Entretien exclusif avec M. Hamid Chabate, maire de la ville de Fès : «Nos principaux projets sur les plans socio-économiques démarreront à la fin de cette année»
L'unité de la ville a consacré M. Hamid Chabate, maire de la capitale spirituelle le 23 septembre 2003.
>Voilà donc un peu plus d'un an que le Conseil de la ville, doté de larges prérogatives, est en charge des affaires qui touchent directement le quot
LE MATIN
04 Novembre 2004
À 14:24
Le Matin : Quel bilan dressez-vous de votre action depuis votre élection à la tête de la mairie du Grand Fès ?
Hamid Chabate : Une année a passé donc depuis l'élection du Conseil de la ville le 23 septembre et le scrutin du 12 septembre 2003.
En ce moment, et à la veille de la session du mois d'octobre 2004, je peux vous annoncer que nous nous penchons sur l'arrêt de ce premier bilan. Néanmoins, je peux vous dire qu'il est positif puisque notre première action fut d'établir un budget de transition, le temps de nous familiariser et de connaître les réalités sur le terrain avant de planifier pour cinq ans d'exercice. Nous avons dû nous limiter d'un budget de fonctionnement de l'ordre de 5 milliards de centimes sachant que les rentrées 2001/2003 ne pourraient nous permettre d'honorer nos engagements. Notre souci majeur fut d'arrêter l'hémorragie et de s'atteler aux moyens de terminer les projets arrêtés. Pour les cinq ans qui restent de notre mandat, nous préparons actuellement des études englobant plusieurs projets intéressant différents secteurs de la vie socio-économique.
La ville connaît un passif financier assez lourd évalué à 50 milliards de centimes dont 20 milliards nous ont été légués par l'affaire du complexe immobilier " Al Houria" et entre 8 et 10 milliards dans les autres affaires portées en justice. Et enfin, le fonds d'Equipement communal à qui certaines communes étaient redevables sur le plan des crédits comme Fès-Saïss, Fès-Medina et la communauté urbaine. Pour ce dernier cas, et après des tractations qui ont duré plusieurs mois, nous sommes arrivés à fin septembre dernier à honorer nos engagements avec ce fonds.
Pour ce qui est des projets arrêtés depuis 16 ans, notamment le complexe culturel, la salle couverte de sports, la bibliothèque Adarissa et le projet de la route de Taza " Sala-Manca ”, il est maintenant certains que leur solution est envisageable du moment que les dossiers administratifs, juridiques et l'enveloppe budgétaire les concernant sont fins prêts. Par conséquent, nous avons un grand espoir de voir ces projets opérationnels à partir de janvier 2005.
Nous sommes très sensibilisés par les problèmes de Fès sur tous les plans, commerce, économie, industrie et tourisme notamment. Et à ce propos, je peux vous confirmer que le Conseil de la ville va s'y atteler d'une façon régulière et permanente à partir de l'année prochaine.
«Nous travaillons et nous faisons tout pour être à la hauteur de la politique de proximité ; et sur ce plan, notre conseil a fait appel à ses moyens autonomes en réaménageant les jardins Lalla Amina et Lalla Meriem (Ville Nouvelle). Aussi et toujours dans cette perspective, nous sommes en train de préparer un vaste programme en concert avec les conseils d'arrondissements pour équiper les quartiers populaires en infrastructures sportives et en leur permettant de bénéficier d'espace verts et de jardins publics dont pourraient bénéficier leurs enfants et leur permettre un plein épanouissement.
Nous allons faire en sorte également de généraliser les maisons de jeunes afin de combattre certains fléaux sociaux dont la délinquance juvénile et la marginalisation.
Etant conscients par ailleurs de l'importance de notre ville sur le plan du tourisme et du rôle qu'elle est appelée à jouer dans les années à venir à l'horizon 2010 et des 10 millions de touristes, les études que nous avons préparées exigent de nous des efforts supplémentaires et des budgets non négligeables de l'ordre de 50 milliards rien qu'en construction de nouvelles routes ou réaménagement de celles déjà opérationnelles. Avec le déficit que nous connaissons dans le budget de fonctionnement, il nous est difficile de réaliser cet objectif et d'établir un budget d'équipement.
Enfin, il faut mettre l'accent sur la place Boujloud et la " résurrection ” de la culture du " Halka ” pour animer cet espace en l'intégrant dans le processus des activités touristiques de la ville».
Le complexe sportif de la route de Sefrou, avec son stade de football de 45000 places, est toujours fermé aux compétitions. Que se passe t-il à ce sujet ?
