du cœur.

Des équipes européennes sont prêtes à venir au Maroc pour former des Marocains et ne repartir que lorsque le Centre sera autonome», explique le Dr Jennane. L’objectif étant d’organiser une structure performante, à l’image de celles qui existent en Europe. Ce sera aussi l’un des centres les plus pointus de l’Afrique. La clinique pourra, en outre, prendre en charge des bébés âgés d’à peine un jour qui ne pourront pas survivre sans cette opération vitale. «L’Association continue pourtant à envoyer des enfants à l’étranger pour se faire opérer, car nous ne pouvons toujours pas le faire, ici chez nous».

La faute en incombe, comme le souligne, le président de cette association aux autorisations et surtout à l’inexistence de moyens financiers pour permettre à cette structure de s’assurer un budget de fonctionnement décent. «Depuis le téléthon organisé en 2001 et au cours duquel nous avons pu récolter 25 millions de Dh, dont 20 millions ont été offertes par un mécène, nous n’avons pratiquement rien reçu.

Cette somme récoltée au cours de ce téléthon, qui n’a duré malheureusement que 3h30, a permis l’acquisition du terrain et la construction de la clinique. Des bienfaiteurs nous ont aussi offert des matériaux de construction, des équipements, le sanitaire, les lits, des téléviseurs etc. Nous devons encore de l’argent à quelques fournisseurs», insiste le Dr Jennane qui ne comprend pas comment on peut tergiverser et taxer la clinique des Bonnes œuvres du cœur comme n’importe quelle clinique privée qui doit s’acquitter des impôts, de la patente et de tous les frais auxquels sont assujettis ces cliniques.

«Pendant que nous sommes là en train de courir après les autorisations, de réfléchir, huit enfants meurent. C’est dramatique». Outre le matériel sophistiqué dont la clinique s’est équipée, toutes les normes de sécurité et d’hygiène ont été observées. Aucun détail n’a été négligé pour faire de ce centre humanitaire un espace où des bébés et des enfants renaissent à la vie.

Reconnue d’utilité publique et gérée de façon exemplaire, l’association les Bonnes œuvres du cœur déplore pourtant ce manque d’intérêt et d’aide de la part des autorités publiques ou étatiques. Pire encore, pour tout achat de matériel médical pour les besoins des opérations en faveur des démunis, elle paie des taxes qui grèvent son budget, déjà bien dérisoires.

«Pour pallier au manque de moyens financiers, j’ai mis au point une stratégie : 40% des parents qui ont les moyens paieront les opérations de leur enfant. Grâce à cette contribution, nous pouvons opérer gratuitement 60% des enfants malades issus de familles pauvres», explique le Dr. Jennane qui continue à consacrer quotidiennement 60% de son temps au bénévolat et aux démunis. «A travers toutes les actions que je mène, j’ai pour objectif de sensibiliser les Marocains au drame des familles qui perdent chaque jour un enfant, faute de soins ».

La dernière opération lancée par l’Association Les Bonnes œuvres du cœur, pour collecter des fonds, consiste à offrir, pour chaque appel la somme de 5 Dh en composant le 30 50, à partir d’un mobile. La somme récoltée et à laquelle l’opérateur téléphonique déduira ses propres frais, aidera à renflouer les caisse de l’association, déjà bien mises à mal. Cette opération, qui doit se poursuivre jusqu’au 14 octobre pourra, peut-être, aider à la concrétisation d’un rêve et d’un espoir pour des enfants malades.
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