Grand angle sur les petits métiers à Bab El Had : des activités qui génèrent des revenus faibles et instables
Les petits métiers continuent encore d’être le gagne-pain de bon nombre de personnes à Rabat. Des plombiers, des soudeurs, des maçons, des peintres en bâtiment… se regroupent à Bab El Had. Ils appréhendent l’avenir avec inquiétude. Leur
LE MATIN
22 Mai 2004
À 18:26
A Bab El Had, à côté de la mosquée Sidi Al Ghandour, une dizaine d’hommes attendent chaque jour la providence de Dieu. Ils continuent d’exercer les métiers traditionnels d’une autre époque.
A sept heures, ils, sont déjà sur leur lieu de travail appréhendant ce que leur réserve le jour qui commence. Chaque matin leur apporte une nouvelle espérance. C'est la foi en Dieu qui les incite à garder espoir et à survivre malgré la dureté de leur existence. Ils se connaissent depuis des années. Leurs yeux scrutent attentivement les passants. "Peut-être que quelqu'un veut réparer quelque chose", se disent-ils toujours.
Agé de 44 ans, Mohammed Bendaoud exerce le métier de plombier depuis 24 ans. " Je viens ici chaque jour, ne sachant pas ce que me réserve le destin. Notre revenu a diminué depuis des années. C’est à peine que nous survivons. Mais nous gardons tout de même foi en Dieu ", s’exclame-t-il avec un brin d’espoir mélangé d’amertume. Il est marié et père de trois enfants. Pour diminuer les charges, il a préféré habiter à Salé où le loyer est moins cher qu’à Rabat. D’ailleurs, la plupart d’entre ceux qui exercent des petits métiers à Bab El Had viennent chaque jour de Salé. Ils sont, en effet, incapables de trouver un logement à Rabat à cause de leur maigre revenu instable.
Dans les années 90, ils arrivaient à faire vivre leurs familles. Mais, aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé. Peu de personnes recourent à leur service. Trente ou cinquante dirhams par jour font actuellement leur bonheur. Il leur arrive de rester sans revenu pendant des semaines. " Ce n’est pas suffisant pour entretenir une famille ". Seules la mort ou une grave maladie peuvent empêcher quelqu'un de venir occuper sa place. Ils n'ont, bien sûr, comme tous ceux qui évoluent dans le secteur informel, ni allocations familiales, ni aide sanitaire familiale, ni, indemnités journalières en cas de maladie ni pensions d'invalidité ou de vieillesse.
En outre, ils savent très bien que leurs petits métiers sont voués à la disparition à cause de la modernisation. Mais, ils nourrissent un vif espoir quotidien de pouvoir continuer ce travail pendant encore quelques années. Ils auraient tant aimé changer de métier. Mais, ils ne connaissent pas autre chose. Apprendre ? Ils sont déjà grands. Ils souhaitent du fond de leur cœur que l’avenir de leurs enfants soit meilleur. Hajji Mohammed, maçon, affirme avec espérance : " J’espère que mon fils aura un travail stable dans la fonction publique.
C’est mon vœu le plus cher. De cette manière, il ne souffrira pas et pourra m’aider, ne serait-ce qu’en me donnant 500 dirhams par mois ". Hajji Mohamed nourrissait un grand espoir dans l’organisation du Maroc de la Coupe du monde du football en 2010 où l’activité aurait pu être foisonnante et il aurait pu en bénéficier largement. Mais le destin en a décidé autrement. Son vœu ne s’est malheureusement pas concrétisé.
A l’instar de ses collègues, il doit ainsi, pendant longtemps, subir les affres de la vie. " Je suis toujours obligé de m’endetter. Cela fait trente ans que je travaille ici. En contrepartie, je ne récolte que malheur et pauvreté ", se plaint Allal Amyz.
Il ajoute que, depuis longtemps, il daigne tout faire pour gagner quelques malheureux dirhams. Pour lui, tous les travaux sont bons, l’essentiel c’est de parvenir en fin de journée à " assurer à ses enfants le pain " ; objectif qu’il est incapable souvent d’atteindre.
Il clame haut et fort que sa situation même si elle est, on ne peut plus misérable, est sans doute mille fois meilleure que la mendicité. " Je ne pourrais jamais faire la manche même si je mourrais de faim. C’est vrai qu’aujourd’hui, je n’arrive pas à acheter à mes enfants et à ma femme ce dont ils ont besoin, mais, nous n’avons dans cette vie que notre dignité ", ajoute-t-il avec défi.
Par ailleurs, ces hommes, qui semblent défier le temps et les difficultés, sont fort optimistes. Leur espoir les pousse à venir chaque jour attendre, pendant d’interminables heures, un " bricolage" même insignifiant. Quand ils reviennent bredouilles le soir chez eux, ils se sentent abattus. Mais il est à noter que bon nombre d’entre eux n’ont pu supporter leur dure existence. Ils espèrent qu’un jour leur métier sera réglementé.