«Cela fait maintenant une année que nous sommes en discussion avec le département du Sport à Rabat au sujet de ce complexe qui a coûté la bagatelle de 35 milliards de centimes. Qui plus est, le stade de football ne peut jusqu'à présent accueillir ni une ni plusieurs équipes, à cause de l'état catastrophique de sa pelouse entres autres. Certains travaux à l'intérieur du complexe ne sont pas achevés. Quant à la société chargée de l'entretien et de la surveillance du complexe, eh bien ! elle réclame deux ans de salaires dus à ses ouvriers parce qu'il n'y avait pas d'enveloppe budgétaire destinée à ces derniers.
Au départ de cette société, la municipalité a pris le relais pour assurer le service minimum non sans recourir à l'entraide nationale.
En tant que conseil de la ville, nous avons jugé qu'il n'était pas question d'ouvrir les portes du complexe, compte tenu tout d'abord de la responsabilité engagée par plusieurs services comme la communauté urbaine, la jeunesse et les sports, les travaux publics, etc. pour le rendre opérationnel. En outre, et depuis deux ans, plusieurs efforts ont été déployés pour maintenir l'état de la pelouse affectée une première fois par les produits contenus dans l'eau potable (quelque 200 millions gaspillés inutilement) puis endommagée définitivement en raison de la non-exécution du projet d'adduction d'eau de Aïn Beida au stade après réalisation de 60% des travaux destinés à cet effet. Bref ! le gazon a eu tout le temps de « brûler» et il est donc impossible de pratiquer dans ce complexe avant une ou deux ans.
Suite à la récente visite Royale à Fès et l'inauguration par le Souverain de nombreux projets socio-économiques, comment voyez-vous M. le président l'avenir de la capitale Idrisside ?
En ce qui concerne l'activité économique spécifique à notre ville, tout le monde a relevé une certaine intensité notamment sur le plan du tourisme et celui de l'investissement où nous avons un regain de confiance.
Cependant, les retombées de ce mouvement notable ne sont pas pour demain et n'attendront que partiellement les couches sociales de la ville. Cette dernière est connue par la pauvreté de ses habitants compte tenu qu'elle se trouve au centre du Maroc et qu'elle enregistre annuellement un taux élevé de nouveaux arrivants du monde rural.
Pauvreté et chômage règnent malheureusement à Fès. Par conséquent, les un million et demi d'habitants ne vont pas «sentir» l'unité de la ville et le fait de regrouper cinq communes en une seule la première année de notre arrivée aux affaires.
Si vous l'avez remarqué, et au bout d'une seule année, Sa Majesté a privilégié la capitale de Moulay Idriss en y invitant d'abord Jacques Chirac en octobre 2003 (visite d'Etat) et ce mois-ci le Roi Albert II pour une visite de travail. Un intérêt précédé par l'inauguration de plusieurs projets dont ceux touchant aux vieilles demeures et des maisons menaçant à l'intérieur de la ville.
Comme je l'ai précisé, Fès connaît un regain d'activités sur le plan du tourisme et du bâtiment donc la construction. Ceci nous amène à assurer le suivi des projets inaugurés par le Souverain à l'horizon 2007, particulièrement dans le domaine de l'éradication des bidonvilles.
Qu'avez-vous entrepris au niveau du tourisme religieux, sachant que Fès et une destination privilégiée dans ce secteur ?
Nous devons accorder un vif intérêt à toutes les manifestations religieuses, moussem de Moulay Idriss, Moussem du «Samaa wa al Madih», Moussem Sidi Ahmed Tijani, etc. Car, comme vous le savez, le tourisme religieux à travers le monde draine plusieurs millions de visiteurs.
Ainsi, juste après ma visite au Cameroun où j'ai assisté à la conférence des villes africaines, j'ai remarqué personnellement que l'Afrique compte pas moins de 60 millions adeptes de la " Tarika Tijania ”. Or, le mausolée de Sidi Ahmed Tijani se trouve à Fès. J'ai relevé aussi que les participants, maires de villes, députés et autres ont une sympathie et un grand respect pour Fès. Ce qui ne les empêche pas de s'interroger pourquoi la " Ziara ” de Sidi Ahmed Tijani, comme ils l'appellent, n'est pas l'occasion d'une grande manifestation religieuse.
Nous devons dès maintenant revoir notre vision et accorder plus d'intérêt à ce tourisme religieux et à cette " Tarika Tijania ” que nos amis africains veulent protéger jalousement contre certains dangers ayant cours actuellement dans le monde (terrorisme) et surtout protéger indirectement leurs zaouias " squattés ” par les Wahabistes d'arabie Saoudite en leur facilitant au maximum les séjours parmi nous.
Il n'est donc pas étrange de voir le conseil de la ville agir au maximum pour améliorer les choses Intra-Muros, la médina étant le centre du commerce et du tourisme.
Dans ce cadre, nous nous penchons sur un plan d'aménagement visant les maisons situées aux alentours du mausolée Moulay Idriss, la mosquée Karaouyine et le mausolée Sidi Ahmed Tijani afin que nos frères africains visitant notre cité et disposant de peu de temps puissent profiter au maximum de leurs séjours .
Par ailleurs, nous sommes en train de réfléchir profondément sur l'aménagement d'un grand espace où nous puissions accueillir dès 2005 nos frères adeptes de la «Tarika tijania» venant d'Afrique, etc. et faciliter leur rassemblement autour d'une grande alliance des adeptes de cette tarika».
Vous avez autorisé certaines propriétaires de cafés à «exploiter» l'espace de l'avenue Hassan II, créant ainsi une animation nocturne à laquelle Fès était peu habituée. Votre point de vue ?
Effectivement, non seulement l'avenue Hassan II mais les autres espaces.
Si vous avez remarqué il n'y a pas longtemps, la ville se vidait de ses passants et de ses visiteurs dès 19 heures comme une ville assiégée. Notre nouvelle stratégie est de créer des espaces animés, principalement l'avenue Hassan II dont le réaménagement commencera l'année prochaine à partir du siège de la wilaya de police pour se prolonger jusqu'à la Place la Résistance et sa célèbre fontaine. En outre et surtout pendant la période estivale, n'oublions pas que Fès accueille plusieurs milliers de visiteurs, prêts à se délasser dans les espaces verts et principalement celui très courtisé de l'Avenue Hassan II».
Le marché municipal du centre-ville (Boulevard Mohammed V) figure parmi ses nouveaux projets d'urbanisation de ce même centre. Que deviendra-il ?
Comme tout le monde peut le constater, c'est un projet qui rentre dans le dossier du foncier de la ville. Actuellement, il n'est plus d'actualité puisque les quelque 200 stands qui constituent l'ensemble du marché ressemblent plutôt à des bidonvilles.
Par conséquent, nous envisageons la réalisation d'un projet qui va sauver 2000 familles et non 200 familles qui ne payent, (pour certains) même pas le loyer depuis 20 ans. C'est un marché qui appartint à une autre époque. A l'horizon 2005 et dans le cadre de l'animation de l'avenue Mohammed V et de la place de Florence, nous allons édifier un grand centre commercial qui fera honneur à la ville».
Vous avez été élu sur la base d'un programme comportant plusieurs volets. Dans vos différentes interventions, le souci de l'insécurité dans la ville revient avec insistance. Comment faire face selon vous ?
Dans une grande ville où l'on enregistre un taux de chômage et de pauvreté élevé, on ne peut que comprendre le fait d'enregistrer des actes répréhensibles, ce qui ne nous empêche pas de penser à la sécurité globale des citoyens et aux moyens de les protéger. A ce propos, nous avons ouvert un dialogue avec l'autorité locale et les responsables de la sécurité au niveau de la préfecture pour cerner le problème et les fléaux de près.
Notre participation fut donc la mise en place d'un système de sécurité à travers les quartiers, particulièrement à l'intérieur de la Médina de Fès, une sorte de prise en charge sécuritaire par les habitants eux-mêmes à travers des agents (25) qui assurent la sécurité au quotidien devant les quartiers néologiques. Nous continuons nos efforts dans ce sens en collaboration avec les services officiels qui ne reculent devant rien eux aussi pour maîtriser certains phénomènes nuisibles notamment en multipliant les postes et les points de surveillance .
Enfin et répondant au volet culturel, M. Hamid Chabate a souligné que la multiplication des moussems ou festivals doit viser d'abord et ensuite l'animation de la ville sur tous les plans, avec à long terme l'organisation d'une manifestation par mois en moyenne afin que intervenants et population se retrouvent à travers tous les gens (festival de la musique sacrée, festival de «Jazz in riads», festivals malhoun et de musique andalouse, sama'a wa al madih, etc.).
Pour ce qui est de la foire commerciale et artisanale de Fès, Hamid Chabate nous a assuré que les études destinées à cette foire annuelle sont pratiquement terminées et qu'en collaboration avec la CCIS de Fès et la région, cette foire verra le jour au plus tard en 2006.